123 pays pour, 3 contre, 52 abstentionnistes. Hier, l’Assemblé générale de l’ONU a adopté une résolution proclamant la traite transatlantique des Africains réduits à l'esclavage comme “crime le plus grave contre l’humanité”. Pourtant, certains pays ont contesté le fait que ce système abjecte de domination et d'exploitation de millions d'êtres humains durant plus de 400 ans (entre le XVe et le XIXe siècle) soir élevé au rang ultime de crime contre l'humanité.
Israël, les Etats-Unis et l'Argentine seuls pays opposés
Malgré l’adoption de la résolution, ce vote a été terni par les trois votes contre et le nombre important d'abstentions. Parmi les pays qui s'y sont opposés : Israël, les Etats-Unis et l'Argentine. Au sein des abstentionnistes, la France, le Royaume-Uni et tous les pays de l’UE. “Encore aujourd’hui, certains pays refusent d’assumer leurs rôles, restent dans le déni et ne veulent pas prendre leurs responsabilités”, s'est indigné Samuel Okudzeto Ablakwa, ministre des Affaires étrangères du Ghana.
Les États-Unis ont justifié leur opposition en rejetant toute reconnaissance d’un droit légal à réparation pour des faits qui n’étaient pas considérés comme illégaux à l’époque. Les pays européens, eux, ont exprimé leur crainte de voir émerger une concurrence mémorielle entre différentes tragédies historiques.
La nuance sémantique de la France
Pour beaucoup de pays, le fait d’assumer les conséquences de cette reconnaissance explique le refus de cette résolution. Pour autant le refus des pays se justifie de différentes manières car chaque pays possède ses propres enjeux historiques et diplomatiques. Les États-Unis sont souvent réticents à renforcer des normes internationales trop contraignantes. Surtout, le pays est directement concerné par l’histoire de l’esclavage transatlantique et figure au coeur du commerce triangulaire de l'époque. Dans ce contexte, reconnaître officiellement l’esclavage comme “le crime le plus grave” ouvrirait la porte à des demandes de réparations historiques voire à des poursuites internationales importantes.
Pour Israël, reconnaître l’esclavage comme “le crime le plus grave contre l’humanité” reviendrait à hiérarchiser et oser faire une comparaison avec la Shoah. Quant aux nombreux abstentionnistes, à commencer par la France et le Royaume-Uni, cette frilosité s’explique par leur participation active à la traite des Noirs à cette époque. Et même si de nombreux pays ont déjà reconnu l’esclavage comme "crime contre l’humanité" (à l'instar de la France en 2001 avec la loi Taubira), le pas n'a pas été franchi vers la nuance sémantique de "plus grave crime contre l'humanité".
"Des blessures encore profondes"
Porté par le Ghana, ce texte a pour objectif d’ouvrir la voie vers des excuses et la justice. Dans son discours, le président John Dramani Mahama a exhorté les pays membres à la restitution des biens culturels, à la reconnaissance des responsabilités et à des réparations. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres a, lui, plaidé pour une action “beaucoup plus audacieuse” afin de corriger les injustices historiques, évoquant des “blessures encore profondes” laissées par des siècles d’exploitation.
Non contraignante sur le plan juridique, la résolution n’en demeure pas moins hautement politique. Elle exhorte les États à engager un dialogue global sur les réparations et marque une étape supplémentaire dans la reconnaissance internationale des conséquences durables de l’esclavage.