Le cessez‑le‑feu annoncé entre l’Iran, Israël et les États‑Unis suscite une avalanche de déclarations contradictoires. La situation reste extrêmement floue : nul ne sait vraiment si la trêve est effective, qui elle concerne, ni sa durée ou ses conditions. A peine vingt-quatre heures après l'entrée en vigueur de ce semblant de cessez-le-feu, Israël a en effet mené sa « plus grande frappe coordonnée » sur le Liban, faisant plus de deux cents morts.
De son côté, Donald Trump affirme que ses « formidables forces armées » anticipent « déjà, avec impatience, leur prochaine conquête » tandis que le président du Parlement iranien juge la trêve « déraisonnable », estimant que trois points en ont déjà été « violés ». Enfin, le Liban appelle « tous ses amis » à lui venir en aide. Alors, que signifie réellement ce cessez-le-feu et que contient cet accord... si accord commun, il y a réellement ?
Un plan en 10 points... sans accord écrit
Ce que l'ensemble des sources désigne sous le terme de cessez-le-feu est en réalité un plan en dix points proposé par l'Iran aux États-Unis et accepté, en apparence, par Israël. Mais ce qui rend cette trêve si fragile, c'est l'absence de tout accord écrit — d'où les actes contradictoires observés depuis vingt-quatre heures.
Du côté iranien, le président Massoud Pezeshkian insiste sur le fait que le cessez-le-feu inclut le Liban, qu'il présente comme l'une des « conditions essentielles » du plan de Téhéran. Pour Washington comme pour Tel-Aviv, il n'en est manifestement rien — à tel point que Tsahal a réalisé ses frappes les plus dévastatrices sur le Liban depuis le début du conflit.
Un cessez-le-feu validé... mais inacceptable pour les États-Unis
Si un accord existe bel et bien, assorti de points concrets, son contenu est, dans les faits, absolument inacceptable pour Donald Trump. Il prévoirait une garantie de non-agression, une fin des frappes sur le Liban, la levée de l'ensemble des sanctions contre l'Iran, ainsi qu'un arrêt des combats visant les alliés de Téhéran — Hezbollah, Hamas et autres.
Mais ce sont surtout deux clauses relatives au nucléaire iranien qui semblent franchir la ligne rouge : l'enrichissement d'uranium devrait pouvoir se poursuivre, tout comme le programme nucléaire dans son ensemble. Or, ce sont précisément deux des raisons officiellement invoquées par Donald Trump et Benyamin Netanyahou pour justifier leur attaque du 28 février. Accepter ces conditions revient, pour le président américain comme pour le Premier ministre israélien, à un aveu de faiblesse considérable.
Pourquoi avoir choisi d'« accepter » ?
La réponse est difficile à formuler, mais un élément éclaire la décision. En affirmant que l'Iran allait retourner « à l'âge de pierre » et qu'une « civilisation entière allait disparaître », Donald Trump s'était lui-même enfermé dans une rhétorique dont il ne pouvait sortir sans dommage. Mettre de telles menaces à exécution aurait mis en péril l'ensemble du Moyen-Orient — cette poudrière du monde où les intérêts économiques américains et israéliens sont considérables.
S'embarquer dans un discours aussi extrême sans pouvoir aller au bout était un piège. Adhérer à ce plan en dix points lui offrait une porte de sortie, tout en lui permettant de se présenter devant son peuple en proclamant une « victoire totale à 100 pour 100. »
Israël, de son côté, ne pouvait pas davantage se permettre d'apparaître défait face aux Gardiens de la Révolution. Tous deux crient victoire, mais la vérité se trouve peut-être, cette fois, davantage du côté de la République islamique — pas de celui des civils.
Des négociations toujours en cours
Alors que le Pakistan s'est positionné comme médiateur, de nouveaux échanges devraient avoir lieu à Islamabad entre l'Iran et une délégation américaine conduite par JD Vance, ce vendredi. Cela signifie, dans un premier temps, que le « cessez-le-feu » est toujours en cours de négociation : dans les deux camps, une paix totale est loin d'être au cœur des discussions.
Dans un second temps, ces échanges au Pakistan ne doivent rien au hasard. Depuis 1960, les relations diplomatiques entre Pékin et Islamabad sont très étroites. La Chine entretient également de bonnes relations avec Téhéran et aurait négocié un assouplissement ou du moins guidé les Gardiens de la Révolution vers le compromis.
La Chine, grand vainqueur ?
L'objectif affiché : la réouverture du détroit d'Ormuz, dont la fermeture leur cause un tort considérable. Mais une seconde raison, plus officieuse, se dessine. En se portant garante de la paix entre Washington et Téhéran, la Chine s'impose comme médiatrice dans un conflit où son principal concurrent est directement impliqué. C'est une démonstration de puissance et une fois encore, un aveu de faiblesse des États-Unis.
Alors, les pourparlers entre les deux pays pourront-ils aboutir à une paix durable ? Le feuilleton de cette guerre qui devait être éclair au Moyen-Orient est loin d'être bouclé.