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Guerre au Moyen-Orient : que cache vraiment le site nucléaire secret de Dimona en Israël ? 

Par Elliott Léonard

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Samedi dernier, un missile balistique iranien a explosé dans une zone résidentielle située à moins de 5 kilomètres du réacteur nucléaire de Dimona, dans le sud d'Israël, faisant plus d'une centaine de blessés. Ce centre de recherche, situé dans le désert du Néguev, est considéré comme le cœur du programme nucléaire israélien. Mais son rôle exact reste énigmatique.

(FILES) -- Cette photo d'archive, datée du 8 septembre 2002, montre une vue partielle de la centrale nucléaire de Dimona, située dans le désert du Néguev, au sud d'Israël. Israël, puissance nucléaire non déclarée, a dénoncé le 29 mai 2010 comme « hypocrite » une résolution de l'ONU, adoptée par les États membres du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, appelant à une conférence sur un Moyen-Orient exempt d'armes nucléaires, et a annoncé qu'il n'y participerait pas. AFP PHOTO/THOMAS COEX (Photo by THOMAS COEX / AFP FILES / AFP)

Le week-end dernier, Israël a été frappé en plein cœur par l'Iran. Par deux fois, son dôme de fer a été perforé par des missiles balistiques visant le site nucléaire de Dimona, dans le sud du pays, en plein désert du Néguev. Présentée par Téhéran comme une riposte à l’attaque contre le complexe d’enrichissement d’uranium de Natanz, la frappe sur la ville israélienne a fait plus d’une centaine de blessés, selon le ministère de la Santé. 

Hautement stratégique, ce site concentre également une valeur autant symbolique qu'énigmatique. Pour l’Iran, frapper en effet à proximité de Dimona n'a rien du hasard. Mieux, cette attaque avait clairement pour but d'envoyer un signal extrêmement fort aux autorités israéliennes. Car que sait-on précisément sur ce lieu considéré comme le centre névralgique du nucléaire israélien ? 

Un arsenal de 80 ogives nucléaires ? 

Le site de Dimona, situé au sud du pays, est à l’écart des grandes villes de l’État hébreu. Conçu en 1957 avec l’aide de la France dans le cadre des accords de Sèvres, le réacteur nucléaire est tenu secret. Une usine de séparation du plutonium y est intégrée. Les autorités israéliennes la font passer pour une usine textile et malgré lessuspicions qui entourent le lieu, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a pas de droit d'y effectuer le moindre contrôle. 

En 1963, le site est mis en service pour quarante ans, et sa puissance, initialement de 26 mégawatts, est secrètement augmentée jusqu’à 150 MW. Mais aujourd’hui, le site fonctionne toujours à plein régime et joue notamment un rôle majeur dans le cycle du combustible nucléaire israélien. Il est également associé à la production de plutonium, élément chimique fissile et essentiel à la fabrication d’armes nucléaires. Même si Israël ne confirme pas posséder d’arsenal nucléaire, le Stockholm International Peace Research Institute estime que l’État hébreu pourrait disposer d’environ « 80 ogives nucléaires ». Et comme Dimona est le plus grand site nucléaire du pays, il apparaît comme l'infrastructure centrale soutenant cette capacité d’armement. 

Une bombe à retardement ? 

En 2002, alors que le site doit être fermé un an plus tard, Israël installe des batteries de missiles Patriot pour se protéger contre d’éventuelles attaques irakiennes en vue de la guerre potentielle contre l’Irak. En 2016, le quotidien Haaretz révèle que 1 537 fissures et autres anomalies sont répertoriées dans le cœur du réacteur. La Commission de l’énergie atomique israélienne reconnaît ces anomalies, mais affirme qu’il n’y a pas de risque immédiat alors qu’en 2004, des comprimés d’iode avaient été distribués à la population en raison de la vétusté du réacteur. 

Mais pour Israël, pas question d’abandonner ni de fermer ce site. Ce qui tend à prouver que ce haut lieu stratégique n'est pas uniquement destiné au nucléaire civil. 

18 ans de prison pour avoir divulgué des informations 

Pour preuves, certaines mesures strictes ont été mises en place : interdiction de s’en approcher, de mesurer le niveau de radioactivité, de prendre des photos,… Aucune transgression n’est possible. En 1986, un ancien technicien de la centrale, Mordechai Vanunu, avait recueilli des données montrant que l’arsenal nucléaire d’Israël était bien plus avancé que prévu. Il les avait transmises au Sunday Times

Dans la foulée, il est drogué, enlevé par le Mossad, puis jugé et emprisonné pendant 18 ans pour « trahison et divulgation de secrets d’État ». Depuis sa libération en 2004, il lui est interdit de quitter le territoire israélien, de parler à des journalistes ou à des étrangers, ou de participer à la moindre discussion en ligne. 

Entre opacité et ambiguïté 

Malgré ces interrogations et ces scandales, cette opacité permet à Israël de mener une politique de dissuasion grâce à ce site. Cette politique d’« ambiguïté nucléaire », qui lui permet de ne pas déclarer son arsenal, constitue un avantage majeur : il est impossible d’en mesurer l’ampleur. 

Dans le contexte géopolitique actuel, Israël ne s’expose donc pas aux contraintes du traité de non-prolifération des armes nucléaires. Autrement dit, c’est une manière de conserver une liberté quasi totale quant à sa capacité à produire ou non des armes nucléaires, en cultivant le doute. Ce secret savamment entretenu repose en grande partie sur Dimona. Mais sa limite, c'est sa vulnérabilité et de ce point de vue-là, l’Iran l’a parfaitement compris.

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