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Ebola : y a-t-il un risque de pandémie pour la France et le reste du monde ?

Par Elliott Léonard

DÉCRYPTAGE SUD RADIO – Depuis plusieurs jours, l’OMS alerte sur une « urgence de santé publique de portée internationale » face à la flambée du virus Ebola en République démocratique du Congo. Le bilan dépasse 131 morts et 513 cas suspects, et le virus a déjà atteint l'Ouganda voisin. Faut-il s’en inquiéter ?

Laboratoire Rodolphe Mérieux à Goma, en RDC (Photo by Jospin Mwisha / AFP)

Quelle est la situation actuelle ?

C'est la souche Bundibugyo du virus qui circule actuellement en RDC. Le problème : aucun vaccin ni traitement spécifique n'existe contre cette variante. Hier, le bilan officiel faisait état de 131 morts et 513 cas suspects. Mais le chiffre réel est vraisemblablement plus élevé puisqu’une journée est passée et la traçabilité du virus n’est pas évidente.

Les symptômes sont, en revanche, les mêmes : fièvre, vomissements et saignements… Les mesures préconisées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour limiter la propagation de ce virus sont le lavage des mains et la prise de température. Se transmettant par les fluides, il faut éviter le contact rapproché avec une personne contaminée.

Identifié en 1976, dévastateur entre 2013 et 2016

Le virus a été identifié pour la première fois en 1976, sur les rives de la rivière Ebola, au Zaïre (ex-RDC). Cette première épidémie avait tué 431 personnes. Depuis, les épidémies se succèdent, presque toujours en Afrique centrale.

En 1995, à Kikwit, au Zaïre, 250 personnes sont décédées sur 315 cas, soit un taux de mortalité de 80 %. Mais c’est entre 2013 et 2016 que la pire épidémie connue à ce jour a fait rage. Plus de 25 000 cas ont été recensés et 11 000 personnes sont mortes en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia.

Entre 2018 et 2020, la RDC connaît un nouvel épisode d’Ebola et près de 2 300 personnes sur 3 500 infectées décèdent.

Pourquoi l’OMS alerte ?

Si l'OMS a annoncé, ce mercredi 20 mai, que l'épidémie d'Ebola ne remplissait pas les critères d'une urgence pandémique, elle évalue le risque comme « élevé aux niveaux national et régional » puisque le virus a franchi la frontière ougandaise. La présidente du comité d'urgence, Lucille Blumberg, confirme que « la situation actuelle ne répond pas aux critères d'une urgence pandémique ».

Mais ce qui préoccupe particulièrement l'OMS, c'est l'ampleur et la rapidité de la propagation. Le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus s'est dit « profondément préoccupé » par l'évolution de la situation, et l’idée que l’épidémie ait débuté il y a plus d’un mois est évoquée.

Un risque pour la France métropolitaine ?

La France a, de son côté, pris des mesures de précaution à Mayotte, département français. A ce stade, les spécialistes ne sombrent pas dans le catastrophisme. Invité à réagir sur Sud Radio, l'épidémiologiste Antoine Flahaut, professeur de santé publique à l'université Paris Cité, se veut rassurant sur le risque de propagation au-delà de la région centrafricaine.

Selon lui, Ebola n'a pratiquement jamais franchi durablement les frontières africaines, hormis quelques cas très isolés, le plus souvent liés à des rapatriements sanitaires. « Ce n'est pas un virus très transmissible. Il y a des conditions particulières pour sa transmission », rappelle-t-il.

Les personnes infectées tombent rapidement malades, ce qui limite fortement leur capacité à voyager sur de longues distances. Il explique également : « Ce n'est pas comme le Covid ou la grippe, où des personnes peuvent prendre l'avion sans savoir qu'elles sont malades et être contagieuses alors qu'elles sont encore asymptomatiques. »

Mayotte en alerte

Face à la progression de l'épidémie en République démocratique du Congo, la préfecture et l'Agence régionale de santé de Mayotte ont été placées en alerte. L'île est en effet le territoire français situé au plus près de la zone touchée par l'épidémie, d'autant qu'elle est confrontée à une forte pression migratoire, notamment en provenance d'Afrique centrale. Les autorités ont renforcé la surveillance sanitaire ainsi que les contrôles à l'arrivée des migrants ou ressortissants qui pourraient venir en métropole.

Néanmoins, le gouvernement français assure que le risque d'importation du virus en France métropolitaine comme à Mayotte reste, à ce stade, très faible.

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