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Ce que l'on sait des « hubs de retour » pour expulser les immigrés illégaux hors d’Europe

Par Elliott Léonard

DECRYPTAGE SUD RADIO - Il y a moins de 48 heures, l’Union européenne a conclu un accord provisoire et encore flou permettant des « procédures plus rapides et plus efficaces » pour expulser des personnes qui séjournent illégalement sur son territoire. Cette immigration illégale serait redirigée vers des « hubs » situés en dehors des pays membres. Explications.

Sameer AL-DOUMY - AFP

Le concept de « remigration », très apprécié notamment par Éric Zemmour, invité de Sud Radio ce lundi, semble avoir été partiellement adopté par l’Union européenne. Hier, les Eurodéputés et les représentants des États membres ont trouvé un accord provisoire visant à durcir significativement la politique migratoire de l’UE. Que prévoit exactement ce texte ? Est-il réellement en vigueur ? Quels pays sont concernés ? Et surtout, à quoi ressembleraient ces 『hubs de retour』 ?

400 000 personnes concernées 

Pour commencer, le texte n’est pas encore en vigueur. Le compromis trouvé dans la soirée du 1er juin doit encore être soumis à un vote formel du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne dans les semaines à venir.

Pourquoi ce texte ? Chaque année, environ 400 000 personnes n’ayant plus le droit de résider sur le territoire européen reçoivent une obligation de quitter le territoire. Problème : seulement 20 % d’entre elles quittent effectivement l’Union européenne. Les raisons sont multiples : absence de documents d’identité, refus de certains pays de reprendre leurs ressortissants ou encore manque de coopération diplomatique. Cette réforme est donc présentée comme une réponse à cette faible efficacité des expulsions.

Les « hubs de retour » au cœur du dispositif

La pièce maîtresse de ce nouveau mécanisme repose sur les « hubs de retour » : des plateformes (dont on ignore encore la forme matérielle) situées en dehors du territoire de l’Union européenne, destinées à accueillir temporairement les étrangers ayant reçu une décision définitive d’expulsion, dans l’attente de leur renvoi vers leur pays d’origine.

Cependant, si certains États refusent de reprendre leurs ressortissants, ces personnes pourraient rester dans le pays partenaire hébergeant le « hub » ou être transférées vers un autre pays.

Cette mesure ne concernerait que les personnes ayant reçu une décision définitive de refus d’asile ou d’expulsion. Les familles avec enfants ainsi que les mineurs non accompagnés seraient, en principe, exclus du dispositif.

Quels pays pourraient accueillir ces hubs ?

Reste une question majeure : quels pays accepteraient de les accueillir ? C’est là que le flou demeure. Plusieurs pistes sont évoquées, notamment le Sénégal, le Ghana, la Mauritanie, le Rwanda ou encore l’Ouzbékistan. À ce stade, aucun accord formel n’a été annoncé. Du côté européen, les principaux soutiens du projet sont déjà identifiés : l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, l’Autriche et la Grèce.

Mais si ces États soutiennent cette orientation, même certains partisans de mesures migratoires strictes jugent le texte particulièrement sévère. C’est notamment le cas de Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex et aujourd’hui eurodéputé du Rassemblement national, qui évoque un « règlement d’une très grande sévérité ».

Une autre inconnue subsiste : quelles contreparties seront accordées aux pays partenaires ? Avantages commerciaux, coopération diplomatique renforcée, aides au développement... Les négociations restent largement ouvertes sur ce point.

L’Espagne, la France et les ONG parmi les détracteurs

D’autres pays, comme l’Espagne, se montrent plus critiques et craignent un non-respect des droits fondamentaux. La France aurait, quant à elle, exprimé certaines réserves.

Amnesty International avait déjà dénoncé, dès mars 2025, cette proposition alors qu’elle n’était encore qu’à l’état de projet. L’ONG estimait qu’elle « prépare le terrain pour que les États envoient des personnes dans des pays avec lesquels elles n’ont aucun lien, pour y croupir dans des centres de détention, avec peu de garanties crédibles que leurs droits seront respectés ».

« Une évolution assez inquiétante du droit des étrangers. »

Serge Slama, professeur de droit public à l’université Grenoble-Alpes, partage cette analyse au micro de Sud Radio, tout en soulignant les difficultés pratiques du dispositif : « Ça ne fonctionnera sûrement pas parce que le nombre de personnes qui seraient potentiellement concernées est énorme. Et je doute qu’on trouve beaucoup de pays qui voudront les accueillir. » Il glisse également : « On est dans une évolution assez inquiétante du droit des étrangers. »

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