La France connaît depuis plusieurs années une baisse marquée du nombre d’enfants par femme. Cette évolution s’inscrit dans une tendance profonde de réduction de la fécondité, avec un indicateur conjoncturel de fécondité passé de près de deux enfants par femme à environ 1,6-1,7 aujourd’hui, un niveau historiquement bas depuis la Seconde Guerre mondiale.
François Pierrard : "Aucun pays ne renouvelle ses générations"
Le nombre d’enfants idéalement souhaité a chuté sur les dernières décennies, et les intentions d’avoir des enfants diminuent particulièrement chez les jeunes adultes. Cette baisse touche l’ensemble des groupes sociaux, bien que certaines catégories conservent encore des désirs légèrement plus élevés. Pour François Pierrard, fondateur et directeur de l'Observatoire statistique Hexagone, "cela dit des choses sur notre société, mais pas uniquement, puisque ce phénomène est mondial", explique-t-il au micro de Sud Radio dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu. "Aucun pays ne renouvelle ses générations, à part le continent africain, l'Amérique latine et quelques pays d'Asie comme le Pakistan et l'Afghanistan. Partout ailleurs, on est en dessous de deux enfants par femme. Il y a une bascule en matière de désir d'enfant. En effet, quand on demande aux couples le nombre d'enfants idéal, on s'aperçoit que le désir d'enfant recule."
Cet état des choses est la conjonction de divers facteurs. Tout d'abord, il y a les inquiétudes liées à l’avenir, qu’elles soient économiques, sociales ou environnementales. Il y a ensuite la préférence pour des familles plus petites, une proportion croissante de couples souhaitant un ou deux enfants plutôt que des familles nombreuses. En définitive, cette nouvelle donne devrait redéfinir le financement des retraites et remettre en question la viabilité du modèle social basé sur un équilibre entre générations.
"Il va falloir à la fois lutter et s'adapter"
"Ce déclin démographique, il faut s'en inquiéter. On répète souvent qu'il y a de moins en moins de naissances, mais peut-être qu'on n'en prend pas suffisamment l'ampleur. Depuis 2015, c'est une baisse de 20% des naissances. C'est 150.000 naissances de moins en 2025 qu'en 2015. C'est à peu près la population d'une ville comme Angers ou Grenoble. On est sur des ordres de grandeur gigantesques. C'est l'effectif de 300 collèges. Donc, les conséquences sur la structure sociale, sur notre système éducatif, sur les services publics en général et sur l'économie vont être massives", a rappelé François Pierrard au micro de Sud Radio.
"Le rapport du Conseil d'orientation des retraites, qui est sorti en juin 2025, tablait encore sur un taux de fécondité de 1,8 enfant par femme, alors que, de toute évidence, il avait baissé. Cette année, on s'attend à ce qu'il soit de 1,6 enfant par femme. Cet écart représente, figurez-vous, 60-70 milliards d'euros de recettes publiques en moins à l'échéance 2070. Il va falloir à la fois lutter pour endiguer cette baisse de la natalité et s'adapter, car, selon toute vraisemblance, on ne reviendra pas tout de suite à 2 enfants par femme", a poursuivi François Pierrard.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.