Dernier jour de campagne pour les élections municipales, alliances à gauche, stratégie face à la montée de l’extrême droite, accusations de diabolisation de LFI, polémique autour de l’antisémitisme, duels serrés dans plusieurs grandes villes et rôle clé des abstentionnistes. Au micro de Sud Radio, Antoine Léaument a répondu aux questions de Maxime Lledo.
"Merci aux millitants socialistes qui n’écoutent pas la direction du PS"
Maxime Lledo pour Sud Radio : Nous sommes au dernier jour de la campagne des municipales, avec des scores serrés et des duels dans de nombreuses villes : est-ce le moment de dire merci aux socialistes qui vous permettent d’être en position favorable ?
Antoine Léaument : “Non, je pense que c’est d’abord le moment de dire merci à celles et ceux qui nous ont fait confiance. Beaucoup d’électeurs ont résisté à une campagne de diabolisation très forte contre La France insoumise. Je veux aussi leur dire de rester mobilisés, parce que rien n’est joué. Et j’insiste particulièrement auprès des abstentionnistes : ce sont eux qui peuvent faire basculer le résultat.”
Vous évoquez justement les abstentionnistes : est-ce que vous considérez qu’ils peuvent concrètement changer l’issue de ces élections, notamment dans des villes comme Paris ?
“Oui, très clairement. À Paris par exemple, il y a des centaines de milliers d’abstentionnistes, bien plus que les scores des différents candidats. Cela signifie que s’ils se mobilisent, ils peuvent complètement rebattre les cartes. Dans cette élection comme dans beaucoup d’autres, ils détiennent les clés du second tour.”
Malgré tout, dans certaines villes vous êtes qualifiés grâce à des alliances avec le PS : est-ce qu’il n’y a pas une forme d’honnêteté intellectuelle à remercier ces candidats socialistes ?
“Je fais une distinction très claire. Je dis merci aux militantes et militants socialistes qui n’écoutent pas la direction du PS. Parce que cette direction a conduit la gauche dans une impasse après le quinquennat Hollande, dont Emmanuel Macron est issu. Mais sur le terrain, beaucoup de militants refusent cette ligne, et c’est grâce à eux que ces alliances existent.”
Certains s’interrogent sur la cohérence de cette stratégie : est-ce vraiment le bon calcul politique, y compris à plus long terme ?
“Quand on regarde en détail les sondages, on voit que les électeurs de gauche sont majoritairement favorables à ces alliances. À La France insoumise, nous sommes même très largement ouverts à cette logique, malgré les tensions. Nous avons fait le choix d’être cohérents en proposant dès le premier tour de rassembler. C’est cette ligne que nous appliquons aujourd’hui.”
Même si cela implique de travailler avec des partenaires qui vous ont parfois attaqués très durement ?
“Oui, parce que cela demande un sens des responsabilités. Ce n’est pas toujours simple de tendre la main à ceux qui vous ont critiqués. Mais nous considérons que l’enjeu politique est plus important que les querelles. C’est aussi cela, être cohérent.”
"Bruno Retailleau entraîne la droite dans une alliance avec le RN"
Vous avez évoqué la montée de l’extrême droite : est-ce que vous considérez que la droite classique est en train de basculer vers une alliance avec le RN ?
“Oui, c’est très clair. Bruno Retailleau entraîne la droite dans une alliance avec le RN, de manière progressive. Il ne le fait pas frontalement, mais on voit bien la direction que cela prend. C’est une évolution très préoccupante.”
Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer qu’un tel rapprochement est déjà à l’œuvre aujourd’hui ?
“On observe des signaux très concrets, y compris sur les réseaux sociaux où des responsables LR reprennent des positions du RN. Il y a des convergences de plus en plus visibles. Cela traduit une stratégie politique assumée, même si elle avance par étapes.”
Est-ce que vous dites que la lutte contre le fascisme doit être un moteur du vote ?
“Oui, parce que c’est une menace réelle. On le voit ailleurs en Europe et aux États-Unis, où des forces d’extrême droite arrivent au pouvoir. Mais ce n’est pas le seul argument : nous avons aussi des propositions concrètes pour améliorer la vie quotidienne.”
Certains vous reprochent d’exagérer cette menace : est-ce que cet argument tient encore aujourd’hui selon vous ?
“Oui, il tient parfaitement. La droitisation de la droite et la montée de l’extrême droite sont des faits. Et face à cela, il faut proposer une alternative à la fois sociale et démocratique.”
"Franck Allisio est un fasciste"
Quand vous parlez de risque fasciste, vous pensez qu’il existe concrètement aujourd’hui ?
“Oui, ce risque existe dans certaines villes. Il y a des situations où l’extrême droite peut accéder au pouvoir. C’est une réalité politique qu’il faut prendre au sérieux.”
Franck Allisio est-il pour vous un fasciste ?
“Oui. Il est membre du Rassemblement national. Le fascisme consiste à diviser la population pour protéger les intérêts des plus puissants, et c’est cette logique que nous combattons.”
Certains vous qualifient aussi d’extrême gauche : vous comprenez cette critique ?
“Non, c’est de la diabolisation. Défendre la retraite à 60 ans ou augmenter le SMIC, ce sont des mesures sociales. Ce n’est pas de l’extrémisme.”
Quand vous parlez de “Nouvelle France”, vous ne divisez pas le pays ?
“Non, pas du tout. Nous parlons du peuple tel qu’il est aujourd’hui, avec sa diversité et sa jeunesse. Nos propositions concernent tout le monde. Il ne s’agit pas d’opposer, mais de rassembler.”
"Nos compatriotes juifs auront toujours le soutien de LFI"
Après les polémiques récentes, notamment lors de certains hommages, que dites-vous aux Français juifs qui peuvent douter de votre position ?
“Je veux leur dire très clairement que nos compatriotes juifs auront toujours le soutien de LFI. Nous sommes un mouvement qui défend l’unité du peuple. Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point.”
Reconnaissez-vous que l’antisémitisme est aujourd’hui un problème réel en France ?
“Oui, il existe et il doit être combattu avec la plus grande fermeté. Ce n’est pas un phénomène marginal. C’est un enjeu majeur pour notre société.”
Comment expliquez-vous que cette accusation d’antisémitisme vous vise régulièrement dans le débat public ?
“C’est une stratégie politique pour discréditer la gauche. On cherche à lui coller une étiquette qui ne correspond pas à la réalité. On prend des propos, on les déforme et on en tire des conclusions erronées.”
Votre présence lors de certains hommages a été contestée : comprenez-vous ces réactions ?
“Non, parce que la place des élus de la République est dans ces moments-là. Il est normal d’être présent pour rendre hommage aux victimes d’actes antisémites. Ceux qui perturbent ces moments se trompent.”
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