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Nicolas Brault : "Le chef, ça doit être un chef de guerre et pas un chef de gang"

INTERVIEW SUD RADIO - Invité de Périco Légasse sur Sud Radio, le Capitaine Nicolas Brault, officier de la Légion étrangère, auteur du livre Donner l'ordre ne suffit pas (Éditions Michel Lafon, revient sur les ressorts du courage et de l’aguerrissement, qu’il décrit comme le fruit d’un entraînement répété face au stress et à la peur.

Nicolas Brault
Nicolas Brault, invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio

Dans cet échange, le militaire met aussi en garde contre les dérives du collectif, notamment les risques de harcèlement au sein de groupes soudés. Il défend un modèle de commandement fondé sur l’exigence et l’exemplarité, loin de toute logique de “meute”, à l’heure où les crises contemporaines imposent selon lui une vigilance accrue.

Nicolas Brault : "Dans les temps de crise qui s'ouvrent, on doit collectivement s'aguerrir, s'interroger sur ce monde qui vient de changer"

Périco Légasse : S'engager, on a compris ce que ça signifie. S'aguerrir, c'est être digne et apte à répondre à la mission, à relever le défi. Vous dites : "ne pas se défiler et s'aguerrir au stress". Pourquoi ?

Nicolas Brault : Malraux disait que le courage, c'était d'abord un système. Quand il était dans le maquis, il disait que sur 30 bonhommes, on a peut-être un gars qui est biologiquement courageux et un gars qui est peut-être biologiquement lâche. Et il disait que l'important dans le commandement, c'est organiser les 28 autres, peut-être écarter la lâcheté et mettre le courageux à la tête de tous les autres. Ça, c'est un système aussi au sens où ça se travaille. La résistance au stress, le courage de vaincre ses peurs, ça ne vient pas du sang. Ça ne vient que de la répétition. Et c'est là où l'institution militaire a compris quelque chose à travers ce qu'on appelle, nous, le "drill".

Le "drill", c'est répéter à l'infini un geste, une situation jusqu'à ce qu'elle devienne familière, jusqu'à ce qu'elle imprègne la mémoire musculaire. Je donne l'exemple dans le livre : j'étais très peureux à l'égard du vide, j'avais ce vertige qui m'empêchait d'escalader. Quand j'ai rejoint les troupes de montagne, j'ai appris à escalader en montagne avec les guides militaires et civils de Chamonix, parmi les meilleurs pédagogues du monde. Ils m'ont appris à vaincre cette peur-là de la manière la plus simple qui soit. On m'a fait chuter, bien sûr le long d'une corde, dans un environnement aseptisé, sécurisé, avec des professionnels. Je me suis jeté dans le vide des centaines de fois jusqu'à ce que cette peur disparaisse. Pourquoi a-je voulu parler d'aguerrissement ? Parce que je crois que dans les temps de crise qui s'ouvrent, on doit collectivement s'aguerrir, s'interroger sur ce monde qui vient de changer, qui a basculé, avec de plus en plus de prédation décomplexée, des menaces qui sont hybrides, de désinformation, des menaces qui sont beaucoup plus franches, comme on le voit aujourd'hui au Moyen-Orient. Et on a tous intérêt à s'aguerrir sur ces thèmes.

"À Saint-Cyr, on a été formés à combattre toute forme de discrimination, toute forme de harcèlement"

Périco Légasse : Dans votre livre vous dites aussi qu'il faut se méfier de la meute. Pourquoi ?

Nicolas Brault : On a eu beaucoup de cas dans les armées, dans n'importe quel groupe d'hommes, de dérives du commandement militaire, qui peut parfois prendre une dimension de harcèlement. Et dans ce cas-là, il n'est plus un commandement. Il se trouve que dès ma formation à Saint-Cyr, on a été formés à combattre toute forme de discrimination, toute forme de harcèlement. N'importe quel chef qui a été à la tête d'un groupe, n'importe quel individu qui a appartenu à un groupe à forte cohésion, sait que le chemin est court pour aller dans des comportements de harcèlement, de violence, de mise sous pression, de discrimination. Ça peut aller très vite dans un groupe d'humains.

Et c'est pourquoi j'ai voulu dans le livre dédier un chapitre à ce sujet. Parce que quand on est au sein de groupes avec cette forte cohésion, des enjeux aussi puissants que sont l'engagement militaire, il y a un risque qui est immédiat. Et ça, l'armée, dès les premières heures de mon engagement, elle m'a appris à y faire face, elle ne les a pas niés. Elle a cherché à me dire que le chef, ça doit être un chef de guerre et pas un chef de gang. Donc, on n'est jamais un chef de meute dans les armées.

https://www.youtube.com/watch?v=eo9wgmR5g9Q&t=1463s

Cliquez ici pour écouter l’invité de Périco Légasse dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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