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Double greffe du visage : "Il faut parler de l'immense courage de ce patient"

Par Benjamin Jeanjean

Le Pr Laurent Lantieri, auteur en janvier dernier avec ses équipes de l’hôpital Georges Pompidou à Paris d’une deuxième greffe du visage sur un même patient, était l’invité du 18H Sud Radio pour évoquer cette nouvelle avancée scientifique.

Illustration hôpital (©Fred Dufour - AFP)

La vie de Jérôme Hamon, 41 ans, a assurément pris un tournant fatidique en 2010 lorsque la maladie dont il est atteint l’a contraint à avoir recours à une greffe de visage. Après plusieurs années de très bons résultats, cette greffe a dû être refaite en janvier dernier. Auteur de l’opération, le Pr Laurent Lantieri était l’invité du 18h Sud Radio ce mardi pour revenir sur les circonstances de cette intervention exceptionnelle.

"Il faut parler de l’immense courage de ce patient, Jérôme, atteint d’une maladie génétique, la neurofibromatose. C’est la deuxième maladie génétique en France, et dans de rares cas, elle peut entraîner des malformations du visage qui avaient nécessité chez Jérôme de changer totalement son visage en 2010. Il avait reçu une greffe totale avec un excellent résultat pendant plusieurs années. En 2016, à la suite d’un traitement antibiotique inadapté qui lui avait été donné sans que nous ne soyons consultés, il a commencé à présenter une dégradation de son état immunitaire et de son traitement. Progressivement, le greffon a été détruit et il a fallu lui enlever en novembre 2017 pour le re-transplanter au mois de janvier dernier. Il a donc vécu pendant plusieurs mois sans visage", déclare-t-il à Sud Radio avant d’expliquer ne pas avoir beaucoup tergiversé au moment de décider de cette seconde greffe.

"Il vivait reclus, sans visage, la chair à vif"

"J’ai hésité la première fois. La deuxième fois, on n’hésite pas parce que la mort est là. Une fois qu’on a totalement enlevé la face du patient... Au mois de novembre, les tissus étaient tellement endommagés et nécrotiques qu’il a fallu que j’enlève toute la face. Il vivait reclus, sans visage, la chair à vif, sans oreilles, sans nez, sans bouche, sans paupières, sans lèvres. On n’avait absolument pas le choix, la seule alternative étant la mort", explique-t-il.

Alors que seulement 44 greffes du visages ont été réalisées dans le monde, le Pr Laurent Lantieri en est déjà à sa huitième et constate déjà le chemin parcouru ces dernières années. "Nous avons fait des progrès techniques sur ces greffes, c’est maintenant une technique relativement standardisée. D’ailleurs, toutes les équipes du monde (qui se réunissent régulièrement) emploient à peu près la même technique du point de vue chirurgical. D’un point de vue immunologique, il y a eu quelques progrès, mais pas des progrès phénoménaux par rapport aux premières greffes de visage ou même de main. Nous espérions trouver des traitements plus légers, mais nous ne les avons pas. Mais grâce à cette greffe, nous savons qu’on peut re-transplanter un organe, et que si l’on propose à un patient une greffe du visage, il est toujours possible d’en faire une deuxième si jamais elle ne fonctionne pas. Jusqu’à présent, on ne le savait pas", souligne-t-il.

"On ne change pas l’identité de quelqu’un comme dans le film Volte-Face"

Selon lui, ce nouveau visage ne doit pas pour autant signifier une nouvelle identité pour Jérôme Hamon. "On lui redonne une identité, on ne la change pas. Jérôme l’a parfaitement expliqué en disant qu’il était toujours Jérôme Hamon, même si son visage n’était pas le même. C’est ça qui est important. On n’est pas là pour changer l’identité de quelqu’un comme dans le film Volte-Face avec John Travolta et Nicolas Cage. On est là pour restaurer une identité à quelqu’un qui a une déformation du visage tellement importante qu’elle n’est plus accessible à une chirurgie conventionnelle, et Dieu sait que nous avons beaucoup de techniques chirurgicales pour réparer le visage...", rappelle-t-il.

Réécoutez en podcast l’interview de Laurent Lantieri dans le 18h Sud Radio

 

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