Retranscription des premières minutes :
- Retrouvez la force de l'engagement avec AGP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
- Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Reus.
- Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement, l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
- Aujourd'hui, je reçois Frédéric Pommier, journaliste, chroniqueur sur France Inter depuis plus de 20 ans et auteur du livre « Derrière les arbres » publié chez Flammarion.
- Dans cette œuvre littéraire, telle que vous la gratifiez vous-même, une œuvre d'une puissance rare, sensorielle, fragmentée, construite comme une traversée de la mémoire traumatique, vous racontez les traces laissées par les violences sexuelles dans une existence entière.
- Le silence, la honte, l'amnésie traumatique, la peur, la déconnexion du corps, mais aussi la manière dont un trauma peut continuer à coloniser une pensée, une vie entière, longtemps après que les faits eux-mêmes ont disparu de la mémoire.
- Mais avant de vous donner la parole, Frédéric, je vous propose de nous engager contre l'indicible.
- Pourtant, notre système judiciaire continue encore de leur appliquer une logique du temps qui est totalement déconnectée de la réalité du psychotraumatisme.
- En France, près de 5 millions d'adultes vivent avec les conséquences de violences sexuelles subies durant leur enfance.
- Chaque année, ce sont 160 000 enfants qui deviennent victimes de violences sexuelles, 2 à 3 enfants par classe.
- Pourtant, nous continuons collectivement à penser ces violences comme des faits rares, exceptionnels, marginalisés, presque inévitables.
- Et le fait que seuls 1% des auteurs de viols soient condamnés participe aussi à notre incapacité individuelle et collective à affronter ces crimes.
- Les violences sexuelles faites aux enfants sont un phénomène massif, systémique, profondément enraciné dans notre société.
- Et elles installent une réalité que la justice peine encore à intégrer et que nos institutions continuent à sous-estimer.
- Cette réalité, c'est que le plus souvent, un enfant agressé ne parle pas spontanément au moment des faits.
- Il ne le peut pas, parce que le cerveau dit ceci, parce que la mémoire franche...
- ...fragmente, parce que le trauma protège l'enfant de ce qu'il ne peut pas psychiquement supporter.
- C'est cela, l'amnésie traumatique.
- Un mécanisme longtemps ignoré, minimisé, contesté, aujourd'hui documenté par les psychiatres, les neurosciences, les associations de victimes et par la civise.
- Pourquoi alors notre droit continue-t-il de fonctionner selon une logique de calendrier judiciaire ? Pendant des décennies, les crimes sexuels commis sur des mineurs étaient prescrits à l'âge de 28 ans.
- La justice considérait que 10 ans après la majorité, il était trop tard pour parler.
- En 2018, dans le sillage de MeToo, la loi portée par Marlène Schiappa a allongé ce délai de prescription.
- Désormais, une victime peut porter plainte jusqu'à l'âge de 48 ans, soit 30 ans après sa majorité.
- Alors certains considèrent que 30 ans pour les crimes sexuels commis sur mineurs constitue une évolution suffisante.
- Et que l'imprescriptibilité demandée par de nombreuses victimes, associations et spécialistes du psychotraumatisme, doit rester réservée aux crimes contre l'humanité.
- Mais derrière ce débat juridique sur la prescription, il y a aussi une autre interrogation.
- Celle du regard que notre société porte sur des victimes qui parlent tardivement.
- Y aurait-il, derrière cette parole tardive, une stratégie, un calcul, une vengeance, des intérêts cachés ? Alors peut-être faudrait-il enfin inverser le regard et ne plus demander aux victimes pourquoi elles parlent si tard.
- Mais comprendre ce que les violences sexuelles faites aux enfants produisent psychiquement pour qu'il faille parfois 40 ans, parfois 50 ans, afin de pouvoir nommer les faits.
- Aujourd'hui, l'enjeu de l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur les mineurs traverse le débat public.
- Et ce débat est désormais incontournable.
- Car derrière la prescription, il y a une question plus vertigineuse encore.
- Que fait-on des enfants qui ont survécu ? Et que fait-on des enfances qui restent prisonnières de l'oubli ? Aujourd'hui, dans la force de l'engagement, je donne la parole à Frédéric Pommier, journaliste et auteur du livre « Derrière les arbres ».
- Bonjour Frédéric.
- Bonjour.
- Alors, avant de commencer cet échange, j'aimerais partager quelque chose avec vous.
- Je ne le dis jamais, mais en dehors de cette émission, j'accompagne depuis des années des femmes victimes de...
Transcription générée par IA