Malgré un avis favorable de l’enquête publique et des promesses économiques locales, le dossier reste suspendu à une décision administrative finale, sur fond de critiques environnementales et énergétiques de plus en plus vives.
Pure Salmon : le ministère émet des réserves
Le projet de ferme aquacole de Pure Salmon, au Verdon-sur-Mer, ambitionne de produire jusqu’à 10.000 tonnes de saumon par an grâce à des installations terrestres en circuit fermé. Présenté comme une réponse à la dépendance française aux importations — le pays importe aujourd’hui l’essentiel de sa consommation — il s’inscrit aussi dans une logique de souveraineté alimentaire avancée par ses promoteurs. L’investissement, estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, s’accompagne de promesses d’emplois locaux et de retombées économiques pour un territoire fragilisé. Le projet a d’ailleurs reçu un avis favorable de la commission d’enquête publique, étape clé avant une éventuelle autorisation préfectorale.
Mais l’initiative suscite une contestation croissante. La ministre de la Transition écologique s’est déclarée opposée au projet, qu’elle qualifie de "projet industriel" ne reposant pas sur des bases solides. Elle met en cause son modèle même : une production hors milieu naturel, reposant sur des cuves à terre, très consommatrices d’énergie pour maintenir l’eau à température constante.
Au-delà de la question énergétique, les critiques portent aussi sur l’alimentation des poissons, susceptible de dépendre de ressources halieutiques lointaines, et sur les impacts environnementaux locaux.
"Ce qui est préoccupant, c'est que la ministre n'ait pas lu le dossier"
"J'ai été amusée en écoutant [la ministre] hier parce qu'elle a justifié son opposition par des fake news en répétant toutes les âneries qu'on a entendues sur ce projet", commente au micro de Sud Radio Géraldine Woessner, rédactrice en chef du service Société au Point et spécialiste des questions scientifiques (agriculture, environnement, énergie - auteure d’une enquête dans Le Point sur le projet Pure Salmon).
"Que ça allait piller les ressources de la côte ouest africaine, que ça menaçait les nappes d'eau potable, qu'on allait déverser des polluants dans l'estuaire… Et en fait, tout est faux. Le dossier a été instruit pendant deux ans, des experts indépendants ont travaillé, une commission d'enquête a analysé les 2.700 pages de ce dossier. Elle a rendu il y a quelques jours un avis favorable, et elle répond point par point à ces questions. Il y a vraiment une distorsion entre le réel et ce qu'on en dit dans le débat public. Ce qui est préoccupant, c'est que la ministre n'ait pas lu le dossier", dénonce Géraldine Woessner dans l'émission "Sud Radio vous explique".
"Ce rejet est idéologique, il n'est pas basé sur des faits"
Selon Géraldine Woessner, cette aquaferme serait bénéfique dans la mesure où elle réduirait la dépendance française vis-à-vis des importations de saumon. "Déjà, on peut s'interroger sur la légitimité du projet lui-même. On dit : 'on mange beaucoup de saumon'. On en mange à peu près 3,5 kg par an et par habitant. 99% de ce saumon est importé. Et ce n'est pas du saumon sauvage - il est élevé dans des cages, dans des élevages au nord de l'Europe, en Russie, au Chili. Donc, ce n'est pas complètement idiot de rapatrier une partie de notre consommation. Là, ça représenterait à peu près 5% de ce que les Français consomment", fait valoir Géraldine Woessner au micro de Patrick Roger sur Sud Radio.
Les craintes quant à la pollution des nappes phréatiques sont elles aussi infondées, dénonce Géraldine Woessner. "Ensuite, c'est un système moderne qui n'est pas dans l'eau, c'est-à-dire qu'il serait élevé dans 24 grands bassins qui sont posés sur la terre. Cela permet de maîtriser les antibiotiques que vous donnez. Et vous limitez les rejets dans l'environnement. Le projet consiste à pomper de l'eau pour alimenter les bassins - ça ne met pas en péril la nappe d'eau potable. Parce qu'à cet endroit-là, les deux nappes qui sont en dessous du site sont attaquées par un cours d'eau saumâtre. Les nappes d'eau potable, elles ne commencent que 12 km plus au sud, donc pas de risque pour l'eau potable. Ensuite, pour les rejets dans l'estuaire, vous avez tout un système de filtration par membrane, de biofiltres, d'UV… Les systèmes modernes vont permettre de rejeter une eau qui est finalement plus saine que celle des stations d'épuration, qui rejettent, elles aussi, l'eau dans l'estuaire"
"Donc, c'est un système massif, ça nécessite évidemment des investissements pour faire du volume, pour que ce soit rentable. Mais ce rejet est un peu idéologique, il n'est pas basé sur des faits", rappelle Géraldine Woessner au micro de Sud Radio.
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