"La retraite, je n'y pense pas. Je ne sais même pas si j'en aurai une !"

Reportage Sud Radio. Le gouvernement a lancé ce jeudi sa "consultation citoyenne" sur la réforme des retraites, prochain grand chantier social du quinquennat. Sans surprise, tous les travailleurs ne sont (et ne seront) pas logés à la même enseigne.

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Avec l’âge pivot, plus rien ne sera figé dans le marbre en matière de retraite.

Jusqu’au 25 octobre, tous les Français peuvent donner sur Internet leur avis et leurs idées sur la prochaine réforme des retraites, un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres et déposé au Parlement au printemps 2019, mais qui ne devrait pas entrer en vigueur avant 2025. Alors que certaines mesures comme le système de retraite universel par points sont déjà en train de fuiter, tous les travailleurs sont aujourd’hui loin d’être égaux devant la retraite.

En habit de travail sur son chantier, Amaury est blasé et balaye d’un revers de main toute réflexion sur la retraite. "La retraite, je n’y pense même pas. Je ne sais même pas si j’en aurai une !". Ouvrier du bâtiment, cet homme de 48 ans travaille depuis son apprentissage à l’âge de 16 ans. Pour lui, l’accès à la retraite et le calcul de cette dernière restent aujourd’hui bien flous. "Il faut avoir le bon nombre de points, ils trouvent toujours des trucs pour repousser, repousser… À chaque fois, ils la repousseront : 65 ans, etc. On travaillera jusqu’à plus soif !", assure-t-il au micro de Sud Radio.

"Hors de question que ma retraite soit rognée pour donner à quelqu’un d’autre !"

Pour Jean-Marc, l’avenir est bien plus dégagé. Banquier de son état, il sait qu'il pourra partir à la retraite dans trois ans. Mais il compte bien défendre ses droits face à un système à points (carrière-revenu identique, retraite identique) dont il ne veut pas. "Ah non, pas du tout ! Nous avons sur-cotisé pendant des années, ce serait hors de question que ma retraite soit rognée pour donner à quelqu’un d’autre !", martèle-t-il.

Alors que l'alignement entre le secteur public et le secteur privé est envisagé et que la question des régimes spéciaux devrait être abordée dans cette réforme, l'âge de départ, lui, devrait rester à 62 ans. Mais pour Agnès Verdier-Molinié, directrice du think tank l’Ifrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), l’âge de départ effectif devrait malgré tout reculer. "Évidemment, le gouvernement ne se prononcera pas sur un report de l’âge de la retraite à 65 ans, mais il le fera quand même avec un système de points qui fera qu’on n’obtiendra une retraite à taux plein que dans ces eaux-là. Il est vraisemblable qu’on se dirige vers un report mécanique de l’âge", pronostique-t-elle.

Un reportage de Mathilde Choin