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Guerre au Moyen-Orient : bientôt une pénurie de plastique en Europe ? 

GROS PLAN SUD RADIO - La guerre au Moyen-Orient ne bouleverse pas seulement les marchés de l’énergie. Dépendante du pétrole et du gaz, l’industrie du plastique se retrouve, elle aussi, en première ligne, entre hausse des prix, tensions logistiques et risques de pénuries susceptibles d’affecter l’ensemble de l’économie européenne.

Relier la guerre et le plastique n’est pas évident mais « il y a plusieurs liens » comme l’explique Joseph Tayefeh. Interrogé sur Sud Radio, le secrétaire général de Plastalliance explique d’abord « qu’il faut du plastique pour faire la guerre » pour le « matériel militaire, l’aéronautique, les missiles ou les vêtements des soldats ».

Mais au-delà de cet usage immédiat, c’est surtout la dépendance du plastique aux hydrocarbures qui pose problème. Le naphta, dérivé du pétrole, constitue la base essentielle de fabrication, tout comme certains gaz. Or, les tensions actuelles perturbent directement les flux. Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour plus de 20 % du pétrole mondial, est toujours impraticable, tandis que certaines infrastructures énergétiques sont à l’arrêt partout au Moyen-Orient. Résultat : toute la chaîne pétrochimique est fragilisée.

Une inquiétude qui dépasse le simple cadre industriel 

Joseph Tayefeh, « tire la sonnette d’alarme depuis trois semaines déjà » et prévient qu’il « va y avoir de véritables pénuries ». En cause, l’arrêt progressif de certaines usines de polymères et la dépendance presque totale de l’Europe aux importations. « La France et l’Europe ne sont pas autosuffisantes », souligne-t-il.

Depuis plusieurs années, « beaucoup d’usines de fabrication de plastique en Europe ont disparu ou se sont installées au Moyen-Orient ». Une stratégie aujourd’hui mise à mal par le conflit. « Si les matières premières ne peuvent pas arriver en Europe, on se dirige vers une immense pénurie qui touchera tous les secteurs », insiste-t-il. Car l’inquiétude dépasse le cadre industriel : c’est l’ensemble de l’économie européenne qui pourrait être impactée. 

Voitures, bouteilles, fenêtres, emballages

Les conséquences potentielles concernent l’ensemble des activités. De « l’agroalimentaire » à « l’automobile », en passant par le bâtiment, aucun domaine n’est épargné. Emballages alimentaires, bouteilles, films plastiques, fenêtres en PVC ou encore composants automobiles : tous reposent sur des polymères aujourd’hui sous tension. « Une voiture contient environ 50 % de plastique », rappelle Joseph Tayefeh qui explique que « si les stocks venaient à s’épuiser, c’est toute la production industrielle qui pourrait s’arrêter ».

Les prix s’envolent déjà

La hausse des prix est même déjà visible. Le polyéthylène, l’un des plastiques les plus utilisés, est passé d’environ 1 400€ à près de 2 000€ la tonne. À cela s’ajoutent des coûts logistiques en forte augmentation, liés aux détours maritimes et à la hausse des assurances. 

« Le détour via le Cap de Bonne Espérance ajoute deux semaines de retard dans l’approvisionnement. Donc les prix augmentent et, si la situation perdure, ce ne sera plus une question de prix mais de disponibilité. Certains grands pétroliers annoncent déjà qu’ils ne fourniront plus de matières premières » avertit Joseph Tayefeh. Mais pour les industriels, « la vraie crainte, ce n’est pas seulement que les prix augmentent : c’est qu’il n’y aura plus de matière du tout », alerte le secrétaire général de Plastalliance.

Aucune alternative viable

Face à la raréfaction du plastique, la production pourrait se tourner vers d’autres matériaux. Mais là encore, la situation est complexe. Le verre, le métal ou le papier nécessitent des quantités importantes d’énergie, notamment de gaz, dont les prix explosent également. « Ce sera encore pire pour les autres matériaux », estime même Joseph Tayefeh. Produire du verre, par exemple, exige des températures très élevées, rendues plus coûteuses par la crise énergétique.

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