"En France, deux chênes vendus sur trois partent en Chine"

Les producteurs français de bois s’inquiètent de la menace que fait peser la Chine dans leur filière. Jacques Ducerf, président de la Fédération Nationale du Bois, était interviewé dans "le coup de fil du matin" sur Sud Radio le 15 juin. "Le coup de fil du matin" est diffusé tous les jours à 7h12 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

Jacques Ducerf, président de la FNB, interviewé par Cécile de Ménibus et Patrick Roger sur Sud Radio, à 7h12, dans "le coup de fil du matin".

La France, une des meilleures ressources en bois au monde

Cela ressemble à du pillage… La filière bois se réunit en urgence. Il y a alerte quant à la vente des forêts françaises à la Chine, pays où il est désormais interdit de couper un chêne. Les forêts étant surexploitées, le gouvernement chinois vient de décider de les protéger durant 99 ans… Le géant chinois se tourne donc vers d’autres pays pour acheter du bois, notamment du chêne.

Ainsi, un arbre sur trois coupé en France part en Chine. "C’est vraiment une source d’inquiétude, confirme Jacques Ducerf, président de la Fédération Nationale du Bois. C'était un chêne sur trois l’année dernière. Depuis le début de cette année, c’est pratiquement deux chênes sur trois qui partent en Chine dans les adjudications de bois sur pied. C’est un vrai souci. La France dispose d’une des plus grandes ressources en quantité et en qualité dans le monde."

"Un certain nombre de scieries devront s’arrêter"

"Au total, la filière bois représente 450.000 emplois, plus que l’industrie automobile. Si l’on est en rupture d’approvisionnement pour nos entreprises de transformation, que ce soient les scieries, ou sur l’aval, on n'aurait plus de matière à transformer, on ne pourra plus construire de maisons en France, sans matières premières."

Qui vend ce bois ? "Ce sont des coopératives forestières. Aujourd’hui, sur le marché, on voit de plus en plus de traders mandatés par les Chinois pour venir capter la matière première. C’est un vrai drame. On pense que, dans quelques semaines, un certain nombre de scieries devront s’arrêter ou ralentir leur production faute de matière première."

"Une offensive sans précédent sur la ressource forestière française"

Que font le ministre de l’agriculture et l’Union Européenne ? "Le ministre de l'Agriculture cherche vraiment des solutions pour parer à ce phénomène. Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé ; la France reste un pays où l’on peut facilement acheter du bois. Ce qui aggrave la situation, c'est que la Russie vient d’interdire l’exportation des grumes à destination de la Chine. Les Chinois sont complètement démunis et font une offensive sans précédent sur la ressource forestière française."

Pour autant, certains pays ont décidé d’agir. "La Roumanie a interdit les exportations, la Pologne et la Croatie sont en train de le faire aussi, détaille Jacques Ducerf. La Turquie et le Japon viennent aussi d’interdire les exportations de grumes. Le seul pays où cela reste facile, c’est la France. Il y a des possibilités de prendre un moratoire. J’en appelle à nos gouvernants pour prendre des mesures immédiates. Au moment où l’on parle de relocalisations, pour faire un chêne, il faut au moins 150 ans. À cela s’ajoute la question environnementale. La tonne de carbone captée par mètre cube de bois pendant 150 ans de croissance de l’arbre est entièrement détruite par rapport à une exportation de matière première non transformée en Chine. Sur le plan environnemental, c’est également une catastrophe."

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