Charles-Henri Le Chevalier : "la rémunération des patrons a explosé avec la chute du mur de Berlin"

La rémunération des grands patrons est-elle trop élevée ? Ne sont-elles pas moins importantes que celles des plus grands footballeurs ? Autant de questions soulevées dans le dernier livre de Charles-Henri Le Chevalier, La rémunération des grands patrons : halte à la démesure ! (Manitoba Editions).

Charles-Henri Le Chevalier
Charles-Henri Le Chevalier, invité d’Arthur de Laborde dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Charles-Henri Le Chevalier, diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, était l’invité d’Arthur de Laborde le mardi 21 décembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états", pour son livre La rémunération des grands patrons : halte à la démesure ! (Manitoba Editions).

Enquête sur le salaire des grands patrons

Carlos Goshn, Patrick Kron, Lindsay Owen Jones… Des noms qui font tous écho à des polémiques liées à la rémunération des grands patrons. Chaque année, il n’est pas rare d’entendre parler dans les médias des montants stratosphériques que gagnent certains chefs d’entreprise. Qu’il s’agisse de leur salaire annuel, de leur bonus ou encore de leur retraite chapeau. Des chiffres inimaginables pour le commun des mortels, et qui pourtant sont parfois bien inférieurs aux rémunérations de certains traders, footballeurs ou autres stars du show-business.

Dans son dernier livre La rémunération des grands patrons : halte à la démesure ! (Manitoba Editions), Charles-Henri Le Chevalier a tenté de percer la nébuleuse opaque autour du salaire des patrons de multinationales. Comment sont fixées les rémunérations ? Comment justifier une retraite chapeau ou encore des indemnités de départ ? Les patrons sont-ils vraiment rémunérés à la hauteur de leur performance, ou de la pression qu’ils subissent ? Autant de questions auxquelles l’auteur a tenté de répondre avec force exemples.

Beaucoup d’améliorations en 30 ans

Invité sur Sud Radio, Charles-Henri Le Chevalier, ancien conseiller sur la rémunération des grands patrons auprès de grands groupes, explique avoir voulu retracer ce qu’il s’est passé au cours de ces 30 dernières années. "Depuis 30 ans, il y a eu beaucoup de changements. Des codes, des lois se sont mis en place pour rendre la rémunération des dirigeants audibles. Ce n’est pas toujours le cas, mais il y a eu beaucoup d’améliorations" lance-t-il notamment.

Une histoire qui remonte à la Révolution française. En 1781, Louis XVI évince Necker qui avait accusé la cour de se livrer à des dépenses très excessives. Le roi rappelle finalement Necker en 1789. Et à l’ouverture des Etats généraux, Louis XVI fait amende honorable et reconnaît implicitement que ses dépenses ont été excessives. C’est finalement trop tard, et la Révolution démarre. Et Charles-Henri Le Chevalier de dresser un parallèle. "Les bonnets rouges, les gilets jaunes sont autant d’alertes qui laissent penser que rien n’est impossible" explique-t-il.

Rendre ces rémunérations audibles

Pour l’auteur de La rémunération des grands patrons : halte à la démesure ! (Manitoba Editions), en matière de rémunération des grands patrons, l’essentiel est que ces salaires soient audibles. "Cela veut dire qu’ils soient acceptables. Et c’est le rôle des conseils d’administration. Ce sont eux qui fixent les rémunérations des patrons. Ils doivent parfois retirer leurs boules Quiès" précise Charles-Henri Le Chevalier. Ce dernier rappelle par ailleurs que l’escalade de la rémunération des grands patrons a démarré à la chute du mur de Berlin. Elle représentait une forme de concurrence avec le patron voisin.

La libéralisation de l’économie, à ce moment-là, aura permis d’ajouter, et de donner son importance aux stocks options, la part variable de la rémunération, et aux retraites chapeau. "La stock option était cédée à un tiers du prix de l’action. Et sa réalisation est subordonnée au fait que l’action grimpe. Comme elle dure huit à dix ans, on a du temps pour espérer qu’elle vaudra davantage" rappelle Charles-Henri Le Chevalier. Un principe abandonné en 2001 avec la bulle Internet. D’où la création des actions gratuites dites de performance, élargies à une population plus large. Des moyens de rémunération auxquels il faut ajouter les retraites-chapeau, qui défraient encore la chronique, et que l’auteur de La rémunération des grands patrons : halte à la démesure ! (Manitoba Editions) explique si bien dans son ouvrage.

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