André Manoukian : "les musiciens se retrouvent avec la moitié du cerveau qui n’est pas là"

André Manoukian, présentateur des émissions de télévision "La vie secrète des chansons", "Les enfants de la musique" et "Amour etc.", était l'invité de Valérie Expert et Gilles Ganzmann le 27 novembre 2019 sur Sud Radio dans "Le 10h - midi". Il revient sur son spectacle "Le chant du périnée", joué tous les lundis à 20 heures au Théâtre de l’Œuvre à Paris, jusqu’au 30 décembre 2019.

André Manoukian, invité de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

"Pour chanter correctement, il faut contracter le périnée"

André Manoukian a tout d’abord expliqué le titre de son spectacle. "Le chant vient vraiment du périnée. C’est ce muscle tout en bas, entre le scrotum et la base des testicules pour les garçons. Et pour les filles pareil, sauf qu’il n’y a pas de testicules. Si vous voulez chanter correctement, c’est ce muscle qu’il faut contracter afin que l’air monte dans votre colonne d’air et qu’il chatouille agréablement les cordes vocales. Or, tous les chanteurs débutants essaient de chanter avec leurs cordes vocales. À un moment, les cordes vocales s’irritent. D’ailleurs, quand vous parlez à une diva, à une chanteuse lyrique, la première chose qu’elle fait est de prendre votre main et la balader sur son bas ventre. Il n’y a plus de honte, il n’y a pas de gêne."

 

"L’écriture a pris un pas sur l’imagination"

Selon André Manoukian, son spectacle est "une histoire de la musique comme on ne l’entend pas assez". Pour illustrer cela, il a pris l’exemple de l’improvisation. "Moi, très tôt dans mon apprentissage de la musique, je me suis demandé : comment fait-on pour improviser ? Et personne à l’époque n’était capable de répondre. Un professeur m’a même dit : 'bois du whisky'. J’ai trouvé ça un peu léger, et je suis allé à Boston, dans la Berkeley School of Music. Et là, tout s’est fait pour moi, toutes les règles d’improvisation tenaient sur une feuille de papier. Et je me suis demandé : 'pourquoi on n’apprend pas la musique comme ça à nos enfants ?'

En fait, tous les musiciens dits classiques étaient des improvisateurs. Bach improvisait. L’Art de la fugue, c’est quoi ? Les partitions servaient à quoi ? Je vous rappelle qu’à l’époque il n’y avait pas de magnéto, alors pour ne pas oublier ce qu’on venait de composer, on l’écrivait. Mais tout d’un coup, l’écriture a pris un pas sur l’imagination, sur la création. Mozart faisait des joutes avec Scarlatti. Beethoven, quand il faisait un concert de piano solo, 80% de ce qu’il jouait, c’était de l’impro. Et les filles tombaient dans les pommes, c’était des rock stars, les mecs !

Tout d’un coup, à la fin du 19e siècle, on appelle nos écoles de musique des conservatoires. Tout d’un coup on dit : 'il y a un patrimoine, il faut le compiler'. Et on cesse d’apprendre l’improvisation aux musiciens, on n’en fait que des lecteurs. Du coup, les musiciens se retrouvent avec la moitié du cerveau qui n’est pas là. C’est comme si vous disiez à votre enfant qui vient de naître : 'tu n’auras pas le droit de parler tant que tu ne sauras pas lire ou écrire'. C’est aussi absurde que ça."


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Retrouvez l'invité média de Valérie Expert et Gilles Ganzmann du lundi au vendredi à partir de 10h00 sur Sud Radio dans "Le 10h - midi".

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