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Mineurs violents : les spécialistes appellent à repenser la réponse judiciaire

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Agressions mortelles, attaques à l'arme blanche, violences contre les forces de l'ordre ou les personnels éducatifs : plusieurs affaires récentes impliquant des mineurs ont ravivé le débat sur la justice des mineurs.

Mineurs violents : les spécialistes appellent à repenser la réponse judiciaire
Kenzo TRIBOUILLARD - AFP

L'évolution de cette délinquance nécessite de repenser profondément les réponses apportées par les pouvoirs publics, estime le pédopsychiatre Maurice Berger, auteur de Mineurs violents, État inconsistant (Éditons de L'Artilleur).

Mineurs ultra-violents : une succession de drames relance le débat sur la justice des mineurs

Les violences commises par certains mineurs occupent une place croissante dans le débat public. Si la très grande majorité des adolescents ne basculent jamais dans la délinquance grave, plusieurs affaires récentes ont marqué les esprits par leur brutalité. Elles alimentent les interrogations sur l'efficacité du système judiciaire, le rôle de la prévention et la prise en charge des jeunes les plus dangereux.

L'affaire d'Elias demeure l'un des symboles de cette inquiétude. En janvier 2025, cet adolescent de 14 ans est mort après avoir été agressé à Paris pour le vol de son téléphone portable. Les deux auteurs présumés, alors mineurs et déjà connus de la justice, doivent être jugés devant la cour d'assises des mineurs pour des violences avec extorsion ayant entraîné la mort. Ce drame a relancé les discussions sur la récidive, le port d'armes blanches chez les jeunes et la capacité des institutions à prévenir le passage à l'acte.

Au-delà de ce dossier, les derniers mois ont été marqués par plusieurs agressions particulièrement violentes impliquant des adolescents : attaques au couteau, rixes entre bandes, violences contre des enseignants, des éducateurs, des chauffeurs de bus ou des contrôleurs de transport. Si ces faits restent minoritaires rapportés à l'ensemble de la jeunesse française, leur médiatisation nourrit un sentiment de gravité et pose la question des profils les plus violents.

"Le mot 'obtempérer' n'a pas de sens"

Pédopsychiatre ayant consacré une grande partie de sa carrière à ces jeunes, Maurice Berger estime que les réponses traditionnelles atteignent leurs limites. "La situation actuelle, je la décris comme 'une violence en open space'. C'est-à-dire qu'on a atteint un niveau où les mineurs violents disent : 'Je fais ce que je veux, je le fais où je veux : à l'école, je le fais sur qui je veux : des éducateurs, des soignants. Tout ce qui me gêne dans l'expression de mes souhaits est considéré comme une entrave qu'il faut abattre'. C'est-à-dire que le mot 'obtempérer' n'a pas de sens", explique Maurice Berger au micro de Sud Radio.

Selon lui, certains comportements illustrent également une banalisation de la violence, amplifiée par les réseaux sociaux. "Un contrôle de titre de transport est vécu comme une provocation. Et l'acte commis est immédiatement est filmé avec fierté. C'est-à-dire qu'il y a une appartenance au groupe qui fait qu'on est fier de montrer qu'on a tapé très fort, et c'est diffusé tout de suite sur le net. Sans aucune limite", poursuit Maurice Berger à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

"Ils n'ont aucune capacité d'anticiper les conséquences de leur actes pour eux"

Dans son ouvrage, Maurice Berger défend une évolution de la justice pénale des mineurs, considérant que la priorité doit être donnée à la gravité des actes commis. Au micro de Sud Radio, il explique : "Je pense que là où nous en sommes, la question, c'est qu'on est au-delà de la parole et au-delà de l'éducatif. La seule question qui compte, c'est : 'quelle limite on pose'. J'avais écrit que ces mineurs avaient une absence complète d'empathie. C'est-à-dire d'identification à autrui qu'ils peuvent taper. Mais il y a un autre facteur qui est tout aussi important, à savoir qu'ils n'ont aucune capacité d'anticiper les conséquences de leur actes pour eux. Quand un meurtrier réalise qu'il va aller en prison, il s'effondre. Ça signifie une atteinte de la pensée absolument colossale".

"Je donne l'exemple d'un mineur qui vient de faire quatre ans de prison. Et je lui dis : 'qu'est-ce vous donneriez comme conseil à un autre jeune pour qu'il n'ait pas le même parcours ?'. Et il m'a répondu : 'les paroles, ça rentre par une oreille et ça sort par l'autre'. Ce qu'il faut, c'est des actes forts : visiter une prison, être sûr que ça va tomber, aller montrer une tombe etc. Regardez l'affaire d'Elias : des paroles, les assassins en ont eu de la part des éducateurs, de la part des juges… Ça n'a servi à rien. Donc, nous devons donner aux mineurs les moyens d'anticiper ce qui va leur arriver. Et pour cela, il faut d'abord centrer notre système pénal sur la gravité de l'acte, et non pas sur la personnalité de l'auteur", estime Maurice Berger à l'antenne de Sud Radio.

Supprimer le principe de la récidive

Le pédopsychiatre plaide également pour une remise en question de la manière dont la récidive est prise en compte : "Il faut supprimer un grand tabou, qui est le principe de la récidive. C'est-à-dire qu'il y a en France un droit de premier pillage et premier tabassage pour un mineur. Non. Ce qui compte, c'est la gravité du fait".

Ces propositions alimentent un débat ancien qui oppose partisans d'un renforcement de la réponse pénale et défenseurs d'une approche davantage centrée sur l'éducation et la réinsertion. Tous s'accordent toutefois sur un constat : face aux formes les plus extrêmes de violence impliquant des mineurs, la société est confrontée à un défi majeur qui dépasse la seule question judiciaire et interroge également la prévention, la protection de l'enfance et l'accompagnement des familles.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.

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