Ukraine : comment le discours de Poutine s’est musclé d’année en année

Romain Bessonnet, traducteur de discours de Vladimir Poutine et auteur du livre, "Discours de Poutine - Russie et Ukraine, deux peuples frères" (éd. Jean-Cyrille Godefroy), était l'invité dans "Bercoff dans tous ses états" sur Sud Radio le 23 mai 2022.

Romain Bessonnet
Romain Bessonnet, invité d'André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états" sur Sud Radio.

Cela fait bientôt trois mois jour pour jour que s’est déclenchée une guerre entre la Russie et l’Ukraine. Une guerre aux portes de l’Europe, qui effraie la communauté internationale. Une guerre où de nombreuses exactions auraient été commises contre les populations civiles, mettant la Russie face à ses responsabilités, et la diplomatie occidentale dans une situation instable. De son côté, Vladimir Poutine, affaibli politiquement et personnellement, semble tenir bon. Mais qui est-il au fond ? Que veut-il vraiment ?

Ukraine : comment le discours de Poutine a évolué

Dans son dernier livre, Discours de Poutine - Russie et Ukraine, deux peuples frères, Romain Bessonnet, traducteur de discours de Vladimir Poutine, a recensé toutes les déclarations du président russe à propos de l’Ukraine. Un document intéressant si l’on veut tenter de comprendre les ressorts et les motivations de Vladimir Poutine, quant à ce conflit inédit. On y apprend que les prises de parole de Poutine sur l’Ukraine ne datent pas d’hier.

"Il parle de l’Ukraine dès son arrivée à la présidence en 2000, lors de rencontres avec le président ukrainien de l’époque. Il y a plusieurs évolutions dans le discours de Vladimir Poutine sur l’Ukraine. Ce qui est impressionnant, c’est que son discours a évolué pendant ces 22 ans. Au début, jusqu’à la révolution orange de 2005, Poutine est quelqu’un de très pragmatique. Il met l’accent sur les relations économiques. La crispation remonte à la révolution orange en 2005", explique-t-il sur Sud Radio.

La Crimée, le point de rupture

La rupture se produit donc en 2005. Selon Poutine, l’Occident va parrainer un régime anti-russe en Ukraine. "On pouvait comprendre que l’Ukraine aille vers une occidentalisation un peu plus rapide que la Russie. Mais par contre, on ne peut pas accepter que cela se fasse au détriment des relations culturelles et des relations entre les populations. À cette époque, Poutine fait une émission d’antenne ouverte à la télévision ukrainienne. Il se rend compte que les deux sociétés sont plus interconnectées qu’il ne le pensait. C’est pour cela que son discours commence à évoluer", lance Romain Bessonnet.

Ce dernier précise qu’il y a ensuite une seconde phase de rupture, plus rude. Quand Ianoukovitch revient au pouvoir. Un président que l’on présente souvent comme pro-russe. Vladimir Poutine semble tenir sa revanche. Il avance ses pions sur l’agenda historico-culturel. Il fait un discours dans la Sainte Grotte de Kiev, "où il explique que la Russie est née sur les fonds baptismaux du Dniepr", un fleuve qui devient donc le fleuve sacré pour les Russes. "Un virage est pris, la relation a une conception beaucoup plus historique. Il va utiliser cette rhétorique jusqu’en 2014, date des événements de Crimée", lance-t-il également.

Pour Poutine, une Ukraine indépendante qui accepte sa part russe

"La Crimée ne s’est jamais considérée comme ukrainienne", explique Romain Bessonnet. À partir des événements de Crimée, la Russie ne considère plus le gouvernement ukrainien comme un partenaire, mais comme une entité aux mains des nationalistes. "On ne veut plus avoir affaire à lui. On soutient les populations russophones par un soutien politique et militaire quasiment ouvert. L’idée est d’empêcher l’Ukraine d’être prise en main par des courants pro-occidentaux et nationalistes les plus durs, en laissant des points de friction qui font que l’Ukraine ne peut pas être complètement intégrée dans l’OTAN", précise le traducteur.

Un processus qui nous amène en 2022. "On est sur un affrontement presque cosmique. Poutine va de plus en plus faire appel à l’histoire dans ses discours. Cette rhétorique va se multiplier. On peut avoir deux États, mais ils ne peuvent pas être antagonistes l’un de l’autre. L’Ukraine peut être indépendante, mais elle doit accepter sa part russe, et qui ne maltraite pas l’histoire et la culture russe sur son territoire", conclut-il sur Sud Radio.

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