Philippe Fabry : "nous ne sommes pas en démocratie"

Sommes-nous encore en démocratie ? La dernière élection présidentielle a engendré des questions sur la légitimité du nouveau président. Pour en parler, Philippe Fabry, avocat, théoricien de l’Histoire, était l’invité de “Bercoff dans tous ses états" pour son livre Le président absolu - La Vème République contre la démocratie (éd. Scripta Manent).

Philippe Fabry
Philippe Fabry, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio

La démocratie aurait-elle glissé vers un régime où les pouvoirs sont finalement concentrés dans les mains d’une seule et même personne, en l’occurrence le président de la Vème République ? Au lendemain de l’élection présidentielle, et de la réélection d’Emmanuel Macron sur un fond d’abstention massive, focus sur l’essence de la Vème République, et sur ce que le politique en a fait. Alors qu’arrivent les élections législatives, et peut-être une réforme des institutions, que reste-t-il vraiment de la démocratie ?

De la démocratie au retour à l’Ancien Régime

Pour l’avocat et théoricien de l’Histoire, Philippe Fabry, une réforme de la Vème République et de ses institutions est nécessaire. Mais pas celle que le pouvoir en place tente de préparer, avec une éventuelle introduction de proportionnelle dans certains scrutins. Pour l’auteur de Le président absolu - La Vème République contre la démocratie (éd. Scripta Manent), le constat est clair : notre actuelle constitution ne répond pas aux standards démocratiques européens.

Pire, cette constitution, appliquée en France depuis plus de soixante ans, a fait progressivement glisser le pays vers un retour à une sorte de nouvel Ancien Régime, ce que certains appellent le régime présidentiel. Il faut ajouter à cela, d’après Philippe Fabry, une régression importante sur le plan politique. Mais ce nouvel Ancien Régime est aujourd’hui menacé par une nouvelle Révolution. Dont nous avons vécu les soubresauts ces dernières années.

La comparaison des démocraties européennes

"Je voulais faire comprendre à ceux qui croient que l’on est en démocratie, que ce n’est pas le cas. Nous ne sommes pas en démocratie. Il suffit de regarder ce que l’on considère aujourd’hui facilement comme démocraties, tous nos voisins directs européens. Le fait est que nous n’avons pas le même système. Tout ceci est une machinerie. Il y a des composants différents. Tout cela se trouve dans tous les pays. Le problème ce n’est pas les éléments, mais la manière dont ils sont branchés. Soit vous avez de l’eau chaude, soit vous n’en avez pas, si l’eau chaude c’est la démocratie" explique Philippe Fabry au micro de Sud Radio.

Ce dernier rappelle que, comme nos voisins, nous avons un parlement composé de deux chambres. "Mais le problème, c’est l’articulation avec le pouvoir. Ce qu’ont tous les autres, c’est la distinction entre le chef de l’État et le chef du gouvernement. Nous avons une séparation formelle dans notre Constitution. Mais la réalité, c’est que le chef de l’État concentre tout le pouvoir. Le vrai chef du gouvernement, c’est le chef de l’État, il préside le Conseil des ministres. De l’autre côté, vous avez un gouvernement qui n’est plus responsable devant le Parlement. Si c’était le cas, les gouvernements tomberaient régulièrement sous les motions de censure" ajoute l’avocat.

"Nous sommes proches de pays tels que l’Egypte, la Syrie ou la Russie"

On a souvent comparé la Vème République à un régime semi-présidentiel. Pour Philippe Fabry, le semi est de trop. "Nous sommes dans un régime présidentiel, et structurellement, nous sommes plus proches de pays tels que l’Egypte, la Syrie ou la Russie, dont on parle beaucoup en ce moment" lance-t-il, précisant que dans les faits, Emmanuel Macron n’a rien à envier à Vladimir Poutine en matière de concentration des pouvoirs. "Et nos voisins s’en rendent compte de plus en plus" précise Philippe Fabry.

Par définition, rappelle-t-il, le Parlement est plus représentatif de l’ensemble de la société qu’un seul homme, élu au scrutin universel direct. "Dans l’idée de de Gaulle à la base, il fallait donner à un personnage central une autorité suffisante pour résoudre un certain nombre de problèmes, et de se tenir au-dessus des partis. Le problème, c’est qu’il a beaucoup usé d’une pratique plébiscitaire du pouvoir. Et qu’on sait par expérience que le danger du plébiscite, c’est la dictature de la majorité, ou d’une minorité qui se constitue une majorité pour des votes" conclut-il. Cela ne vous rappelle rien ?

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Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h dans Bercoff dans tous ses états Sud Radio.