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Nicolas Meilhan : la France est "obligée de se coucher devant les volontés de l’Allemagne"

La fermeture de William Saurin, l'indexation sur du prix de l'électricité sur celui du gaz, la désindustrialisation de la France. Nicolas Meilhan, Ingénieur sur les sujets du transport et de l'énergie, était l’invité d’André Bercoff sur Sud Radio le 9 décembre 2022 dans "Bercoff dans tous ses états".

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Nicolas Meilhan invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

La hausse des prix de l'électricité a fait exploser la facture de Cofigeo. Une situation que subissent toutes les entreprises en France.

 

Hausse des prix de l'électricité : "Ce genre d’entreprise, qui va faire une marge entre 5% et 10%, elle arrête de produire"

La crise énergétique a conduit le géant de l’agroalimentaire Cofigeo (William Saurin, Garbit) à annoncer le pire : la mise à l’arrêt de 80% de sa production, et donc de quatre usines en France. La faute à l’augmentation de la facture énergétique prévue pour 2023. Nicolas Meilhan, ingénieur sur les sujets du transport et de l'énergie et membre des Iconoclastes, estime que l’Europe "ça ressemble quand même de plus en plus à un Titanic". "C’est très très inquiétant."

L’annonce de Cofigeo est, selon lui, le parfait exemple de la différence entre l’inflation pour les ménages et celle pour les entreprises. "Nous, quand on a l’inflation qui fait 5%, 6%, 10% c’est énorme", précise-t-il. Mais ces entreprises c’est beaucoup plus. "William Saurin, c’est 1.000%." Le groupe, dans son communiqué de presse, a en effet annoncé un facture d’électricité multipliée par 10 et qui passerait de 4 millions d’euros en 2022 à 40 millions d’euros en 2023.

Or, cette entreprise "faisait 330 millions d’euros de chiffre d’affaires en France" ce qui fait que la nouvelle facture "va représenter 12 % de son chiffre d’affaires". "Ce genre d’entreprise, qui va faire une marge entre 5% et 10%, elle arrête de produire." Si elle continue de produire, "elle met la clé sous la porte", souligne l’ingénieur.

Et, estime-t-il, "c’est ce qui va se passer pour un très grand nombre d’entreprises".

 

Espagne et Portugal payent "l’électricité trois à quatre fois moins cher que nous"

La multiplication des factures par 10 en un an s’explique simplement. "Quand le prix du gaz est multiplié par 10 et que le prix de l’électricité, qui est indexé sur le prix du gaz, est multiplié par 10, et que votre facture énergétique c’est de l’électricité et du gaz, c’est multiplié par 10", détaille Nicolas Meilhan.

L’indexation du prix de l’électricité sur le prix du gaz est vivement critiquée, et Espagne et Portugal on annoncé dès mai 2022 vouloir sortir de ce mécanisme. Concernant la France, "on peut toujours faire les choses, il suffit de le vouloir", juge le membre des Iconoclastes. En sortant du marché européen, Espagne et Portugal payent, aujourd’hui, "l’électricité trois à quatre fois moins cher que nous". "Et c’est souvent nos concurrents en Europe."

Mais la France n’est "pas en position de force" aujourd’hui en Europe, notamment à cause de l’arrêt de près de la moitié de son parc nucléaire. "On dépend beaucoup des autres pour les importations", souligne Nicolas Meilhan. Et "quand on dépend des autres, on ne peut pas leur imposer ce qu’on veut". La France, de fait, est "obligée de suivre et de se coucher devant les volontés de l’Allemagne". "C’est l’Allemagne la fourmi, c’est la France la cigale. Et la cigale, pour l’instant, elle n’a pas son mot à dire."

 

"Ils ont fait valoir cette exception auprès de la Commission européenne, et la Commission européenne a accepté leur demande"

Espagne et Portugal ont toutefois profité d’une situation géographique unique pour imposer la désindexation. "C’est un peu une île électrique, puisqu’ils sont isolés, la péninsule ibérique, du reste de l’Europe." De fait, leurs échanges énergétiques sont "limités par rapport à leur consommation".

Mais les deux pays sont également "autosuffisants" en termes d’énergie. "Ils n’ont pas besoin des autres." Ils disposent "d’énergies renouvelables", de "gaz naturel qui arrive, comme nous, des États-Unis"… "et donc ils n’ont pas besoin des autres".

"Ils ont fait valoir cette exception auprès de la Commission européenne, et la Commission européenne a accepté leur demande." Toutefois, "le prix du gaz reste au même prix que pour nous", c’est-à-dire multiplié par 10. "Mais au moins sur l’électricité, ils la payent trois à quatre fois moins cher que nous", détaille Nicolas Meilhan.

 

 

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