Bac : "Une sorte de validation d’un certificat de scolarité, rien de plus"

Harold Bernat, professeur de philosophie, auteur de « La défaite de la majorité » aux éditions Atlantiques Déchaînées et Jean-Paul Brighelli, professeur agrégé de lettres modernes, auteur de « La fabrique du crétin - vers l’apocalypse scolaire » aux éditions de l’Archipel, étaient les invités de “Bercoff dans tous ses états".

Bac
Jean-Paul Brighelli et Harold Bernat, invités d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"Cela vient après deux années fastes où il n’y a pratiquement pas eu de Bac. C’est un peu comme après 68. En 1968, le taux de réussite au Bac est passé à 80% d’un coup et est redescendu à 65% après", explique Jean-Paul Brighelli. "Là, pareil, on était à 96% parce que ce n’était que du contrôle continu, c’était une parodie d’examen, à cause du confinement, on revient à des taux normaux".

"On va parler chiffres. Dans une commission de Bac, lundi dernier, à Marseille, 203 dossiers sont examinés. En tout et pour tout, il y en a eu huit qui ont été définitivement recalés et douze envoyés au second tour qui va se passer demain", explique l’agrégé de lettres modernes. "Ainsi, 2,5% sont recalés, quant aux douze qui passent au second tour, ils vont tous l’avoir. On est dans un examen qui a le choix au niveau de sa réussite entre un applaudissement stalinien ou un applaudissement nord-coréen", explique-t-il.

 

"Le Bac n'est plus"

"Je crois que Jean-Paul Brighelli a dit l’essentiel. On ne va pas s'appesantir sur les chiffres. Les chiffres sont connus, on était à 96% de réussite l’année dernière. Ce sont des scores. On attend le 102% qui sera le plafond de verre", ironise Harold Bernat. "Les chiffres sont incroyables mais ce qu’il faut bien dire c’est que tout est joué en réalité. Parcours Sup est passé par là".

"C’est une sorte de validation d’un certificat de scolarité et rien de plus. Le Bac n’est plus. Il faut arrêter de parler du Baccalauréat comme d’un diplôme obtenu à la fin des études secondaires. C’est un diplôme qui n’existe plus et qui a été remplacé par une validation administrative automatique par la division des examens et des concours", juge le professeur de philosophie.

 

"On crée artificiellement des résultats"

"En tant que professeur de philosophie, j’ai toujours corrigé le Baccalauréat, cela fait 22 ans. On a depuis deux ou trois ans des directives très explicites sur la moyenne. Il faut qu’on ait la moyenne. L’inspection régionale et les moyens d’inspections font passer des circulaires dans ce sens. Il faut avoir la moyenne. La philosophie résistait à ça jusqu’à il y a deux ou trois ans. Mais maintenant, il faut avoir la moyenne. Il faut mesurer l’absurdité du dispositif", explique-t-il.

"J’ai corrigé des copies cette année, il y en avait un tas qui était assez bon. J’ai dû tomber sur un lycée favorisé de centre ville à Bordeaux. Des collègues ont eu des tas nettement moins bons. Sur un tas de 100 ou 90 copies, ça ne veut strictement rien dire de mettre 10 ou 11 à tout le monde", juge Harold Bernat. "Cela n’a aucun sens. On crée artificiellement des résultats et ensuite on s’honore de ces résultats dans une artificialité totale. Je pense qu’une fois que cela est dit, il faut aller plus au fond des choses".

 

"Ce n'est plus éliminatoire de ne pas se rendre à une épreuve du Bac"

"Les premières injonctions étaient orales", raconte de son côté Jean-Paul Brighelli. "C’était il y a 15 à 20 ans. Actuellement, elles sont écrites, elles sont surveillées grâce au logiciel central. Les correcteurs ont, en temps réel, la moyenne qu’ils mettent, la moyenne de leur académie, la moyenne française. Sachant que le logiciel ajoutera un ou deux points quoi qu’il en soit", explique-t-il.

"On peut très bien ne pas aller à une épreuve, par exemple de philo, et avoir le bac. Il y a un élève qui a eu le bac avec 10,6 de moyenne sans être allé en Français en première, ni en philo en terminale. Ce n’est plus éliminatoire. Grâce aux notes de spécialités et d’options, vous pouvez très bien y arriver. Je vous rappelle que dans les options, vous avez par exemple une option pétanque à St Tropez, et une option surf à Biarritz", ironise Jean-Paul Brighelli.

 

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