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Willy Schraen : "On est à deux doigts de l'explosion ! J'ai très peur de la catastrophe"

Par Jean-François Achilli

EXCLU SUD RADIO - À l’occasion de l’ouverture de la chasse, Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, était l’invité politique de Sud Radio. Depuis le Pas-de-Calais, il revient sur les règles de sécurité, les conséquences de la sécheresse et des incendies sur la faune, mais aussi sur les tensions croissantes entre chasseurs et opposants à la chasse

L’ouverture de la chasse a lieu ce dimanche dans une partie du pays. Quel est votre premier message ?

Willy Schraen : Nous sommes tous chasseurs. D'abord, il faut être prudent dans l'exercice de la chasse. La sécurité est quelque chose d'essentiel. Il faut absolument se protéger entre nous, mais surtout protéger aussi les autres usagers de la nature. Donc c'est vraiment quelque chose de très important. La sécurité à la chasse, c'est la priorité.

Les Français qui ne chassent pas peuvent-ils se promener tranquillement en forêt aujourd'hui ?

La question est très sérieuse, parce qu'il y a une forme d'inquiétude à chaque fois. Oui, il y a une forme d'inquiétude, mais je dirais qu'il serait temps de ne plus en avoir. Malheureusement, il y a beaucoup de dangers, beaucoup plus importants que, entre guillemets, de recevoir une balle à la chasse. Même si c'est, et on le sait, une catastrophe, et si ça ne doit pas arriver.

Il y a une cinquantaine d'années, il y avait à peu près une cinquantaine de personnes qui étaient tuées à la chasse par an. Maintenant, on discute sur un nombre qui est souvent inférieur à cinq personnes. Même si c'est toujours cinq de trop, les chasseurs ont fait un travail extraordinaire et continueront. On tendra vers le zéro accident, bien évidemment.

Après l'été que nous venons de vivre, entre canicule, sécheresse et incendies, fallait-il vraiment ouvrir la chasse normalement ? Ne pouvait-on pas laisser la faune souffler un peu ?

D'abord, sur quels critères ? Parce que nous, on a des chiffres, bien sûr, qui sont extrêmement différents de ce qu'on nous demande, parce qu'on n'a pas de chiffres à opposer en face. On a plutôt une faune qui s'est très bien comportée.

Vous savez, quand il fait très, très beau au printemps et l'été, et s'il y a en plus des gens qui s'appellent les chasseurs, ils donnent à boire dans ce village de France aux animaux, à tous les animaux d'ailleurs, chassables ou pas, ça se passe souvent très bien, ce qui est le cas.

Puis après, il y a les zones où ça a été beaucoup plus compliqué. Moi, je parle principalement des incendies, où là, effectivement, c'est du bon sens : les chasseurs ne chassent pas. Mais on le fait tous les ans.

"On aime nos territoires, on a essayé de les sauver"

Évidemment, on est au chevet de la nature et de la biodiversité pour une raison toute simple : sans gibier, il n'y a pas de chasse. Rassurez-vous, on fait très attention aux animaux, et quand on ne peut pas les chasser une année ou deux, on ne les chasse pas. Et on attendra que ça aille bien.

Vous dites que les chasseurs ne détruisent pas la nature, qu'ils la régulent. Mais quand vous tuez un animal, est-ce que parler de "prélèvement" n'est pas une manière d'adoucir la réalité ?

Alors, ce n'est pas du tout mon genre. Moi, je dis tuer un animal. D'ailleurs, vous me prenez en vidéo ce matin, je suis dans mon bureau derrière, vous voyez, j'ai quelques têtes de cerf. Ce n'est pas des carottes et ce n'est pas des betteraves empaillées.

Moi, je suis très clair. Vous dites : "Je tue des animaux." Bien sûr qu'on tue des animaux. On tue et on les mange en plus. Donc il n'y a aucun problème, il n'y a même pas de discussion à avoir autour de ça. C'est extrêmement clair : on tue des animaux, on les mange.

Là où on se trompe concernant les incendies, c'est que, de toute façon, tous les animaux qui sont tués en France tous les ans à la chasse le sont de façon quantitative extrêmement précise. Vous ne pouvez pas tuer X chevreuils, X cerfs, X lièvres comme ça, parce que vous en avez envie.

Que se passe-t-il pour les animaux lorsqu'une forêt brûle, comme à Fontainebleau ?

Tous les animaux de Fontainebleau se sont, bien sûr, à une écrasante majorité, sauvés de la forêt qui était en feu. Ils vont dans les bois d'à côté.

J'ai entendu dire : il faut fermer la chasse, bien sûr, à Fontainebleau. Honnêtement, qui est-ce qui irait chasser dans des cendres ? Évidemment, on ne va rien y trouver. Mais les animaux sont partis en périphérie.

On n'aurait plus tout à fait de dire : "On va fermer la chasse autour." Sauf que la chasse autour, il n'y a aucun problème, puisqu'il y a un nombre d'animaux à tirer. Même si la quantité aujourd'hui est double, triple, quadruple de ce qu'il y avait avant qu'on compte et avant qu'on décide le nombre d'animaux qu'on allait chasser, on ne peut pas dériver. Il ne peut pas y avoir d'excès.

Les chasseurs ont-ils participé aux secours pendant les incendies ?

J'aurais voulu voir un petit peu plus les gens qui demandent ces pétitions, d'ailleurs, parce que les chasseurs ont fait un travail formidable. Vous savez, dans la nature, on est très présents.

Il n'y avait pas que nous, le monde agricole, forestier, le monde rural était là, d'ailleurs. Nous, on ne donne pas de leçons, on essaye d'agir. C'est toute la différence.

Donc, on a beaucoup aidé, on a beaucoup fait à manger, on a beaucoup emmené les pompiers et les forces de l'ordre sur les territoires. Il y a eu un travail extraordinaire. On a été beaucoup remerciés, d'ailleurs.

"Nous, on ne donne pas de leçons, on essaye d'agir. C'est toute la différence"

Sandrine Rousseau a appelé ses militants à être physiquement face aux chasseurs. Vous avez porté plainte. Que lui dites-vous ce matin ?

Qu'elle est complètement folle, je dis qu'elle est complètement folle. Quand on est parlementaire et qu'on dit des choses comme ça, la portée de ses propos est terrible.

Aller dire à des gens : "Vous allez vous opposer physiquement à d'autres", c'est quand même un truc incroyable. Alors oui, je dis que c'est de la folie, parce que qu'est-ce qui va se passer demain ? Est-ce que, sur les territoires, il y a des gens qui vont s'opposer physiquement maintenant ? Parce que même si on fait une activité légale, que ce soit la chasse ou demain, c'est quoi ? C'est la pêche, c'est l'agriculture. Allez vous opposer physiquement à des gens.

Il y a des gens qui ne réfléchissent pas beaucoup et qui vont malheureusement penser au pied de la lettre. Nous voyons déjà depuis deux ou trois semaines que les choses ont été dites, que c'est une catastrophe. Il y a une montée de la violence vis-à-vis des chasseurs sur les territoires comme on n'a jamais connu.

Donc oui, je suis de grande colère. Oui, je pèse mes mots, il n'y a aucun problème. Mais dire ça, c'est de la folie de dire une chose comme ça.

"Sandrine Rousseau est complètement folle"

Est-ce que le dialogue est désormais rompu ? Y a-t-il déjà eu des affrontements physiques ?

Il y en a eu, il a failli y en avoir, on va dire, parce que les chasseurs, je leur ai demandé de ne pas le faire. Donc ça a été limité au dernier moment et ça s'est arrêté.

Mais on a un vrai problème avec ça et on sent qu'on est à deux doigts de l'explosion.

Voilà, vous êtes là, vous êtes avec votre famille, vos enfants, je ne sais pas, quelqu'un arrive parce que vous êtes chasseur, on frappe votre fils et là vous avez une réaction naturelle. Vous avez beaucoup de Français qui vont essayer de sauver ceux qu'ils aiment ou leur propre vie si les choses dégénèrent fortement.

Avec une différence notoire, c'est que vous avez une arme dans les mains.

C'est dur de ne pas répondre. Dans une période aussi violente que nous connaissons aujourd'hui dans notre société, il ne faut pas répondre. Mais ça va être très compliqué.

Vous craignez qu'un chasseur finisse par ouvrir le feu dans une situation de conflit ?

J'en ai peur, mais qu'il ne le ferait pas. Vous seriez demain en train de faire quelque chose de légal et vous seriez agressé physiquement parce que vous faites ça.

Et à un moment, si vous avez peur, si vous prenez peur, vous essayerez, comme tout le monde, de vous défendre. Il y aura peut-être un moment où vous avez peur de sauver votre peau. Je ne sais pas ce qui va se passer.

À huit mois de la présidentielle, la chasse est-elle aujourd'hui un lobby auprès des candidats ?

Bien sûr, tout est lobby. Si le fait de défendre ce qu'on aime, à travers le monde politique et l'influence qu'on peut avoir là-dessus, tout est lobby et la chasse en est un. Comme les autres, comme l'écologie, comme l'animalisme, elle est aujourd'hui, évidemment.

Allez-vous recevoir les différents candidats à la présidentielle ?

Bien sûr, on va les recevoir au Congrès national de la chasse. On leur parlera avant.

Tous les candidats, y compris Jean-Luc Mélenchon ?

Non, je ne vais pas faire comme au MEDEF. Je ne vais pas donner de tribune à des gens qui viendront nous insulter, qui de toute façon veulent fermer la chasse.

Comme si Mme Tondelier allait jusqu'au bout, je ne l'inviterai pas. J'inviterai des gens posés, républicains, avec qui on peut discuter. Tous les autres, mais sauf ceux-là.

Vous ne recevez donc que les candidats qui sont d'accord avec vous ?

Oui, mais c'est un peu ça, mais c'est mieux.

De toute façon, vous invitez quelqu'un comme M. Mélenchon, il viendra et finalement il fera une prose anti-chasse magnifique, juste pour faire plaisir à ses électeurs. Nous n'avançons sur rien, nous n'attendons rien des propos qui sont tenus, et la discussion est impossible.

"Ce n'est plus un fossé, c'est même un océan qui se creuse"

Vous dites craindre un fossé de plus en plus important entre les Français. Est-ce vraiment un « océan » ?

Vous savez, les gens qui votent pour Mme Rousseau, il faut se dire quand même qu'à un moment, je m'inquiète du fossé, je dirais même de l'océan qu'il peut y avoir entre ces gens et nous-mêmes.

Mme Rousseau est habituée à dire des choses assez brutales depuis longtemps. Il y a des gens qui votent pour cette personne. Comment voulez-vous qu'on s'entende encore entre nous après ? Comment on va vivre ensemble dans ce pays avec autant de violence ?

Oui, ce n'est plus un fossé, c'est même un océan qui se creuse. On ne pourra plus se mettre autour de la table.

Vous pensez que la prochaine présidentielle sera avant tout identitaire ?

Je pense que ces élections présidentielles, qui de toute façon auront, je dirais, un but très identitaire. On a une élection présidentielle identitaire sur l'identité des gens. C'est ce qui va primer sur tout le reste au final.

C'est avec ça qu'on va voter. On est dans un combat, limite, il faut éliminer d'autres personnes au profit d'autres personnes. Vous avez des gens qui mettent maintenant dans leur programme : « On va détruire les chasseurs, on va détruire ça, on va détruire ça. » On va les empêcher d'exercer, de pratiquer.

Ça va être d'une brutalité. Le temps est à la brutalité, cette présidentielle le sera bien sûr. Donc nous serons très, très présents.

Est-ce que cela signifie que les chasseurs pourraient être tentés par un vote Rassemblement national ?

Alors je n'ai pas dit ça. Les gens vont voter pour ce qu'ils veulent. Et d'ailleurs, le terme « identitaire » n'est pas un terme propre au Rassemblement national. Ce serait une erreur de penser ça.

C'est comme si on réservait l'écologie au parti des écologistes. Ce serait une erreur. L'écologie doit être traitée par tout le monde. L'identité doit être traitée par tout le monde réellement.

Ce que je dis aujourd'hui, c'est qu'il y a des gens... Vous êtes dans le fond d'un village, vous avez des votes extrêmes extrêmement puissants. Vous vous demandez pourquoi. D'ailleurs, il n'y a pas d'immigration, très peu. Il n'y a pas de violence, il n'y a pas de brutalité, il n'y a même pas de vol.

Pourquoi ? Parce qu'à ce moment, les gens pensent comme moi d'ailleurs : est-ce qu'on va pouvoir transmettre à nos enfants ce qu'on a reçu de nos parents ? Est-ce que notre mode de vie est aujourd'hui en danger ? Est-ce que nos héritages sont perdus ou définitivement perdus ?

C'est tout ça qui va se passer effectivement pendant cette élection présidentielle.

Vous-même, pourquoi ne pas vous présenter à l'élection présidentielle pour porter cette vision ?

J'ai tenté de suivre une personne aux élections européennes avec le peu de réussite qu'on a tous vu.

Je pense que ma place est plutôt dans la défense aujourd'hui de ma passion et de la Fédération nationale des chasseurs, des chasseurs et des chasseurs en général. J'ai 57 ans, c'est peut-être un petit peu trop tard.

Vous dites que cette présidentielle sera brutale. Craignez-vous que la France traverse des heures sombres ?

La tentation sera là, entre les deux tours de la présidentielle, peut-être même avant, peut-être même après. Il peut y avoir effectivement une tentation de prise de pouvoir par la rue.

Il y aura de toute façon des mouvements très importants, on le sait. Il y a peut-être des gens qui n'accepteront pas la défaite. Enfin, bref. Ça va être quelque chose de difficile.

Tout le monde en a parfaitement conscience. Il va se passer ce qui va se passer dans les zones, il va se passer ce qui va se passer dans la rue. Tout le monde va ouvrir ses yeux et ses oreilles en grand.

Moi, je suis très inquiet. Je n'ai pas peur de le dire. Ça va être un moment complexe, difficile pour la France.

Il va falloir passer ce cap. Il faudra qu'il y ait quelqu'un qui soit président de la République et qu'il prenne conscience qu'il va falloir essayer de rassembler tous ces gens-là autour d'une seule bannière qui est notre pays, la France. Ça va être quelque chose de complexe.

Vous pouvez retrouver l'entretien intégral ici.

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