La venue de Léon XIV à Lourdes ne sera pas qu’une simple visite de courtoisie. Le pape doit s'entretenir avec sept victimes de violences sexuelles au sein de l'Église, dans le cadre d'une rencontre à huis clos. Afin d’éviter toute nouvelle polémique, l'intégralité des mosaïques ornant la façade de la basilique de Lourdes a été recouverte de grandes bâches depuis lundi.
Ces œuvres avaient été réalisées par Marko Rupnik, prêtre et artiste théologien mondialement connu, accusé par une vingtaine de femmes de violences psychologiques et sexuelles commises sur près de trente ans. Des accusations ayant secoué l'Église et qui rendaient difficile le maintien de ses œuvres à la vue de l'ensemble des pèlerins.
« C'est notre décision », pas celle du Vatican
Ce n'est pas Rome qui est à l'origine de cette décision, mais l'évêque de Tarbes et Lourdes, Monseigneur Jean-Marc Micas. Interrogé par Christine Bouillot pour Sud Radio, il a tenu à préciser que « Rome n'a pas exigé qu'elles soient recouvertes pour la visite du Saint-Père. Nous, nous sommes gardiens de ce message de Lourdes, et donc Rome s'intéresse à ce qui se passe ici également pour le symbole, mais n'a fait absolument aucune pression pour les recouvrir. Ça, c'est notre décision à nous », a-t-il précisé.
Il souligne également le caractère symbolique du sanctuaire : « J'aime faire remarquer que des mosaïques de Rupnik dans le monde, il y en a beaucoup, de beaucoup plus grandes en surface, et pourtant on ne parle que de celles de Lourdes, précisément par rapport à ce qu'est Lourdes et le message de Lourdes. »
Pour l’instant, ces bâches restent temporaires et directement liées à la venue du pape Léon XIV à Lourdes mais une réflexion plus large doit ensuite être engagée sur l’avenir définitif de la façade de la basilique.
Un format de rencontre qui ne convainc pas
Au-delà de la question des mosaïques, le format même de la rencontre entre le pape et les victimes suscite l'incompréhension. Le choix de recevoir sept victimes en entretiens individuels plutôt que de dialoguer avec les collectifs a été vivement critiqué, y compris par une instance restaurative mise en place par les évêques eux-mêmes.
« Le format interindividuel, je le comprends », car « pour échanger vraiment, il faut être un petit nombre », a reconnu Marie Derain de Vaucresson, présidente sortante de l'Inirr (instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation), lors d'une conférence de presse. Elle regrette toutefois qu'une autre option n'ait pas été retenue : « On aurait pu imaginer une parole portée par un petit nombre, mais construite avec un nombre beaucoup plus important », explique-t-elle.