L’opération « Papillon » a été lancée par Astrid Panine, mère de Cyane, décédée lors de l’incendie de Crans-Montana le 1er janvier dernier. 41 personnes y avaient perdu la vie et 115 autres ont été blessées. Plus qu’un simple hommage à Cyane, il y a derrière cette démarche l’envie d’insister sur le devoir de mémoire. C’est la raison pour laquelle Astrid Panine est venue témoigner en exclusivité sur Sud Radio.
Comment allez-vous, Astrid Panine ? Comment tenez-vous le choc ?
C’est les montagnes russes. Ce matin, j’ai la boule au ventre, mais j’essaie de tenir debout pour mon autre fille. (…) Et puis pour Camille, qui est la meilleure amie de Cyane, qui s’est lancée avec moi dans cette opération “Papillon”. Elle a vécu le drame de l’intérieur. Donc, pour elle, c’est un traumatisme encore supplémentaire.
« Toutes les vies brisées, des morts, mais aussi les blessés qu’il faut encore soutenir »
Quelle est la volonté de cette opération « Papillon » ?
C’est un hommage à Cyane, mais aussi à toutes les victimes. Il n’y avait pas que Cyane. Il y avait énormément de monde là-dedans. Toutes les vies brisées, des morts, mais aussi les blessés qu’il faut encore soutenir parce qu’il y en aura pour quelques années. Et toutes leurs familles qui souffrent. Ça fait beaucoup de monde. Donc, je pense qu’il faut essayer de mettre un peu de lumière dans tout ça…
Pourquoi le symbole du papillon ?
Ce symbole avec le côté papillon, donc éphémère, très fragile, comme la vie qui peut basculer d’un jour à l’autre, d’une minute à l’autre, et même d’une seconde — puisque le feu a duré 92 secondes. Mais c’est aussi un animal extrêmement lumineux, donc s’ils peuvent nous apporter leur lumière. C’est également la transformation, c’est-à-dire que si le 1er janvier représente l’hommage à toutes les victimes, pour moi, le 18 avril, qui est la date de naissance de Cyane, pourrait être la renaissance. Quand la chenille meurt, le papillon naît.
« C’est une opération que je veux lancer pour que ce soit une mémoire vivante »
Le but de cette opération est-il aussi de faire perdurer la mémoire au-delà des traditionnelles cérémonies d’hommage ?
Les traditionnelles cérémonies sont très importantes, parce que cela permet d’honorer tous les morts et les blessés. Mais une stèle, c’est quelque chose de statique. Là, c’est une opération que je veux lancer pour que ce soit une mémoire vivante, que ce soit actif et que cela transmette des choses. Le papillon, c’est aussi la transmission. Il bat des ailes, cela donne des vibrations. Il va se poser d’une personne à l’autre et faire l’effet papillon, c’est-à-dire partir d’une chose pour que cela se transmette partout et qu’on n’oublie jamais ce qui s’est passé pour que cela ne se reproduise pas.
Les médias ont beaucoup parlé de ce drame, les avez-vous trouvés irrespectueux ou trop intrusifs ?
D’abord, il y a eu le manque de respect des consignes de sécurité : que ce soit le manque de respect de l’intégrité des êtres humains, puisqu’on n’a pas mis de vigiles et que les personnes n’ont pas pu sortir. Il y a des blessés très graves qui vont payer toute leur vie cela.
Et puis aussi, il y a eu un manque de respect dans les médias. Mais bon, ça fait partie de cet événement. C’est tellement médiatisé que tout le monde cherche quelque chose. Mais effectivement, c’est allé un peu loin. En revanche, il y a eu aussi des médias très respectueux. Et c’est cela que je veux retenir.
« Je n’ai pas envie d’être dans la colère et la haine »
Votre autre fille va courir un semi-marathon dimanche à Montpellier, est-ce une façon de rendre hommage ?
Elle est coach sportive et fait le semi-marathon avec des amis à elle. Elle a créé des T-shirts “solidarité aide aux victimes de Crans-Montana” avec un très beau cœur. Enfin, c’est très beau, et elle va courir avec ce T-shirt. C’est sa façon de s’exprimer et de participer aussi à l’opération Papillon. C’est à part, mais cela se superpose, et moi, j’y serai pour la soutenir et soutenir toutes les personnes qui en ont besoin.
Comment avez-vous réagi aux dernières images du propriétaire du bar, Jacques Moretti, en train de rénover son restaurant ?
Moi, j’essaie de me tenir à l’écart de ça parce que c’est trop douloureux et je n’ai pas envie d’être dans la colère et la haine. (…) Moi, j’ai déjà vécu d’autres épreuves avant celle de Cyane, donc je suis épuisée par cela. Et moi, il me faut du positif. Donc, c’est ma façon d’aider tous ces gens en me tournant vers le positif. Et tout ce qui est aussi glauque que ça, et que cette famille, je préfère pour l’instant ne pas m’en occuper parce que c’est insupportable pour moi.