single.php

La France accélère le "repowering" de ses éoliennes, les opposants restent mobilisés

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Remplacer des éoliennes vieillissantes par des modèles plus récents et plus performants plutôt que multiplier les nouveaux parcs. C'est le principe du "repowering", une stratégie appelée à prendre une place croissante dans le développement de l'éolien terrestre en France.

La France accélère le "repowering" de ses éoliennes, les opposants restent mobilisés

Présenté comme un moyen d'augmenter la production d'électricité tout en limitant l'artificialisation de nouveaux sites, le repowering suscite toutefois de fortes réserves chez les associations de riverains, qui dénoncent des impacts paysagers et environnementaux grandissants.

"Repowering" : remplacer des éoliennnes plutôt que d'en construire de nouvelles

Alors que les premières générations d'éoliennes terrestres françaises arrivent progressivement en fin de vie, le "repowering" s'impose comme l'un des principaux leviers de développement de la filière. Cette opération consiste à démonter tout ou partie des anciennes machines afin de les remplacer par des éoliennes plus modernes, généralement plus hautes, plus puissantes et capables de produire davantage d'électricité. Dans certains cas, le nombre de mâts est même réduit, chaque nouvelle turbine offrant un rendement nettement supérieur à celui des équipements installés il y a une vingtaine d'années.

Cette stratégie est désormais pleinement intégrée à la politique énergétique française. La troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), publiée en février 2026, fait du repowering une priorité afin de valoriser les sites déjà équipés tout en poursuivant le développement de la production d'électricité décarbonée. Le Gouvernement estime que cette approche permet de limiter l'ouverture de nouveaux espaces à l'éolien tout en améliorant les performances des installations existantes.

Des rotors plus grands et des technologies plus performantes

Les acteurs de la filière mettent en avant plusieurs avantages. Le renouvellement des parcs permet d'augmenter la puissance installée sans repartir de zéro sur des sites déjà raccordés au réseau électrique. Les nouvelles turbines produisent davantage d'électricité grâce à des rotors plus grands et des technologies plus performantes. Certaines opérations permettent également de diminuer le nombre d'éoliennes tout en maintenant, voire en augmentant, la production totale. Selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE), le repowering gagne progressivement du terrain dans les appels d'offres consacrés à l'éolien terrestre.

Le contexte est favorable à cette évolution. Au 31 mars 2026, la France disposait de 26,4 gigawatts de capacités éoliennes installées, dont 24,1 GW à terre. La PPE fixe désormais un objectif de 31 GW d'éolien terrestre en 2030, puis entre 35 et 40 GW en 2035. Pour atteindre ces niveaux sans multiplier les implantations, le renouvellement des parcs existants est appelé à jouer un rôle croissant.

"Pour nous, les seuls repowerings acceptables seraient des repowerings à hauteur comparable"

Mais cette orientation est loin de faire consensus. Président de la fédération nationale d'associations anti-éoliennes "Vent de Colère !", Bruno Ladsous affirme au micro de Sud Radio que le principe du repowering pourrait être accepté sous certaines conditions, qui ne sont selon lui pas réunies aujourd'hui. "Nous, les riverains, nous dirions 'oui' si deux conditions essentielles étaient remplies. Sauf que le problème, c'est qu'elles ne sont pas du tout remplies."

"La première condition, ce serait, projet par projet, d'avoir une absence réelle de toute nuisance nouvelle. Et ça, les nuisances nouvelles, cela se prouve par une évaluation environnementale, et ça se discute à l'occasion d'une enquête publique. Or, avec ces nouvelles machines gigantesques, qui peuvent aller jusqu'à 246 mètres, - (j'ai un projet actuellement dans le Jura à 246 mètres de haut, c'est absolument monstrueux, - et bien, il y a beaucoup d'impacts, notamment sur le plan visuel. C'est assez évident pour les paysages, pour le patrimoine, pour les riverains, bien entendu", explique Bruno Ladsous à l'antenne de Sud Radio.

"C'est également vrai sur le plan acoustique, notamment parce que contrairement à ce que prétendent les opérateurs et le ministère, les nouvelles éoliennes ne sont pas moins bruyantes, notamment en basses fréquences et en modulation d'amplitude. C'est un peu technique, mais en gros, le diamètre des rotors est tel que, forcément, le bruit ambiant augmente. C'est également vrai au niveau des dangers pour les espèces volantes : les chauves-souris et un certain nombre d'oiseaux qui volent à haute altitude. Sans oublier les dangers pour la sécurité aérienne, civile et militaire. De telle sorte que pour nous, les seuls repowerings acceptables seraient des repowerings à hauteur comparable, je dirais à 10% près. Sauf quand le parc initial s'est avéré ne pas avoir été le bon choix. Donc, cette première condition, malheureusement, n'est pas remplie", poursuit Bruno Ladsous au micro de Sud Radio.

"En plus du repowering, ils veulent continuer de déposer partout en France de nouveaux parcs éoliens"

La fédération d'associations estime également que le repowering ne devrait pas s'ajouter au développement de nouveaux projets, mais s'y substituer. Bruno Ladsous considère que la stratégie actuelle poursuit simultanément les deux objectifs. "Et la deuxième condition, c'est encore plus grave, parce que si on fait du repowering, pour nous, il faudrait arrêter d'accorder de nouveaux parcs éoliens. Le décret PPE prétend donner une priorité aux repowering. Mais quand on regarde de très près, la filière et le ministère, ils veulent les deux. Ils veulent à la fois les repowering et ils veulent continuer de déposer partout en France de nouveaux parcs éoliens. Donc, ce n'est pas du tout cohérent. Et c'est d'autant moins cohérent que les objectifs chiffrés pour l'éolien terrestre qui ont été fixés pour 2035 par le décret PPE, ils sont déjà dépassés avec 10 ans d'avance !", dénonce-t-il sur Sud Radio.

Au-delà de cette opposition, le repowering illustre les arbitrages auxquels est confrontée la transition énergétique française. Les pouvoirs publics y voient un moyen d'améliorer les performances du parc existant en limitant l'occupation de nouveaux espaces, tandis que les associations de riverains demandent un examen approfondi des conséquences locales de chaque projet. À mesure que les premières générations d'éoliennes atteignent la fin de leur durée d'exploitation, ce débat devrait prendre une importance croissante dans les prochaines années.

Retrouvez "Le fait du jour" chaque jour à 10 heures avec Noémie Halioua

Cliquez ici pour écouter "Le fait du jour"

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

L'info en continu
11H
10H
09H
08H
06H
03H
Revenir
au direct

À Suivre
/