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"Réflexe reptilien", danger ou assassinat ? 4 ans après, ouverture du procès des meurtriers de Martin Aramburu

Quatre ans après la mort de Federico Martin Aramburu, le procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier s’ouvre à Paris. Retour sur les neuf minutes qui ont conduit à la mort du rugbyman argentin et sur les enjeux des débats.

Thibault SOUNY - AFP/Archives

Le monde du rugby se souvient encore de cette nuit du 18 au 19 mars 2022. Federico Martín Aramburú, ancien international argentin de 42 ans, se trouve à Paris avec son ami et ancien coéquipier Shaun Hegarty. Les deux hommes passent la soirée au bar Le Mabillon, dans le VIe arrondissement de la capitale, un quartier très animé et connu des amoureux de ballon ovale.

Une soirée qui se devait festive, à la veille d'un Crunch décisif entre le XV de France et l'Angleterre pour le Grand Chelem du Tournoi des Six Nations 2022. Pourtant elle finit dans le sang et l'effroi, Federico Martin Aramburu ne verra jamais les Bleus soulever le trophée... L'ancien joueur du Biarritz Olympique, impliqué dans une altercation, a été assassiné ou tenté d'être assassiné par Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux sympathisants d'ultra-droite dont le procès s'ouvre ce lundi à la cour d'assises de Paris.

"Je vais le tuer, lui !"

Dans les faits de cette soirée, une altercation éclate avec Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux militants d’ultradroite. D’après les éléments présentés par l’accusation, la dispute dégénère rapidement. Des propos particulièrement violents auraient notamment été prononcés. Selon des témoignages rapportés dans le dossier, Romain Bouvier aurait lancé : « Nous, on est d’ici, on est chez nous », tandis que Le Priol aurait ensuite menacé : « Je vais le tuer, lui ! ».

Dix coups de feu en quelques secondes

Les deux groupes finissent par être séparés. Aramburu et Hegarty quittent les lieux, mais leurs agresseurs les poursuivent. Quelques minutes plus tard, boulevard Saint-Germain, Romain Bouvier descend d’un véhicule et ouvre le feu à quatre reprises. Il manque sa cible.

Une quarantaine de secondes plus tard, Loïk Le Priol, au bruit des coups de feu, revient. Il tire six fois sur Aramburu. Le rugbyman est mortellement touché et s’effondre sur le trottoir. Au total, dix coups de feu sont tirés en quelques dizaines de secondes.

Ce que les accusés contestent

Loïk Le Priol et Romain Bouvier, qui comparaissent présumés innocents, contestent avoir voulu tuer. Le Priol affirme notamment avoir réagi dans un « réflexe reptilien », pour sa « survie », en expliquant s’être « senti en danger » face aux deux anciens rugbymen.

La justice devra notamment déterminer ce qui s’est réellement passé lors de ces neuf minutes séparant la première altercation des derniers coups de feu. L’examen des images de vidéosurveillance, des témoignages et de la chronologie des tirs sera au cœur des débats.

"Ça ne signifie pasque tous les militants d'ultra-droite aient les mêmes intentions"

« Ce sont des individus qui ont été mis en examen et qui comparaîtront devant la justice pour leurs responsabilités individuelles dans un acte criminel. Mais ça ne signifie pas pour autant que tous les militants de tous les groupes d'ultra-droite aient les mêmes intentions et notamment l'envie un jour de se servir d'une arme dans ces conditions-là en plus », tente de justifier Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite .

Loïk Le Priol est jugé pour assassinat, tandis que Romain Bouvier comparaît pour tentative d’assassinat. Deux autres personnes sont également jugées dans ce dossier : Lyson Rochemir, pour complicité de tentative d’assassinat, et Antony Sorrentino, notamment pour avoir aidé Bouvier dans sa fuite.

Une victime devenue symbole dans le monde du rugby

Ancien joueur de Biarritz et international argentin à 26 reprises, Federico Martin Aramburu était particulièrement apprécié dans le monde du rugby. Après sa mort, plusieurs joueurs et personnalités de la discipline avaient dénoncé un crime qu’ils estimaient lié à l’idéologie d’extrême droite. Une tribune publiée en avril 2022 affirmait notamment : « Assassiné parce qu'il s'est opposé à des idées extrémistes et fascistes. » Le verdict est attendu à l’issue de plusieurs semaines de débats.

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