Plusieurs centaines d'animateurs des écoles parisiennes, appelés depuis une semaine par les syndicats à la grève, ont manifesté mardi pour dénoncer "un climat de suspicion généralisée" face au scandale des agressions sexuelles dans le périscolaire.
"Stop répression", stipulait une pancarte accrochée à l'entrée de la Direction des affaires scolaires (Dasco), à Bastille, où des agents se sont rassemblés mardi avant de défiler vers l'Hôtel de ville où se tenait le premier Conseil de Paris ordinaire d'Emmanuel Grégoire.
Depuis janvier, 78 agents de la ville ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles.
"On fait face à beaucoup de suspensions abusives", a dénoncé auprès de l'AFP Camille (prénom modifié), animatrice titulaire dans l'élémentaire, avant de rappeler: "On n'a jamais été contre les suspensions en cas de suspicion de violences sexuelles."
Les services périscolaires ont été fermés "dans près de 400 classes" et "plus d'un millier" d'animateurs ont défilé, a indiqué à l'AFP Nicolas Léger, du Supap-FSU, l'un des sept syndicats à l'origine du mouvement entamé le 11 mai et qui court jusqu'à vendredi.
La mairie, qui avait recensé entre 452 et 628 grévistes la semaine dernière, n'a pas communiqué de nouveaux chiffres de participation.
L'intersyndicale dénonce le "climat de suspicion généralisée et d’arbitraire qui s’est installé" depuis la mise en place en avril du plan d'action du nouveau maire PS Emmanuel Grégoire contre les violences sexuelles dans le périscolaire et sa doctrine de "tolérance zéro".
Manifestation organisée par sept syndicats du secteur de l'éducation devant la Direction des Affaires Scolaires (Dasco) à Paris, le 19 mai 2026
Thomas SAMSON - AFP
"Les suspensions explosent, sans accompagnement des agents et des équipes concernées", déplore l'intersyndicale.
"Ce principe intangible de suspension, les agents le trouvent trop dur, je le trouve nécessaire tant qu'on n'a pas rebâti les conditions de la confiance", a expliqué l'édile.
La mairie précise néanmoins avoir mis en place un groupe de travail pour "faire preuve de discernement" entre les violences éducatives ordinaires et les violences sexuelles lors des suspensions.
Selon l'intersyndicale, les mesures sociales du plan d'action à 20 millions d'euros sont "totalement insuffisantes pour répondre aux problèmes structurels" d'une filière en "sous-effectif chronique" et précarisée, où, sur les 14.000 animateurs, la grande majorité sont des vacataires.
Après la manifestation, les syndicats ont été reçus à la mairie "mais malheureusement, ça n'a bougé sur rien", a déploré Nicolas Léger. "On nous a dit qu'on serait reçus rapidement par M. Grégoire et que des mesures seraient annoncées au Conseil de Paris de juin," a-t-il précisé.
Le scandale des violences sexuelles continue de faire des vagues: le Parisien a révélé lundi qu’un animateur mis en examen en 2025 pour violences sexuelles sur mineurs dans une école du 11e arrondissement avait déjà été placé en garde à vue en 2024, pour des faits similaires dans une autre école du 10e arrondissement.
"Un animateur a été mis en détention provisoire, innocenté par la justice, et a réussi à se faire réembaucher. C’est totalement anormal, c'est même une catastrophe", a réagi Emmanuel Grégoire.
"Ce cas est dramatique, nous en assumerons les responsabilités", a ajouté l’ex-premier adjoint d’Anne Hidalgo, assurant que désormais, ce type de situation "n’est plus possible" car la ville garde une "traçabilité".
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