Au Brésil, un numéro 10 n’est jamais un joueur comme les autres. C’est une promesse, une responsabilité presque politique. Quand Neymar débarque en sélection en août 2010, à seulement 18 ans, le pays cherche désespérément un nouveau visage capable de prolonger l’héritage de Pelé, Zico, Romário, Ronaldo ou Ronaldinho. Depuis le sacre de 2002, la Seleção s’est peu à peu éloignée du fameux joga bonito qui faisait sa légende.
Avec ses cheveux extravagants, ses dribbles insolents et son sourire permanent : Neymar reconnecte immédiatement le Brésil avec une certaine idée du spectacle sur le rectangle vert. Pour son premier match contre les États-Unis, il marque déjà. Le symbole est parfait, une nouvelle star est née. Très vite, tout tourne autour de lui, le Brésil ne construit plus une équipe : il construit l’avenir de Neymar.
2014, le Mondial de tous les espoirs… et du drame
La Coupe du monde 2014 devait être son couronnement mais devient son traumatisme. À domicile, dans le pays du football, Neymar porte seul des attentes inimaginables. Le Brésil de Scolari n’impressionne pas collectivement mais possède une certitude : tant que Neymar est là, tout est possible. Le numéro 10 marque quatre buts pendant le tournoi, fait chavirer les stades et apparaît comme l’unique source de créativité d’une équipe qui peine à convaincre.
Puis vient ce quart de finale face à la Colombie. À la 88e minute, Juan Zúñiga percute Neymar dans le dos avec le genou. Vertèbre fracturée, mondial terminé. Les images de Neymar quittant le terrain en larmes marquent toute une génération.
Quelques jours plus tard, sans sa bonne étoile, le Brésil abandonne le rêve d’en broder une sixième sur son maillot. La Seleção sombre face à l’Allemagne lors du mythique 7-1 de Belo Horizonte. Une humiliation historique, la plus grande de l’histoire du football brésilien. Pendant des années, une question hantera le pays : et si Neymar avait joué cette demi-finale ?
Un capitaine autant adulé que conspué
Avec le temps, Neymar devient bien plus qu’un joueur. Capitaine régulier de la Seleção, leader technique, superstar mondiale, il attire autant l’amour que les critiques. Au Brésil, son image se fissure petit à petit. Certains lui reprochent son comportement, ses provocations, ses fêtes, ses simulations ou encore son incapacité à devenir un leader comparable à Pelé ou Ronaldo.
La Copa América 2015 marque un premier tournant. Expulsé contre la Colombie après un match tendu, suspendu pour le reste du tournoi, Neymar laisse l’image d’un joueur incapable de contrôler ses émotions. Chaque échec du Brésil finit alors par devenir un procès contre lui. Même lorsque la Seleção remporte la Copa América 2019 sans lui, alors qu’il est blessé, les critiques se multiplient : le Brésil serait plus équilibré sans Neymar.
Les Jeux Olympiques : seul salut de Neymar
Deux ans après le drame de 2014, Neymar offre pourtant au Brésil l’un des moments les plus forts de son histoire récente. Aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, la pression est toujours immense. Le football olympique reste le seul grand trophée manquant au palmarès du Brésil. La Seleção doit se reconstruire et, encore une fois, Neymar devient le visage de cette équipe.
En finale, au Maracanã, contre l’Allemagne, le scénario semble être écrit pour lui. Neymar ouvre le score sur coup franc avant de transformer le tir au but décisif lors de la séance finale. Il s’effondre immédiatement sur la pelouse, submergé par l’émotion. Cette image reste probablement la plus forte de sa carrière en sélection. Pour la première fois, Neymar ne semble plus porter le Brésil comme un poids mais le libère.
Russie 2018 : le génie des moqueries
La Coupe du monde 2018 en Russie devait marquer sa revanche. Elle devient un immense feuilleton médiatique. Quelques mois après une grave blessure au pied avec le PSG, Neymar arrive diminué physiquement. Sur le terrain, il reste décisif, mais ses chutes répétées et ses simulations alimentent les moqueries du monde entier. Sur les réseaux sociaux, il devient un meme planétaire. Le Brésil est éliminé par la Belgique en quart de finale. Une nouvelle désillusion.
2022 : la dernière désillusion de Neymar au Qatar
En 2022, au Qatar, un an après avoir perdu la finale de la Copa America contre l’Argentine de son ami Lionel Messi, Neymar semble enfin prêt mentalement et physiquement à conquérir le monde. Mais dès le premier match contre la Serbie, sa cheville lâche. Encore une fois. Il revient malgré tout pour les phases finales et pense offrir la qualification au Brésil contre la Croatie grâce à un but sublime en prolongation. Dans le même temps, il dépasse Pelé et devient officiellement le meilleur buteur de l’histoire de la Seleção avec 79 buts.
Mais quelques minutes plus tard, le monde s’écroule encore. La Croatie égalise. Le Brésil est éliminé aux tirs au but. Neymar reste assis seul sur la pelouse, le regard vide. Toute sa carrière internationale se résume dans ce match : un instant de génie immédiatement éclipsé par une frustration encore plus grande.
Un bilan famélique malgré les records
Aucun joueur brésilien moderne n’aura autant divisé son propre pays. Pour certains, Neymar est un génie incompris, victime d’une pression inhumaine et d’équipes brésiliennes moins talentueuses que celles des générations précédentes. Pour d’autres, il est le symbole d’un football trop individualiste, trop médiatique, incapable de transformer le talent en triomphe.
Pourtant, Neymar est devenu le meilleur buteur de l’histoire du Brésil avec 79 réalisations, devant Pelé. Il a disputé plusieurs Coupes du monde, remporté une Coupe des Confédérations, une médaille d’or olympique et porté pendant plus d’une décennie une sélection entièrement construite autour de lui. Peu de joueurs auront autant assumé seuls les espoirs d’un pays de plus de 200 millions d’habitants. Pelé avait Garrincha, Socrates avait Zico et Ronaldo était accompagné par Romario, Rivaldo, Kaka ou Ronaldinho.
2026, the last dance ?
En octobre 2023, Neymar subit l’une des blessures les plus graves de sa carrière : rupture des ligaments croisés contre l’Uruguay. Beaucoup imaginent alors la fin de son aventure internationale. Son passage à Al-Hilal tourne au cauchemar. Les critiques explosent au Brésil. Certains estiment que sa carrière est terminée au plus haut niveau.
Mais Neymar refuse de disparaître. Revenu à Santos, là où tout a commencé, il retrouve progressivement du rythme et rêve d’une dernière danse : la Coupe du monde 2026. Lorsque Carlo Ancelotti confirme son retour dans le groupe brésilien, le football mondial retrouve soudain une vieille image familière : celle d’un Neymar toujours debout malgré les blessures, les critiques et les désillusions. À 34 ans et 128 sélections, il a droit à une dernière tentative. Celle d’un prodige qui court encore après la seule chose qui manque à sa légende : offrir enfin au Brésil sa sixième étoile.