Le 17 octobre a fait voler en éclats la stratégie du gouvernement. Si 550 000 personnes ont défilé selon le ministère de l'Intérieur (800 000 selon les organisateurs), des violences ont éclaté dans plusieurs grandes villes, visant notamment les mairies de Lille et de Limoges et la résidence préfectorale de Bordeaux.
Les autorités ont dénombré 2 331 gardes à vue et près d'un millier de membres des forces de l'ordre blessés. Laurent Nuñez a lui-même reconnu « une perte de contrôle » dans certaines grandes villes, malgré 60 000 policiers et gendarmes mobilisés, contre 80 000 lors de la pire journée des Gilets jaunes en 2018.
Lecornu promet un dispositif « massif »
C'est le Premier ministre qui a ouvert le chantier, mardi, devant l'Assemblée nationale. Il a reconnu que le dispositif du 17 octobre avait été « trop statique et pas assez mobile ». Interrogé par Marc Fesneau, président du groupe MoDem, il a annoncé que celui du 24 octobre serait massif et que des instructions avaient déjà été données aux préfectures. Sa ligne tient en une phrase : « Le retour à l'ordre est le préalable de tout ».
Laurent Nuñez a ensuite détaillé le changement de logique. Il a promis de « monter en gamme », avec une doctrine revue en volume, en forces engagées, en réactivité et en mobilité, afin d'aller au contact des groupes qui dispersent les forces de l'ordre. La cible est clairement identifiée : des groupes très mobiles, capables de dégrader plusieurs secteurs avant de se disperser. Face à eux, plus question de forces figées sur des points fixes, mais d'unités capables de se déplacer et d'intervenir vite sur plusieurs fronts à la fois.
Sentinelle, RAID, GIGN, blindés et hélicoptères
Le ministère de l'Intérieur a donc annoncé un arsenal inédit pour une journée de manifestation. Le RAID, le GIGN et la BRI pourront être engagés, ainsi que des hélicoptères, des véhicules blindés Centaure et des engins lanceurs d'eau. Les effectifs doivent dépasser les 60 000 du 17 octobre, avec le recours aux brigades anticriminalité et aux compagnies de sécurisation et d'intervention. La direction générale de la police nationale a de son côté demandé de porter le taux de présence des policiers à 75 %. Reste une inconnue : le nombre définitif d'effectifs mobilisés n'a pas encore été précisé.
La mesure la plus symbolique est l'engagement de l'armée. Laurent Nuñez a annoncé le recours aux militaires de l'opération Sentinelle pour permettre aux policiers et aux gendarmes de se concentrer sur le maintien de l'ordre. Les soldats surveilleront des bâtiments et des lieux sensibles, tandis que la dispersion des rassemblements restera confiée aux forces de sécurité intérieure.
Interdictions, arrêtés anti-regroupement et renseignement
Le volet préventif a également été renforcé. Le ministre demande aux préfets d'« interdire toutes les manifestations revendicatives de nature à troubler l'ordre public » prévues samedi. L'arrêté d'interdiction devra être pris lorsque le dialogue avec les organisateurs n'aura pas permis de réunir les conditions de sécurité, en tenant compte des circonstances locales.
Nuñez a aussi demandé des arrêtés périmétriques anti-regroupement pour protéger les lieux déjà visés par des attroupements et des violences le 17. Enfin, le renseignement doit être renforcé pour identifier le plus précisément possible le volume de participants, notamment les plus radicaux, et adapter le dispositif sur la voie publique.