La France traverse une période de fortes tensions, entre manifestations de lycéens, mobilisations sociales et violences. Le pays est-il en crise profonde ?
Mayada Boulos : J'ai un double regard sur la France, à la fois de l'intérieur et de l'extérieur, puisque je suis d'origine égyptienne. Quand on regarde les choses avec un peu de recul, les manifestations, et même les émeutes, ne sont pas un phénomène nouveau en France.
« Les manifestations ne sont pas un phénomène nouveau en France »
Si l'on regarde le verre à moitié plein, ces mobilisations peuvent aussi permettre de redonner un élan à la démocratie. Ce que j'entends également, ce sont des lycéens qui bloquent les écoles. Or, bloquer les écoles, cela signifie aussi s'intéresser à l'école. Et ça, c'est quelque chose de positif.
🚩 Blocages et manifestations à répétition : la France dans une crise profonde ? 🗣️ @MayadaBA, présidente de @Havas Paris : "Quand je vois des étudiants bloquer leurs écoles, ça veut dire qu'ils s'intéressent à l'école. C'est quelque chose de positif" 📻https://t.co/Iun7DcVJhi ☎️0 826 300 300
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La gestion de cette crise révèle-t-elle un problème de communication politique ?
Sans doute. Mais je ne fais plus de politique depuis quatre ans et ce serait un peu facile de venir faire l'inspectrice des travaux finis. La politique, c'est difficile. Il faut aborder ces questions avec humilité et ne pas oublier que derrière les décisions politiques, il y a des hommes et des femmes, qui peuvent aussi faire des erreurs.
Je pense qu'au début de cette crise, on a répondu essentiellement en termes de sécurité. Les pilleurs ont volé les commerçants, mais ils ont aussi volé la parole des lycéens. C'est précisément ce qu'il ne fallait pas laisser faire.
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La sécurité est évidemment essentielle, mais il faut également entendre les revendications des jeunes. Que disent-ils ? Qu'il n'y a pas suffisamment de professeurs devant les élèves ? Que les toilettes sont insalubres ? En tant que mère de famille, avec notamment un enfant lycéen, je considère qu'il existe aujourd'hui un véritable problème dans l'école française.
« Les Français ont besoin qu'on leur raconte leur pays »
Vous écrivez dans votre livre que vous dirigez une agence qui raconte des histoires, dans un pays qui ne sait plus raconter la sienne. L'absence de récit collectif est-elle l'un des maux français ?
C'est certainement l'un des problèmes, même si cela ne peut pas tout expliquer. Je crois que cette absence de récit pèse sur les Français.
Raconter des histoires ne signifie pas raconter des mensonges. Au contraire, je considère que la communication, et notamment la communication politique, est un métier très noble qui permet de remettre de la perspective.
Les Français, comme tous les citoyens du monde, ont besoin qu'on leur parle d'eux, qu'on leur parle de leur pays. À l'approche d'une élection présidentielle, on ne peut pas uniquement promettre le sang, les larmes ou la sueur. Il faut aussi donner envie, faire rêver, sans mentir. Il faut montrer ce que pourrait être le pays avec un beau projet présidentiel.
Les responsables politiques ont-ils perdu leur ancrage sur le terrain ?
C'est une possibilité. Peut-être que les politiques ne sont plus aussi ancrés dans le quotidien des Français qu'ils pouvaient l'être autrefois. Peut-être sommes-nous également allés trop loin sur certains sujets, comme le non-cumul des mandats.
Autrefois, il y avait cette figure du député-maire, qui connaissait les habitants, leur vie et leurs préoccupations. Le maire était proche des gens, il les connaissait parfois par leur prénom.
Je donne notamment l'exemple de Jean Castex dans mon livre. Lorsqu'il était Premier ministre, il était resté maire de Prades dans sa manière d'être. Il continuait à s'intéresser aux préoccupations du quotidien. Au fond, c'est aussi cela, la politique.
Jean Castex ferait-il un bon président de la République ?
Je ne fais plus de politique aujourd'hui. Ce que je peux dire, c'est que j'ai rencontré un homme qui ne s'intéresse pas seulement à la vie des gens : il les aime profondément.
Les Français ont besoin de responsables politiques qui les aiment, qui s'intéressent véritablement à eux et qui leur témoignent de la considération. Et avoir de la considération pour les gens, c'est aussi leur dire la vérité.
Je pense que beaucoup de responsables politiques ont aujourd'hui tendance à infantiliser les Français. Or, les Français sont un peuple éminemment politique et extrêmement éveillé. Ils savent reconnaître les éléments de langage et les discours trop marketés. Ils n'en peuvent plus des phrases toutes faites. Ils ont besoin d'entendre des paroles sincères, qui viennent aussi du cœur.
« J'ai bénéficié de la méritocratie républicaine »
Dans De bonne famille, vous racontez votre enfance au Caire, la ruine de votre famille et votre arrivée en France. Votre parcours est celui d'une ascension sociale particulièrement remarquable.
J'ai connu à la fois l'ascenseur social et le descendeur social. J'ai connu la ruine et je suis arrivée en France à 22 ans, sans le sou. J'avais seulement 300 euros en poche.
J'ai dû remonter la pente. Mais lorsqu'on descend les escaliers et qu'on les remonte, on se rend compte que les escaliers existent.
📕 @MayadaBA, présidente de @Havas Paris, présente son ouvrage 'De bonne famille', dans lequel elle raconte son itinéraire du Caire à Matignon 🗣️ "J'ai connu la ruine. Je suis arrivé en France à l'âge de 22 ans avec 300 euros en poche. J'ai bénéficié de la méritocratie républicaine, l'ascenseur social existe" 📻https://t.co/lfwD2irvn6 ☎️0 826 300 300
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Je ne prétends pas faire de mon parcours un exemple. J'ai aussi eu de la chance. Je viens d'une famille cultivée qui m'a transmis des fondamentaux. J'ai également bénéficié de la méritocratie républicaine : j'ai pu faire des études et c'est l'école française, l'université française, qui m'a permis de m'en sortir.
J'ai aussi rencontré des personnes qui m'ont tendu la main et m'ont permis de trouver mon chemin dans la société française.
L'ascenseur social fonctionne-t-il encore en France ?
Je pense qu'il existe encore. J'en suis moi-même une illustration, même si je ne veux pas transformer mon histoire personnelle en modèle universel.
L'éducation a joué un rôle essentiel dans mon parcours. La possibilité de faire des études, de bénéficier d'une formation et de rencontrer des personnes qui vous accompagnent est fondamentale.
C'est aussi ce que je dois à la France.
Vous racontez également une scène de racisme particulièrement violente dans votre livre. Est-il encore possible de partir de rien et de réussir en France ?
C'est difficile, et je ne prétends pas que mon parcours soit représentatif de toutes les situations. J'ai connu des moments très difficiles, y compris des expériences de racisme, mais j'ai aussi bénéficié de possibilités que la France m'a offertes.
Je crois profondément à l'importance de l'école et de la méritocratie républicaine. Elles m'ont permis de construire une vie professionnelle et de prendre des responsabilités importantes.
« Je suis venue en France pour trouver la laïcité, la démocratie et la liberté »
Vous êtes chrétienne copte et vous avez grandi en Égypte, dans un pays musulman. Le fait religieux est-il aujourd'hui mal compris en France ?
Dans mon livre, je raconte surtout ce que j'ai observé en Égypte dans les années 1980 et 1990. J'ai grandi dans un pays musulman en voyant progressivement le fait religieux prendre une place de plus en plus importante dans la vie publique. Je voyais notamment les femmes se voiler et le voile devenir de plus en plus présent dans la rue.
📕@MayadaBA, présidente de @Havas Paris, présente son ouvrage 'De bonne famille', dans lequel elle raconte son itinéraire du Caire à Matignon 🗣️ "En Égypte, j'ai observé le voile et le fait religieux devenir envahissants dans la vie publique. En France, la laïcité existe, c'est ce que je suis venue chercher" 📻https://t.co/Iun7DcVJhi ☎️0 826 300 300
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Mais cette situation ne peut pas être transposée telle quelle à la France. Je raconte le regard d'une petite fille qui observe les rues du Caire.
À l'époque, j'aspirais à une laïcité que je connaissais finalement par son absence. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles je suis venue en France à 22 ans : je voulais trouver la laïcité, la démocratie et la liberté, notamment en tant que femme.
La laïcité française constitue-t-elle toujours une protection indispensable ?
Oui. En France, la laïcité existe. Il y a des lois qui protègent notamment les enfants à l'école contre certaines pressions sociales, comme celle de se voiler.
C'est une très bonne chose. C'est aussi ce que je suis venue chercher en France et ce à quoi je suis profondément attachée.
« En France, il fait encore jour »
Vous terminez votre livre sur une note d'espoir. Malgré les tensions actuelles, avez-vous confiance dans l'avenir de la France ?
Oui, profondément. Je termine ce livre en disant qu'en moi, il fait jour et que j'ai trouvé en France cette liberté.
La France est un pays absolument magique. On le comprend d'autant mieux lorsqu'on a vécu à l'étranger et qu'on regarde la France depuis l'extérieur.
En France, il fait encore jour. Il suffit simplement d'ouvrir un petit peu les volets pour voir à quel point notre pays est magnifique.