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Elie Chouraqui : « Les gens ont besoin de se rassurer avec des films comme les héros du Louvre ou de Gaulle »

INTERVIEW EXCLU SUD RADIO - Sorti ce mois-ci, le dernier film d'Elie Chouraqui intitulé Les Héros du Louvre retrace l’histoire vraie du gardien du Louvre chargé de sauver des chefs d’œuvre — dont La Joconde — pendant la Seconde Guerre mondiale. Porté par Kad Merad et Marie Gillain, le film mêle histoire, mémoire, résistance, Louvre, Seconde Guerre mondiale, œuvres d’art, sauvetage, nazis, patrimoine français. Le réalisateur se raconte au micro de Sud Radio.

Elie Chouraqui
Elie Chouraqui (AFP)

Elie Chouraki, cela faisait 11 ans finalement qu'on attendait votre retour au cinéma ?

Oui, c'est un film que j'ai longtemps laissé en gestation. Parce que c'est un film que je savais compliqué à faire. Et que je ne voulais pas me rater. Donc, j'ai mis du temps à l'écrire et à le préparer. Enfin, je n'ai pas mis 10 ans ! J'ai fait d'autres choses entre temps. Mais c'est vrai que c'est un film qui pour moi était extrêmement important.

Résumez-nous votre film en quelques mots ?

C'est l'histoire d'un gardien de nuit. C'est une histoire vraie. C'est l'histoire d'un gardien de nuit qui va décider sur la demande de Jacques Jaujard, le directeur du Louvre, de prendre des oeuvres dans un camion et de partir avec. Dans une France qui va être très vite occupée puisque les Allemands montent sur Paris. Mais il exige pour accepter ce challenge de parler avec sa femme et ses enfants. Et donc, c'est l'histoire de cette famille qui va partir. Et ce qu'il y a de fort dans cette histoire. Et c'est pour ça que je ne voulais pas me rater. C'est que ces gens-là sont mes grands-parents. Et les autres sont ma mère, mon père et mes oncles et mes tantes.

« Tout le monde est un peu bousculé de nos jours : on ne sait plus quelle opinion avoir »

Après les films sur de Gaulle, nous sommes en train de vivre une grande page du cinéma autour de l'histoire : pourquoi selon vous ?

Les gens se disent : ''mais qu'est-ce qui se passe aujourd'hui en France ? Qu'est-ce qui nous arrive ?'' Tout le monde est un peu bousculé. On ne sait plus quelle opinion avoir. On ne sait plus où est le vrai, où est le faux, où est la justice, où est la haine, où est la colère. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? On essaie de retrouver les grands anciens. Ceux qui peuvent, tout d'un coup, nous montrer une route. Nous, ce qu'on a fait, de Gaulle est parti à Londres, pendant que Mitterrand, lui, est resté en France. Et même, si après il a changé d'avis, a accepté d'être décoré par Pétain. Il y a beaucoup de jeunes gens qui ont pris le maquis, pendant que d'autres, avec les collaborateurs français de l'époque, disaient, les nazis sont notre futur, ils sont notre survie, allons-y avec eux !

« On essaie de retrouver les grands anciens comme de Gaulle »

Le parallèle peut-il être établi avec ce que nous vivons actuellement ?

On est dans une situation qui est très similaire, avec des voix qui sont très puissantes, qui sont celles de l'islamisme radical. On ne va pas se le cacher, des frères musulmans, des voix qui viennent d'Iran, avec la République Islamiste d'Iran, on le sait. Et pourtant, on a du mal à prendre le bon parti, comme si, en fait, le poisson pourrissait par la tête, et que même notre gouvernement s'était laissé emporter dans ce tourbillon de haine contre les juifs, et contre tous ceux qui ont une pensée qui n'est pas dans la bonne direction. Et donc, c'est vrai que les gens ont besoin de se rassurer, d'aller voir des films comme les héros du Louvre, comme ils l'ont fait avec de Gaulle, et sans doute avec d'autres films aussi.

« Il y a des gens qui savent où est la lumière, et d'autres les ténèbres »

On ne naît jamais exceptionnel, ce sont les circonstances qui, un jour ou l'autre, font de vous un héros ou un malfaisant...

Vous savez, il y a des gens qui savent où est le bon côté. Il y a des gens qui savent où sont les ténèbres, où est la lumière. Quand vous dites à un juste, devant les nations, au cœur de la guerre, quand vous lui dites qu'il y a des gosses juifs qu'il faut absolument faire passer la frontière, ils n'hésitent pas, ils y vont. Quand vous dites à des crapules qu'il y a des gosses juifs, eux, ils vont les dénoncer. C'est aussi simple que ça, malheureusement. C'est aussi binaire que ça.

«  Le courage est une émotion qui est très enterrée à l'intérieur de nous-mêmes »

Encore faut-il avoir le courage de le faire ?

Bien sûr, mais le courage est une émotion qui est très enterrée à l'intérieur de nous-mêmes et qui apparaît quand nous nous retrouvons en face d'une situation particulière. On n'est pas courageux tous les jours quand on se réveille. « Oh, je suis un mec super courageux ! » « Je vais dire du mal de machin ! » Ça, ce n'est pas du courage. Le courage, c'est quand, effectivement, on peut mettre sa vie en question, quand on prend le risque de la sacrifier pour une cause qui nous paraît une cause qui peut sauver l'humanité.

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