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Dompter la rue parisienne, le défi des "Bus d'Or"

"Les vélos ne font pas de cadeau ici": en pleine heure de pointe, au volant d'un bus parisien, Lionel Combacau, 40 ans, se fraye un passage entre piétons, cyclistes et livreurs en camionnettes, loin de son quotidien de conducteur de bus à Valence (Drôme).

Philippe LOPEZ - AFP/Archives

"Les vélos ne font pas de cadeau ici": en pleine heure de pointe, au volant d'un bus parisien, Lionel Combacau, 40 ans, se fraye un passage entre piétons, cyclistes et livreurs en camionnettes, loin de son quotidien de conducteur de bus à Valence (Drôme).

Avec neuf autres finalistes venus de toute la France, il aspire à remporter un des "Bus d'Or" décerné par ce concours national organisé jeudi pour récompenser les meilleurs conducteurs et conductrices.

Tous doivent réaliser le même parcours, en conditions réelles, dans le chaos des rues parisiennes. Avec rues pavées sous les pneus et vrais passagers à bord.

Organisé tous les deux ans par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTPF), ce concours réunit des conducteurs issus d'une soixantaine de réseaux urbains.

Pour son périple, Lionel Combacau, très concentré, est accompagné du conducteur régulier de la ligne qui le prévient des chausse-trappes parisiens: "Dans ce carrefour, n'essaie pas de tourner d'un coup, traverse en deux temps, sinon tu bloques toute la circulation et tout part en vrille".

Organisé tous les deux ans par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTPF), ce concours réunit des conducteurs issus d'une soixantaine de réseaux urbains

Organisé tous les deux ans par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTPF), ce concours réunit des conducteurs issus d'une soixantaine de réseaux urbains

JOEL SAGET - AFP/Archives

Un couple de clients-mystères, montés anonymement à un arrêt, a noté l'amorti de son coup de frein, la souplesse de sa conduite, sa manière de garer son mastodonte parallèle au trottoir, et sa façon d'accueillir les passagers.

Le tout en tenant compte de la densité du trafic matinal, et du fait que le candidat ne connaissait ni le bus (électrique) ni le parcours.

Le bus passe devant les Invalides, la tour Eiffel pointe son nez. Arrivé sur les Champs-Elysées, le conducteur drômois peut enfin souffler après avoir assuré le service régulier de la ligne 28 sur une quinzaine d'arrêts au départ de Montparnasse.

"Les camions de livraison, ils arrivent vite, et j'ai vu une trottinette au dernier moment", analyse-t-il.

- "Ils font ce qu'ils peuvent" -

Lors d'une première phase, 60 candidats ont subi des épreuves techniques - un arrêt de précision ou un slalom en marche arrière sur un parking - et des tests théoriques.

Conducteur-receveur depuis 17 ans sur le réseau de transports publics Citéa à Valence, exploité par Transdev, Lionel Combacau en est à sa quatrième participation.

Déjà finaliste deux fois des Bus d'Or, il n'a jamais conquis le Graal, le Grand Prix. A sa troisième tentative, il n'a pas atteint la finale, pour une manœuvre ratée.

Un bus parisien de la RATP, le 9 janvier 2026, à Paris

Un bus parisien de la RATP, le 9 janvier 2026, à Paris

Julie SEBADELHA - AFP/Archives

"J'apprends tout le temps. Les matériels et la technologie ont beaucoup évolué, maintenant les bus deviennent électriques", dit-il à l'AFP. "Mais ce qui a le plus évolué, c'est la mentalité de la société, des automobilistes, et pas dans le bon sens".

"Les gens sont devenus individualistes, stressés, nerveux", estime-t-il, sans se départir d'un franc sourire.

Côté passagers, Françoise Madelin, une dame très chic assise au fond du bus, s'extasie lorsqu'elle comprend que son trajet quotidien sert ce jour-là à un concours.

"Je prends toujours partie pour les conducteurs lorsque les passagers sont énervés", dit cette grande habituée des bus. "Parfois le ton monte. Moi, je sais qu'ils font ce qu'ils peuvent".

- "Petite carapace" -

Le jour du concours, pas d'incivilité. Et la plupart des passagers disent bonjour en montant à bord.

"Au début de ma carrière à Valence, je disais bonjour d'emblée à chaque passager. Avec le temps, je le fais moins, mais je réponds à ceux qui me saluent", explique Lionel Combacau. Une "petite carapace" qu'il s'est forgée. "Il n'y a pas que des gens de bonne humeur qui montent".

Ce métier, il l'aime, malgré des horaires souvent décalés, le matin ou le soir. "J'estime que je rends vraiment service aux gens", dit-il.

Même si des bus autonomes sans chauffeurs devraient arriver sur certains parcours d'ici quelques années, Michael Royer, organisateur du concours, souligne aussi la "sécurité" de cet emploi: "Une fois que vous êtes formés, vous pouvez travailler partout en France".

La filière cherche à embaucher 100.000 personnes d'ici 2030, dont 60.000 conducteurs de bus, métro ou tramway.

Cette année, les neuf autres finalistes venaient d'Aurillac, Rouen, Paris, Grenoble, Saint-Quentin, Bordeaux, Rouen, Nice et du Cotentin.

Pour Lionel Combacau, la quatrième tentative aura été la bonne: c'est lui qui a remporté le grand prix.

Par Isabel MALSANG / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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