Du cochon grillé à foison, une myriade de bérets et la Marseillaise en boucle: dans la Drôme, à l'un des banquets du Canon français qui attirent tant les foules que les polémiques, on assure célébrer les "valeurs françaises" mais "rien de politique".
Ils étaient un millier à s'être réunis vendredi soir au Palais des congrès de Montélimar, à l'occasion d'un banquet XXL dont l'objectif revendiqué est de "valoriser le terroir et le patrimoine" tricolore, dans une atmosphère festive et franchouillarde.
Depuis la prise de participation minoritaire du milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin dans l'entreprise, début 2025, ces ripailles sont accusées par la gauche d'être le faux-nez du projet identitaire de l'extrême droite.
Cette semaine, la justice a ouvert une enquête après des signalements concernant des propos et comportements racistes tenus en marge d'un banquet en avril à Caen.
Des participants à un banquet du Canon français, à Montélimar dans la Drôme, le 8 mai 2026
Alex MARTIN - AFP
Ces polémiques n'empêchent pas le Canon français de faire carton plein. A Montélimar, les organisateurs ont même dû afficher une seconde date pour répondre à la demande.
"Ici, on se retrouve dans nos valeurs françaises", explique à l'AFP Manolo, 32 ans, venu de Marseille entre copains, béret rouge et bandana autour du cou. "Ça fait plaisir que des gens remettent ça au goût du jour", poursuit cet influenceur, alias @manolo.27 sur les réseaux.
- "On aime ou on n'aime pas" -
Vers 20H00, sur les enceintes, Michel Delpech et sa chanson "Le Chasseur" lancent les hostilités.
Les convives, ou "canonniers", répartis sur d'immenses tablées, se jettent allègrement sur le pâté et autres charcuteries, préambule d'un repas copieux, avec pas moins d'un kilo de nourriture par personne. Le tout arrosé de vin rouge.
Une tablée lors d'un banquet du Canon français, à Montélimar dans la Drôme, le 8 mai 2026
Alex MARTIN - AFP
Prix de la soirée, 80 euros. "On pourrait payer autant dans un restaurant, et je sais pas si on aurait autant à manger!", souligne Amythis Tournigand, 21 ans, étudiante en Staps. Alors qu'une chenille géante serpente entre les tables, elle explique être venue d'Ardèche pour profiter des produits locaux et de "l'ambiance".
Créés en 2021, les banquets itinérants du Canon français rassemblent chaque année des dizaines de milliers de personnes. A Montélimar, le public est essentiellement masculin, blanc, âgé d'une trentaine d'années en moyenne.
Dans la salle, un fumet chatouille les narines. La star de la soirée est arrivée: le cochon grillé, porté fièrement sur sa broche par Astérix et Obélix.
Des cochons grillés pérpapé lors d'un banquet du Canon français, à Montélimar dans la Drôme, le 8 mai 2026
Alex MARTIN - AFP
Ces grands banquets sont accusés de favoriser un entre-soi autour d'une vision réductrice de la France. "On aime, ou on n'aime pas", reconnaît Savino Di Tacchio, 73 ans. "Mais il n'y a pas de polémique à avoir", insiste cet Isérois qui se revendique socialiste depuis toujours.
Même si ce n'est pas toujours le cas, ce soir, il n'y a que du porc à table. N'est-ce pas un peu excluant ? "Dans les campagnes, le cochon, tout le monde en mange. C'est vraiment le truc de la fête", répond Savino Di Tacchio. "Après, j'ai des copains qui sont Arabes ou qui sont machin... Si je leur en avais parlé, ils seraient peut-être venus."
- Charte des canonniers -
"On aime tout le monde", renchérit Manolo. "Peut-être que les personnes qui ne viennent pas, elles ne se retrouvent pas dans nos valeurs parce qu'elles sont nées ailleurs...". Et quid des propos racistes rapportés à la justice ?
"Qu'il y ait des connards dans le lot, c'est fort probable", concède auprès de l'AFP Géraud de la Tour, 33 ans, cofondateur du Canon français. "Mais là, on vient ressortir des propos de comptoir pour essayer d'amalgamer tout un événement."
Géraud de la Tour, cofondateur du Canon français, lors d'un banquet à Montélimar dans la Drôme, le 8 mai 2026
Alex MARTIN - AFP
Quant à l'entrée de Pierre-Edouard Stérin, via un fonds d'investissement, à hauteur de 30% dans l'entreprise, c'est "un faux procès", dit-il. Proche de la droite et de l'extrême droite, l'homme d'affaires est accusé d'utiliser sa fortune pour accroître son influence idéologique.
"Il a des prises de position qui sont assez clivantes, mais qui ne regardent que lui", juge Géraud de la Tour. Il n'y a "rien de politique" dans les événements du Canon français, martèle-t-il.
Des élus de gauche ont aussi dénoncé des gestes s'apparentant, selon eux, à des saluts nazis. La polémique a enflé, certains souhaitent faire interdire de prochains banquets dans l'Hexagone.
Durant la soirée, l'AFP a aperçu quelques t-shirts identitaires floqués de la croix des Templiers.
"Comme stipulé dans la "charte des canonniers", les propos racistes et les insignes politiques sont prohibés lors des banquets, rappelle l'organisateur. Au micro, ce dernier met d'ailleurs l'assemblée en garde: "Vous devez être irréprochables."
Par Bertille LAGORCE / Montélimar (AFP) / © 2026 AFP