Le 31 mai 2002, à Séoul, pour leur première Coupe du Monde, en Corée du Sud et au Japon, les Sénégalais réussissent l'exploit de surprendre les Français lors du match d'ouverture, en s'imposant 1-0. À l'époque, personne ne l'avait vu venir. La France de Roger Lemerre et de Guy Stéphan, déjà adjoint à l’époque, est championne du monde en titre, championne d'Europe en titre, et vient de remporter la Coupe des Confédérations. Elle est, de loin, la meilleure équipe de la planète.
La France orpheline de Zidane et Pirès
Mais à l'approche du Mondial asiatique, la machine commence à s'enrayer. En mars, Robert Pirès se blesse et manque le Mondial. Puis le coup de grâce vient au terme d’une préparation compliquée, cinq jours avant le match d’ouverture. Zinedine Zidane est victime d'une déchirure du quadriceps contre la Corée du Sud. Le numéro 10 le plus précieux au monde manquera les deux premiers matchs de groupe.
20 des 23 Sénégalais évoluaient en Ligue 1
En face, les Sénégalais arrivent dans une toute autre dynamique. Ils viennent d'atteindre la finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2002, s'inclinant seulement aux tirs au but contre le Cameroun. Surtout, leur effectif est constitué presque exclusivement de joueurs du championnat de France. L'entraîneur, le Français Bruno Metsu, aligne face aux Bleus une équipe 100% Ligue 1, composée notamment d’Aliou Cissé (Montpellier), Papa Bouba Diop (Lens) et El-Hadji Diouf (Lens).
Au total, sur 23 joueurs sénégalais, 20 évoluaient en France. Les Lions connaissent le football français mieux que personne et savent exactement comment contrer les Bleus et l’emportent sur le plus petit des scores.
Le héros Papa Bouba Diop
Pourtant le match aurait dû sourire aux Bleus. Les champions du monde se créent quelques occasions : à la 23e minute, la frappe de David Trezeguet s'écrase sur le poteau gauche, et juste après l'heure de jeu, la tentative de Thierry Henry atterrit sur la transversale. Mais c'est le Sénégal qui ouvre le score.
El-Hadji Diouf s’engouffre sur le côté gauche, évite le tacle de Frank Lebœuf et centre en retrait. Emmanuel Petit veut repousser en corner mais le ballon rebondit sur Fabien Barthez. Dans les six mètres, Papa Bouba Diop conclut dans le but vide. Il enlève son maillot, le dépose au sol près du poteau de corner, et danse autour de lui avec tous ses coéquipiers pour une célébration devenue mythique. Les Bleus termineront le match avec cinq tirs sur les poteaux ou la barre, sans jamais trouver le chemin des filets.
La catastrophe française et l'épopée sénégalaise
La défaite contre le Sénégal n'est que le début du désastre pour les Bleus. Condamnés à gagner leurs deux matchs suivants pour se qualifier, ils ne récoltent qu'un match nul face à l'Uruguay puis une défaite 2-0 contre le Danemark. Les champions du monde terminent derniers de leur groupe avec zéro but marqué. Zidane, revenu sur le terrain pour le match contre le Danemark mais toujours amoindri, ne peut rien changer.
Pendant ce temps, le Sénégal écrit l'une des plus belles pages de l'histoire du football africain pour sa première participation. Après avoir accroché le Danemark (1-1) et tenu tête à l'Uruguay (3-3), les Lions éliminent la Suède en huitièmes de finale après prolongation (2-1) avant d'échouer en quarts de finale face à la Turquie, future troisième du tournoi (0-1).
2026 : les mêmes couleurs, un autre rapport de force
Vingt-quatre ans plus tard, le tirage au sort a remis les deux nations dans le même groupe. Même premier match, même enjeu mais tout a changé. La France de 2026, 2e au classement FIFA, n'est plus l’équipe amoindrie et arrogante de 2002. Les Bleus ont décroché une deuxième étoile en 2018 mais restent affamés après deux échecs en finale de Coupe du monde en 2022 et en demi-finale de l’Euro 2024.
De leur côté, les Lions de la Teranga arrivent, eux aussi, aux États-Unis le couteau entre les dents. Vainqueurs sur le terrain de la dernière CAN en janvier, ils ont été destitués de leur titre sur tapis vert par la CAF au profit du Maroc, à l'issue d'une finale polémique. À noter également la présence, côté sénégalais, de Mamadou Sarr. Le jeune défenseur de Chelsea (20 ans) fait partie des dix joueurs nés en France mais est surtout le fils de Pape Sarr, présent dans le groupe du Sénégal lors de la Coupe du monde 2002.