Après "LBB", l'ailier bordelais Louis Bielle-Biarrey, il va peut-être falloir s'habituer à "FBB", avec Fabien Brau-Boirie, le dernier modèle sorti de l'usine à centres des Bleus, impitoyable dimanche lors du festival contre les Gallois à Cardiff (12-54), pour sa première sélection.
Un essai dès la 15e minute, sur une délicieuse remise à l'intérieur de Jalibert, mais aussi 17 plaquages (aucun raté), 90 mètres ballon en main, 8 défenseurs battus et un grattage: aligné en l'absence du titulaire habituel, le Bordelais Yoram Moefana, le gamin palois de 20 ans n'a pas tremblé dans l'enceinte mythique du Principality Stadium.
Et ses 98 kg pour 1,90 m ont fait mal à la défense du XV du Poireau, comme sur cette percée à la 73e minute où trois Gallois ont dû s'employer pour l'arrêter.
Tête haute, passes fluides: avant cette prestation haut de gamme, les compliments pleuvaient sur le dernier joyau façonné à Pau, dans la lignée de ses deux compères alignés dimanche avec lui, Émilien Gailleton (22 ans, 12 sélections) et Théo Attissogbe (21 ans, 10 sélections), en attendant les arrivées probables de Grégoire Arfeuil (21 ans) et Aaron Grandidier-Nkanang (25 ans).
Si le pays de Galles a longtemps été connu comme la "fly-half factory", l'usine à ouvreurs, avec des géants comme Barry John, Phil Bennett ou Dan Biggar, la France est bien une fabrique de centres.
- "Le petit +Yannick+" -
"Je ne lui vois aucune limite", "c'est un puissant simple", "un Fidjien de Tarbes d'un point de vue athlétique, le petit +Yannick+ par sa posture", le décrivait en début de saison son manager à la Section Sébastien Piqueronies.
"Yannick", comme un certain Jauzion, l'ex-centre toulousain, 73 maillots bleus entre 2001 et 2011.
Le centre des Bleus Fabien Brau-Boirie (C) plaqué par l'ailier gallois Ellis Mee (G) et le centre Joe Hawkins (D), à Cardiff, le 15 février 2026
Paul ELLIS - AFP
Et l'entraîneur palois n'est pas le seul à voir en Brau-Boirie le possible héritier de cette figure du rugby français. "Il a cette espèce de talent, un peu à la Yannick Jauzion, pour être sobre et très efficace, pour faire bien jouer autour de lui, avec des axes de course toujours très purs", avait décrit mardi Patrick Arlettaz, l'entraîneur des lignes arrières du XV de France.
"C'est une très grande fierté" d'être comparé à lui, a commenté après la rencontre le Palois, qui avait deux idoles, l'ancien Clermontois Wesley Fofana et l'ex-All Black Sonny Bill Williams: "Je n'ai pas trop eu la chance de le voir jouer. Mais j'ai vu quelques highlights de lui. Mais comme je le dis souvent, j'essaie d'être moi-même et de ne pas essayer de ressembler à quelqu'un".
"Fabien c'est une force tranquille, mais une fois qu'il est sur le terrain, il se transforme", a témoigné cette semaine Attissogbe, auteur d'un doublé dimanche: "Et quand il faut s'engager, il s'engage à 100%. Il fait quasiment tout le temps les bons choix, il nous met quasiment tout le temps dans l'avancée, on sait que le ballon, avec lui, il reste souvent très vivant".
- Concurrence féroce -
Appelé par Fabien Galthié pour préparer le dernier match du Tournoi 2025 contre l'Ecosse, Brau-Boirie aurait dû étrenner le maillot bleu l'été dernier en Nouvelle-Zélande. Mais ses débuts avaient été retardés, la faute à une blessure à une cheville. Et ce sont donc les Gallois qui ont découvert, cette nouvelle pépite, à leurs dépens.
Le centre des Bleus Fabien Brau-Boirie face au pays de Galles dans le Tournoi des six nations, à Cardiff, le 15 février 2026
Paul ELLIS - AFP
"L'équipe de France est un de mes objectifs, si ça vient c'est que je l'aurai mérité", expliquait-il récemment. Son moment est donc venu dimanche, après avoir marqué neuf essais en 15 matches depuis le début de la saison avec Pau.
De quoi compliquer le travail du sélectionneur des Bleus quand il s'agira de trancher pour composer le cœur du terrain du XV de France, après les retours de blessures de Moefana et Nicolas Depoortere, et avec en prime la concurrence du Toulousain Kalvin Gourgues, 20 ans, du Parisien Noah Nene, 21 ans, rentré 12 minutes dimanche à Cardiff, lui aussi pour sa première sélection, sans oublier un autre Toulousain, Pierre-Louis Barassi, 27 ans, ou le vieux grognard Gaël Fickou, aux 98 sélections.
"Je vais travailler comme j'ai toujours fait, très dur. Mais forcément, ça crée une émulation dans le groupe, ça met de la concurrence. Du coup, on s'entraîne toujours mieux. Déjà, je suis très content, d'avoir fait ma première ici. C'était un régal. La suite, ce n'est pas moi qui la choisit", a conclu Brau-Boirie.
Par Olivier LUCAZEAU / Cardiff (Royaume-Uni) (AFP) / © 2026 AFP