Thierry Wolton : "Les négationnistes de gauche nient l'ampleur du crime et habillent les faits"

Thierry Wolton, essayiste
Thierry Wolton, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états" sur Sud Radio.

Thierry Wolton, essayiste, et auteur du livre "Le négationnisme de gauche" (Grasset), était l'invité d'André Bercoff mercredi 29 mai sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Thierry Wolton : "Le négationnisme c'est du déni de réalité"

Thierry Wolton explique comment un négationnisme de gauche peut exister : "Le négationnisme c'est la négation des faits réels. Cela n'a rien à voir avec le révisionnisme. Il y a des faits qui ne peuvent pas être interprétés. Il y a des faits nouveaux qui arrivent qui obligent à revoir, à réviser l'histoire. Vous avez les faits que tout le monde connaît, incontestables, et à partir de là, des personnes nient les faits. C'est du déni de réalité. On le retrouve dans l'histoire mais on le retrouve aussi dans la réalité avec les fake news. Vous avez donc un beaucoup plus grand nombre de personnes qui sont des négationnistes de gauche."

Mais alors qui sont les négationnistes de gauche ? "Ils nient l'ampleur du crime. Ils habillent les faits. Il y a eu en 1932 en Ukraine, une famine qui a fait 6 millions de morts en deux ans. Cette famine a été instrumentalisée par le pouvoir pour casser la classe paysanne. Il y a des historiens patentés qui affirment que ce n'est pas vrai. Il y a eu un problème climatique qui a compliqué les choses, mais tout de même. Ils nient la réalité politique de la famine et surtout ils nient le nombre de victimes de la famine. C'est un fait très précis de négationnisme."

"Le négationnisme actuel est l'héritage d'un aveuglement"

"Le négationnisme actuel est l'héritage de cet aveuglement comme dans le cas de Kravtchenko. Pour ceux qui ne connaissent pas :  Kravtchenko était un fonctionnaire soviétique qui était passé chez les Américains pendant la guerre. Il a été accusé par les communistes français d'avoir menti dans son livre J'ai choisi la liberté. Il a fait un procès à Paris et, là vous avez une vérité et un mensonge qui se sont affrontés, deux versions. Des témoins que Kravtchenko avait rapporté de camps de réfugiés de la guerre qui racontaient tout ce qui s'était passé en Ukraine. De l'autre côté vous avez les belles âmes françaises intellectuelles, rameutées par le parti communiste qui affirment que ce sont des mensonges. C'est un cas patent de négationnisme."

André Bercoff interroge alors l'essayiste : pourquoi certains, comme Alain Badiou, loin d'être des imbéciles sont ainsi négationnistes ? "C'est un problème politique. Ils défendent le système communiste, ils pensent que c'est un système formidable, celui qui permettra d'avoir l'égalité... Badiou est dans ce cas. Il regrette que les communismes qui ont existé, n'aient pas été assez durs, pas suffisamment tranchants vis-à-vis de la bourgeoisie. C'est un discours d'adhésion à l'idéologie. Faisons grâce à Badiou de croire en ce qu'il dit, parfois j'en doute ! À cela s'ajoute la haine du système capitaliste et démocratique."

 

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