Valérie Pécresse : "Si on ne baisse pas la dépense, on augmentera les impôts demain"

Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 26 octobre 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h15.

Pécresse impôts
Valérie Pécresse, interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio, le 25 octobre 2021, dans "le petit déjeuner politique". 

La candidate à l'investiture des Républicains, Valérie Pécresse, est l'invitée de Patrick Roger. Elle aborde la problématique du nucléaire, des impôts mais aussi sa stratégie dans la course à l'Élysée pour 2022.

Valérie Pécresse : "il faut investir dans ces centrales nucléaires"

RTE, gestionnaire de la distribution de l’électricité en France, publie, lundi 25 octobre 2021, ses scénarios pour la distribution de l’énergie à l’horizon de 2050 et concernant la "neutralité carbone". Il sera question de décider du meilleur mix énergétique pour la France. Valérie Pécresse dénonce un bashing contre le nucléaire : "ma priorité, c’est effectivement d’atteindre le zéro carbone en 2050", confirme-t-elle pour faire face au dérèglement climatique mais aussi "à notre dépendance énergétique". "Nous devons réaffirmer notre volonté d’être autonomes", déclare la candidate à la présidentielle 2022.

Pour elle, cette autonomie et cette décarbonation doit "s’appuyer sur deux piliers : d’abord le nucléaire", déclare Valérie Pécresse tout en critiquant Emmanuel Macron qui a fait "la godille politique". "Il n’est pas question pour moi de fermer les douze centrales", annonce la président de la région Île-de-France. "Au contraire, il faut investir dans ces centrales."

 

"Je vous le dis : nous n’atteindrons pas l’objectif zéro carbone uniquement avec les renouvelables"

Elle rappelle que l’EPR, le nouveau réacteur nucléaire, sera ouvert à Flamanville "avec 12 ans de retard", un projet qui a explosé en termes de coûts mais qui est en train d’arriver à bon port. "Maintenant que nous en avons un, il faut crédibiliser ce modèle industriel et il faut en commander six nouveaux." Mais elle juge nécessaire "d’aller aussi sur les petits réacteurs modulaires, comme l’a annoncé Emmanuel Macron, mais pas seulement". "Je vous le dis : nous n’atteindrons pas l’objectif zéro carbone uniquement avec les renouvelables", estime la candidate pour 2022. Sur les renouvelables, Valérie Pécresse souligne "une acceptabilité de moins en moins forte sur l’éolien terrestre, et encore moins sur l’éolien en mer".

La candidate ne veut toutefois pas que du nucléaire : "c’est du nucléaire et du renouvelable". Sur ce dernier point, Valérie Pécresse rappelle l’existence du "solaire qu’il faut développer sur les toits" ou encore "la méthanisation des déchets" et la "géothermie". "Ces énergies ne nous permettrons pas d’atteindre le zéro carbone en 2050."

 

"Les 6 EPR sont la décision stratégique cruciale à prendre"

Alors qu’en 2018, Valérie Pécresse déclarait vouloir que la France sorte du nucléaire, c’est désormais une diminution "de la part du nucléaire" qu’elle prône, notamment car aujourd’hui, "on est à près de 80% de l’électricité produite qui est nucléaire". "Ce que je crois, c’est que les objectifs d’Emmanuel Macron qui étaient de faire baisser le nucléaire de 80% à 50% ne seront pas possiblement atteints", précise-t-elle.

La candidate à la primaire des Républicains veut "six EPR, et les petits réacteurs modulaires aussi". "Mais vous voyez bien que les six EPR sont la décision stratégique cruciale à prendre parce que c’est là qu’on engage vraiment des gros montants et la crédibilité industrielle de la France", explique Valérie Pécresse.

 

Prime inflation : "c’est une solution court-termiste et injuste d’un gouvernement acculé"

Le gouvernement a annoncé une "indemnité inflation" d’un montant de 100 euros pour les Français gagnant moins de 2.000 euros par mois, une décision critiquée par Valérie Pécresse : "c’est une solution court-termiste et injuste d’un gouvernement acculé". Cette solution, explique la candidate, est "court-termiste parce qu’on voit bien que le sujet, c’est le prix de l’énergie structurellement" et notamment "les taxes" ; et elle est "injuste parce que vous le savez, si une mère de famille qui a trois enfants qui gagne 2.100 euros ne l’a pas alors qu’un étudiant qui roule à Paris à vélo l’a, on voit bien que c’est très injuste".

La candidate à la Présidentielle 2022 estime donc que "c’est une mesure improvisée, c’est une mesure bricolée pour faire face à ce qui est en train de se profiler, c’est-à-dire une résurgence d’un mouvement d’insatisfaction des Français face à leur pouvoir d’achat et leur obligation de se déplacer".

 

Valérie Pécresse propose : "une politique de hausse des salaires et de hausse des petites retraites"

Le gouvernement présente toutefois cette mesure comme une mesure en faveur du pouvoir d’achat, tentant ainsi de réduire le risque d’un retour du mouvement des Gilets Jaunes. Mais Valérie Pécresse demande : "est-ce que vous pensez que les Français veulent vivre à coups de chèques payés avec leurs impôts ?". "C’est ça qui se passe aujourd’hui : on vous prélève des impôts, donc vous n’avez plus de pouvoir d’achat, et ensuite, on vous dit : ‘vous n’avez plus de pouvoir d’achat parce qu’il y a trop d’impôts ? On va vous faire un chèque’. Tout ça est ubuesque."

La candidate pour 2022 propose, elle, "une politique de hausse des salaires et de hausse des petites retraites, pour qu’on vive dignement et de son salaire, et de ses retraites". Mais pour ce faire, elle juge qu’il est nécessaire de réaliser "des réformes puissantes" ou encore "des économies sur les dépenses". "Le mot ‘économies’ est un mot qui est absent du dictionnaire de la Macronie depuis 5 ans. Ce n’est pas de la bonne gestion."

 

Il faut "refonder l’État autour de trois missions : éduquer, protéger, soigner"

La nécessité de faire des économies de la part de l’État se ressent quand on regarde la dette de la France : "les Français doivent bien se dire que les 2.800 milliards de dettes qu’on a accumulées, les 200 milliards de déficit, c’est de l’impôt différé". Elle juge donc "qu’il va falloir faire des réformes et des économies : la réforme des retraites, la réforme de l’Assurance-chômage pour inciter à reprendre un emploi plus vite et que ça coûte moins cher..."

Valérie Pécresse estime également qu’il faut "refonder l’État autour de trois missions" : "éduquer, protéger, soigner". "Et tout le reste, je vous assure que ça peut être mieux fait par des collectivités locales, ça peut être mieux fait par des délégations de service public..." La candidate considère que l’État doit arrêter "de vouloir tout faire".

 

"Il y a surtout des doublons avec l’État : l’État fait tout, et les collectivités aussi"

Dans son programme, Valérie Pécresse veut supprimer "des postes" de fonctionnaires et ce "partout" car "partout il y a de la suradministration". Elle prend en exemple les hôpitaux : "si vous regardez le budget d’un hôpital en France, vous avez 30% de plus d’administration qu’en Allemagne", ce qui, de fait, empêche d’avoir plus de soignants. La présidente de la région Île-de-France tacle également la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a près de 100 conseillers de plus que les Régions : réduire ce nombre permettrait de faire des économies.

"Mais il y a surtout des doublons avec l’État : l’État fait tout, et les collectivités aussi", explique-t-elle. Par exemple, sur les "aides économiques" : certaines sont versées par l’État, d’autres par les régions, d’autres par les métropoles ou encore les communes… "La vérité, c’est qu’il faut juste donner la compétence économique aux régions et aux intercommunalités, et que l’État lâche prise", recommande Valérie Pécresse. Concernant la quantité de postes à supprimer, elle estime nécessaire d’éliminer "200.000 postes, à peu près, dans l’administration administrante" mais prévoit la création de postes "dans la justice", "dans l’hôpital" ainsi que "dans l’école"

 

"Si on ne baisse pas la dépense, ça veut dire qu’on augmentera les impôts demain"

Valérie Pécresse se présente souvent comme "la Thatcher à la française", ce qu’elle confirme car la dette explose. "Les Français devraient élire une présidente de la République qui leur dit où est-ce qu’elle va faire des économies, comment on va faire, pour qu’on se sorte de cette situation et puis, surtout, pour pas qu’on leur augmente leurs impôts demain". "Si on ne baisse pas la dépense, ça veut dire qu’on augmentera les impôts demain. Il faut qu’ils ouvrent les yeux !", affirme-t-elle.

 

Utiliser des drones pour "repérer les jeunes en rodéo"

Les rodéos sauvages sont devenus l’exemple de l’insécurité en France, avec des images qui font le tour du web. La présidente de la région Île-de-France rappelle que le ministère de l’Intérieur a donné pour instruction "de ne pas poursuivre les motos" afin d’éviter des accidents. "Il faut qu’on trouve des moyens de lutter contre ces rodéos sauvages un peu plus technologiques", estime-t-elle. Pour la candidate, une solution serait de "projeter des drones" pour "repérer les jeunes en rodéo sauvage" afin de "leur confisquer la moto".

Des policiers déplorent retrouver dans la rue des individus interpellés récemment. Face aux manquements de la justice, Valérie Pécresse veut retrouver "des sanctions efficaces". "Il faut mettre en place des sanctions qui emmerdent plus les délinquants qu'elles n'emmerdent la société", invoque la candidate LR qui veut trouver des sanctions "utiles".

Certains candidats proposent une alternative à la prison, considérée comme l'école du crime. "La majorité des délits du quotidien sont commis par 5 à 10% de multirécidivistes", rapporte-t-elle d'une étude britannique. "Ils doivent être mis hors d'état de nuire", recommande la candidate qui considère le bracelet électronique comme "la pire des sanctions", puisqu'il permet aux délinquants de rentrer chez eux, dans leur quartier. La présidente de région propose d'ouvrir des centres fermés pour majeurs. "C'est une alternative à la prison", qui pourraient prendre place dans des "casernes, couvents, hôtels désaffectés", où les multirécidivistes seraient enfermés avec un bracelet électronique. "S'ils sortent, ils iront en prison", explique Valérie Pécresse.

 

"Éric Dupont-Moretti met la poussière sous le tapis"

Pour Valérie Pécresse, le ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti "met la poussière sous le tapis". La candidate a demandé au garde des Sceaux "la vérité sur le nombre d'affaires non-jugées aujourd'hui en France". Déplorant que le meurtre du maire de Signes ne soit toujours pas jugé, elle souligne que l'individu ayant giflé le président de la République a été condamné et mis sous écrou en quelques jours seulement. "Je réclame la comparution immédiate pour chaque flagrant délit", invoque la candidate.

Après avoir fait le lien entre insécurité et immigration, il y a quelques mois, la présidente de la région Île-de-France, explique qu'il y a "des quartiers où l'on a laissé s'ancrer toute la misère sociale, où se déroulent des trafics et où on accueille les derniers arrivés en France". Valérie Pécresse veut "casser ces ghettos". 

 

 

Ce week-end, Christian Estrosi a appelé la droite à "combattre Éric Zemmour de toutes ses forces". Valérie Pécresse répond vouloir "battre Emmanuel Macron". Pour la candidate à l'investiture des Républicains, "l'adversaire est Emmanuel Macron parce que nous allons être au deuxième tour". "On a un projet, on ira jusqu'au bout", assure-t-elle.

De son côté Éric Zemmour a annoncé vouloir supprimer le permis à point. Si Valérie Pécresse reconnaît qu'il est "contraignant", il aurait par ailleurs "sauvé des milliers de vie". "Il faut le maintenir", répond-t-elle tout en veillant à "réguler les prix des contrôles techniques". Et si le journaliste souhaite interdire les communes de passer la vitesse limitée à 30 km/h, la candidate LR ne souhaite pas "mettre les villes sous tutelle". "Les collectivités locales doivent s'administrer librement", explique-t-elle.

 

 

 

 

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