Rokhaya Diallo : "Ma situation ne reflète pas la situation des personnes minoritaires de France"

Rokhaya Diallo, journaliste, réalisatrice, écrivain, auteur de "La France, tu l'aimes ou tu la fermes ?" était l’invitée d’André Bercoff, mercredi 9 octobre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Rokhaya Diallo invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Rokhaya Diallo s'engage contre les oppressions qui touchent les minorités en France. Des prises de position qui ne lui garantissent pas de se faire des amis partout, surtout depuis qu'elle dénonce le racisme ou le sexisme venant de la gauche.

 

"On peut être producteur de racisme, de sexisme, d'homophobie indépendamment de son appartenance politique ou religieuse"

"C'est important de rappeler que les problèmes de racisme et de sexisme ne concernent pas qu'un seul camp de l'échiquier politique", juge Rokhaya Diallo qui dénonce "des idéologies qui traversent tout le champ politique". Elle rappelle que "l'on peut être producteur de racisme, de sexisme, d'homophobie indépendamment de son appartenance politique ou religieuse". Mais ce n'est pas un discours simple à porter. "J'ai vu qu'il y avait une différence d'appréciation selon que je critique le racisme venant de droite ou de gauche", témoigne-t-elle. Elle constate que "lorsqu'on est de gauche, on se vit comme étant exempt de tout soupçon par rapport à des productions oppressives".

C'est en France que Rokhaya Diallo agit sur le terrain. "Je n'ai pas tellement de velléité de m'exprimer sur ce qui peut se passer en Afrique ou en Asie, bien qu'il y ait des choses qui m'intéressent beaucoup comme la question des droits des femmes ou les questions qui se posent sur le continent africain". Mais la journaliste n'aime pas "prendre la place des personnes concernées pour prendre la parole, je ne me sens pas la légitimité de le faire". Pourtant, on l'a vu venir en soutien sur des situations en Iran, en Argentine, en Pologne, en Arabie Saoudite ou encore au Bahreïn. "Il y a toujours des injonctions où on va me demander d'intervenir sur des questions concernant des pays musulmans et pas forcément sur des pays qui ne sont pas musulmans mais qui s'en prennent aussi aux droits des femmes", déplore-t-elle.

"On insinue souvent que je n'aime pas la France"

En France, Rokhaya Diallo s'indigne de la présence "ultra minoritaire" des personnes "comme moi" dans les médias. Elle met au défi André Bercoff de "donner un nom de personne autant engagé contre le racisme ou le sexisme". Elle fait le parallèle avec l'époque de la ségrégation aux États-Unis où il y avait bien "des médecins noirs", mais n'empêchait pas "d'être victimes de discriminations". Bien qu'elle ne souhaite pas se plaindre de sa propre situation, "elle ne reflète pas la situation de toutes les personnes minoritaires de France". "Je suis une exception, un transfuge de classe", se qualifie-t-elle.

Elle remarque une différence d'appréciation de ses propos "qui ne sont pas perçus de la même manière que lorsqu'ils sont tenus de façon identique par des personnes blanches". Lorsqu'elle critique la France, l'État français ou le gouvernement français, elle dénonce qu'on lui réponde que "si elle n'est pas contente, elle doit rentrer chez elle, et quitter la France". Des propos qu'on ne tient jamais aux personnes blanches, selon elle. "On insinue souvent que je n'aime pas la France, on a toujours le soupçon du fait que la France est un pays d'option pour moi", note-t-elle. Pourtant Rokhaya Diallo rappelle que la France "est son pays".

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