Va-t-il parvenir à marquer sa domination sur la droite et le centre ? Édouard Philippe s'exprime dimanche lors de la rentrée politique de Gérald Darmanin à Tourcoing (Nord), après le soutien apporté par le garde des Sceaux, assorti d'exigences programmatiques, notamment sur les retraites.
M. Darmanin organise pour la quatrième année un évènement de rentrée da ns le Jardin botanique de son fief électoral de Tourcoing. Mais cette année, c'est Édouard Philippe qui en est la vedette: le 17 août, dans les colonnes de La Voix du Nord, le ministre de la Justice a annoncé qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle et qu'il se rangeait derrière le président d'Horizons, dont il est proche de longue date.
Tourcoing devient donc une sorte de réunion publique de rentrée pour M. Philippe, qui s'est déjà rendu en août à Mayotte et à La Réunion et a participé cette semaine au débat des candidats à l'Elysée jeudi devant le Medef, avant de débattre avec François Hollande samedi à Sens (Yonne).
L'enjeu, pour le maire du Havre, est de conforter sa position dans le duel qui l'oppose, au sein du bloc central, à Gabriel Attal. Si le candidat Renaissance a estimé qu'il n'y avait "plus de favori" après un sondage où il recueillait seulement deux points de moins d'intention de vote, la marge est plus nette en faveur de M. Philippe dans un sondage Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche.
Toutes ces études convergent pour faire de Marine Le Pen la favorite de l'élection présidentielle, la candidate du Rassemblement national étant largement en tête au premier tour, et donnée gagnante au second quel que soit l'adversaire.
"Pour l'instant, je pense que nous sommes troisièmes", a averti M. Darmanin, qui prédit par ailleurs un score au-delà des 20% au candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.
Un soutien à Édouard Philippe "comme la corde soutient le pendu", ironise un dirigeant du bloc central. "Darmanin, depuis des mois, dit: on va perdre, Le Pen a gagné. Sa stratégie, c'est de s'installer comme le chef de l'opposition" après la présidentielle, affirme cette source.
- Quelle réforme des retraites ? -
En attendant, le tenant de la "droite sociale" a assorti son soutien à M. Philippe d'un certain nombre d'exigences sur le fond. Notamment d'être "beaucoup plus ferme" sur l'immigration. M. Philippe n'a cependant pas repris intégralement sa proposition d'un "moratoire", expliquant dimanche que malgré une approche plus ferme, la France sous sa présidence continuerait d'accueillir des étudiants et des travailleurs étrangers.
Autre dossier brûlant : les retraites. "Je suis contre la retraite à 67 ans" et "Édouard Philippe n'a pas changé d'avis", a expliqué M. Darmanin le 17 août. Peine perdue pour tous les dirigeants Horizons qui s'échinaient depuis des années à expliquer que leur candidat n'avait jamais proposé cette mesure.
L'ancien Premier ministre a déjà eu l'occasion d'expliquer, comme il l'a fait dans un entretien à l'AFP cette semaine, que sa réforme prendrait en compte "les différences dans les métiers", qu'elle serait "parfaitement soucieuse de la justice entre les individus", mais qu'elle reposerait bien sur "l'idée que tout le monde doit travailler un peu plus longtemps".
Va-t-il en préciser les contours à Tourcoing ? Ou plutôt continuer, selon ses termes, à mener "la bataille politique" sur l'idée de devoir travailler plus longtemps avant d'abattre ses cartes ? Réponse dimanche. Un de ses soutiens prédit "plutôt une séquence politique" à Tourcoing, qui doit servir "à parler rassemblement plutôt que programme".
L'enjeu demeure pour Edouard Philippe : continuer d'apparaître comme celui susceptible de fédérer autour de sa candidature, au sein du bloc central mais aussi à droite, où le candidat des Républicains (LR) Bruno Retailleau peine à émerger dans les sondages.
Côté macroniste, après les ministres Maud Bregeon et Mathieu Lefèvre au printemps, Benjamin Haddad s'est ajouté à la liste cette semaine, de même que l'eurodéputé Grégory Allione. Pas de quoi, pour l'instant, inciter Gabriel Attal à renoncer à sa candidature: le secrétaire général de Renaissance, très actif tout au long de l'été, a d'ores et déjà programmé un meeting à Lyon le 10 octobre.
Par Baptiste PACE / Tourcoing (AFP) / © 2026 AFP
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