Plan contre le séparatisme: des habitants et élus mitigés avant les annonces de Macron aux Mureaux

Emmanuel Macron en visite aux Mureaux pour son discours sur le séparatisme. C’est dans cette ville des Yvelines que le président annoncera ce vendredi matin son plan de lutte contre l’Islam politique et le communautarisme. Au menu: la laïcité, l’égalité hommes-femmes dans les associations, la neutralité dans les services publics. Il sera aussi question de la structuration de l’Islam: formation des imams, financements. Une prise de parole très attendue, mais cette visite aux Mureaux est loin de faire l’unanimité chez les habitants qui se sentent stigmatisés.

(Lewis Joly / POOL / AFP)
Reportage Sud Radio de Clément Bargain

 

Dans ce quartier des Mureaux, la venue d’Emmanuel Macron irrite de nombreux habitants… Comme Marie-Thérèse qui vit ici depuis plus de 40 ans…"Macron, il ne vient que pour se montrer", lance t-elle. "Paroles, paroles ! Qu'est-ce qu'il dira? Il ne le fera pas, Macron !".  C’est dans cette ville des Yvelines que le président doit présenter son plan de lutte contre le séparatisme, mais ce n’est pas la priorité pour Ahmad:

"Séparatisme, communautarisme... C'est de la connerie ! Il vient parler de ça pour faire oublier la vraie chose qui se passe: c'est que les gens, ils ont la dalle et ils en ont marre !" - Ahmad

 

C’est la quatrième fois qu’Emmanuel Macron vient aux Mureaux depuis 2015. Morad s’agace: cet habitant aimerait qu’on vienne ici pour aider la population: "On a quand-même une population fragile, et le covid a laissé des traces !  Venir ici parler de séparatisme, pour moi c'est une provocation. Pour moi, ça ne renforce pas le vivre-ensemble, ça c'est certain..." Fleur, elle, n’attend rien du discours du président. Pour elle, il faut des actes concrets:

"On va parler un petit peu d'Islam, de communautarisme, aller dans les villes qui sont 'chaudes', entre guillemet. Pour moi, rien n'a été fait. C'est juste histoire de remettre une petite couche. Qu'ils aillent dans les quartiers ! Qu'ils mettent en place des médiateurs, qu'ils remettent en place ce qu'il y avait avant, les accompagnements pour les jeunes. Les missions locales aujourd'hui elles sont débordées ! On attend qu'ils agissent, qu'ils mettent en place un budget... On en parle, on en parle, mais c'est pas assez aujourd'hui!" - Fleur

 

"Ça va encore renforcer ce climat qui règne, c'est une provocation. Qu'il vienne plutôt rassurer la population, qu'il fasse ce qu'il dit" - Morad

 

 

Des maires confrontées à la radicalisation dans le sport

La radicalisation, un problème qui s'illustre à l'école, dans les administrations publiques mais aussi dans le sport. Il y aurait, au moins 1000 entraîneurs ou encadrants en France soupçonnés de radicalisation, le plus souvent une radicalisation islamistes. Une réalité à laquelle sont confrontés les acteurs locaux, parfois un peu démunis, et notamment les maires.

 

Reportage Sud Radio de Cyprien Pézeril

 

De nombreux dossiers s'accumulent sur le bureau de Jacques Myard, maire en région parisienne. La radicalisation, "c'est une réalité" affirme t-il. Il y a quelques mois, une mère de famille désemparée est venue frapper à sa porte. En cause, le comportement de l'entraîneur de foot de son fils, lorsqu'elle venait le chercher à la fin des matchs:

"Il y a eu des actes répétés de refus de lui serrer la main. J'ai interdit cet entraineur d'accès aux équipements municipaux, estimant qu'il avait enfreint les principes de laïcité. Quand on se comporte de cette façon, on rompt le pacte républicain: on n'a rien à faire dans un équipement public !" - Jacques Myard, maire LR de Maisons-Laffitte

Le football, les sports de combats ou même le tennis de table: aucune discipline n'est épargnée par la radicalisation. Pour Médéric Chapitaux, auteur d'une thèse sur le sujet, une des solutions pourrait être d'imposer la neutralité religieuse dans les clubs, comme c'est le cas à l'école depuis 2004. "Depuis des décennies, on dit à juste titre que le sport est un lieu d'éducation", plaide t-il. "On ne fait pas que du sport, on éduque par le sport". Parmi les autres solutions avancées par les experts, la création d'un fichier spécial répertoriant tous les responsables de club soupçonnés de radicalisation.

 

 

"La radicalisation dans le sport est la première menace, avant même les mosquées"

Patrick Karam, docteur en science politique et vice-président de la région Ile-de-France en charge des sports, travaille depuis plusieurs années sur cette question. Il attend des mesures fortes de la part d'Emmanuel Macron:

"On sait aujourd'hui qu'il y a autour d'un millier de personnes radicalisées. Il faut faire un fichier des personnes radicalisées qui seraient interdites de lien avec les enfants, aussi bien dans des clubs que dans des associations d'éducation populaire. Cela serait une pierre. Il y a d'autres étapes à franchir, j'attend d'autres actes du président, je me tiens à sa disposition: nous savons ce qu'il faudrait faire pour constituer un rempart contre tous ceux qui veulent combattre nos valeurs !" - Patrick Karam, vice-président de l'Ile-de-France et politologue