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Pierre Serna : les doléances du peuple, "dernière chance" pour la monarchie

Par La Rédaction

Pierre Serna, historien, spécialiste de la révolution française, auteur de "Que demande le peuple ? Les cahiers de doléances de 1789. Manuscrits inédits" (édition Textuel) était l’invité d’André Bercoff, mardi 15 octobre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Pierre Serna invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Dans un ouvrage publié aux éditions Textuel, Pierre Serna dévoile les cahiers de doléances écrits en 1789. Des manuscrits inédits en version originale qui nous en dit long sur l'état de la France au XVIIIe siècle, loin de la mythologie.

 

Un roi aimé de son peuple

Ce livre Que demande le peuple ? Les cahiers de doléances de 1789 reproduit de manière identique "ce qui a été apporté au roi, ce qui a été vu et écrit en 1789", rapporte le directeur de l'ouvrage. "Pour la première fois, nous voyons les écritures comme les ratures", à la différence de la version imprimée demandée par Jean Jaurès au siècle dernier. Dans un pays où "60% des hommes et 80% des femmes sont illétrés", les mots qui sont écrits sont faits pour être dits. "On a une parole qui est écrite pour être lue à haute voix, ce sont des gens très attirés par les images", avance Pierre Serna.

L'ancêtre du "choc des images" donc, et des médias "que nous avons voulu remettre en valeur entre langage écrit et langage imagé", indique l'historien. Dans ce cahier de doléances, les Français parlent au roi. Le souverain peut donc lire "qu'il est bien aimé par son peuple" mais surtout que des changements sont inévitables. Pierre Serna le prouve en relatant les témoignages des habitants de Grasses (Alpes-Maritimes). "Si vous ne nous écoutez pas, nous sommes à la veille d'une grande révolution", écrivent-ils. Pourtant, pour l'historien, "personne n'est véritablement révolutionnaire mais tout le monde le sait que c'est l'une des dernières chances pour la monarchie de se réformer".

Entre mythes et réalités, portrait de la France de 1789

Dans une France peuplée à "98% de roturiers", seuls "2% de la population concentre le maximum de richesse". Alors dans ces cahiers qui précèdent une révolution violente, le peuple montre sa volonté de "construire un monde nouveau". "Il ne refuse pas l'impôt, il demande une répartition équitable", note l'auteur. Mais il n'est pas question d'abolir la monarchie ou de couper la tête de Louis XVI. "Ils ont pleinement confiance dans le roi, à aucun moment on demande la fin de la royauté", insiste-t-il. En fait, et contrairement à ce que dit la mythologie républicaine, c'est bien le roi lui-même qui a convoqué ces cahiers de doléances. "Louis XVI est allé au bout de ce qu'il pouvait demander à ses conseillers. Il se tourne alors vers 'ses bons peuples'", raconte l'historien. Une décision qui frustrent particulièrement le clergé et la noblesse qui voient le roi "passer l'alliance avec le tiers état". 

Ces doléances permettent également de voir un grand éclairage dans la population, à l'avant-garde de leur temps. Pour un peuple composé à 70% de paysans et 80% de ruraux, "la chasse est une conquête démocratique". Dans le domaine de la religion, les habitants d'un village proche d'Angoulême (Charente) demandent la légalisation du mariage pour les prêtres afin d'éviter les scandales. À Paris, c'est l'élection des curés qui est plébiscitée par une partie de la population qui souhaite "régénérer la religion". "Ils font preuve d'une modernité sidérante", note Pierre Serna.

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

 

Retrouvez André Bercoff et ses invités du lundi au vendredi sur Sud Radio, à partir de midi. Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

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