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Narcotrafic : 16 ans de prison requis contre Félix Bingui, chef présumé du clan Yoda

Le ministère public a requis lundi des peines allant jusqu'à 16 ans de prison dans le procès du clan Yoda, dont la plus lourde à l'encontre de Félix Bingui, chef présumé de ce gang marseillais de narcotrafic qui a généré "des profits colossaux".

Gabriel BOUYS - AFP/Archives

Le ministère public a requis lundi des peines allant jusqu'à 16 ans de prison dans le procès du clan Yoda, dont la plus lourde à l'encontre de Félix Bingui, chef présumé de ce gang marseillais de narcotrafic qui a généré "des profits colossaux".

Outre "Fé", alias "Le Chat", les peines les plus sévères ont été demandées à l'encontre de Mohamed Hussein Saleh, considéré comme son "bras droit", pour qui 12 ans de prison ont été requis, et Zine Eddine Belkai, "grand gérant" des points de vente du réseau, en fuite, contre lequel 10 ans ont été réclamés.

Le procureur a demandé que ces peines soient assorties d'une période de sûreté des deux tiers, et réclamé des amendes allant jusqu'à 500.000 euros pour Félix Bingui.

"Si on les écoute, personne n'a rien fait, n'a rien vu", mais "la réalité, ce sont des quantités astronomiques de drogues proposées à la population marseillaise, des sommes astronomiques qui génèrent des profits colossaux par des circuits organisés", a lancé dans son réquisitoire le représentant du ministère public, soulignant que "les enquêteurs ont travaillé des mois pour atteindre les chefs de réseau".

Philippe Ohayon, avocat du chef présumé du gang "Yoda" Félix Bingui à Marseille le 18 mai 2025

Gabriel BOUYS - AFP

"Le parquet de Marseille a voulu faire de ce procès un laboratoire et de M. Bingui un cobaye pour requérir en matière de trafic de cannabis des peines jusque là inconnues en France", a dénoncé son avocat, Me Philippe Ohayon

"C'est une peine très très lourde, totalement disproportionnée", a déploré pour sa part Me Gaétan Poitevin, soulignant que son client, Mohamed Hussein Saleh, "comparaît libre sous contrôle judiciaire".

- "Lutte acharnée" -

Le chef présumé du gang Yoda, Félix Bingui, sur une photographie non datée non localisée obtenue le 18 mai 2026

Le chef présumé du gang Yoda, Félix Bingui, sur une photographie non datée non localisée obtenue le 18 mai 2026

Handout - AFP/Archives

Depuis le 18 mai, Félix Bingui, 35 ans, est jugé devant le tribunal correctionnel de Marseille aux côtés de 19 coprévenus dont deux sous le coup d'un mandat d'arrêt, pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment, le tout en récidive.

"Le Chat", déjà condamné à de multiples reprises, encourt jusqu'à 20 ans de prison.

Pendant deux ans, d'août 2021 à juin 2023, les enquêteurs ont surveillé, écouté, suivi les prévenus mis en cause pour la gestion de plusieurs points de vente des quartiers Nord, principalement celui de "La Fontaine", situé à l'entrée de la cité de la Paternelle et considéré à l'époque comme l'un des plus juteux de Marseille.

"Les vidéosurveillances ont montré le passage d'un client toutes les 30 secondes", a rappelé le procureur.

Des "barrières" y assuraient une "privatisation de l'espace public", et à la nuit tombée, un feu de palettes permettait "l'éclairage de la cité".

Cette cité sera début 2023 au cœur de la guerre de territoires entre les Yoda, du nom du maître Jedi de Star Wars, et la future DZ Mafia à Marseille.

"Ces réseaux sont armés et se livrent à une lutte acharnée pour le contrôle des points de deal et de leur manne financière. La réalité de ces trafics, c'est des assassinats en bande organisée en lien avec la rivalité des réseaux. En 2023, c'est 52 décès et 124 blessés, rien qu'à Marseille", a affirmé le magistrat.

- "Chef", "patron" -

Pendant les deux semaines d'audience, Félix Bingui, arrêté au Maroc en mars 2024 puis extradé, a nié tout lien avec le narcotrafic, peinant toutefois à justifier - entre gains au poker et paris sportifs - un train de vie fastueux, avec hôtels de luxe, montres Rolex et vols en classe affaires entre Marseille, l'Espagne, Dubaï, le Maroc ou la Thaïlande.

Le magistrat a dénoncé "une véritable organisation avec une équipe chargée de la vente et de la remontée des bénéfices, une équipe de fournisseurs de véhicules, une équipe autour de M. Bingui qui organise ses transports, ses réservations d'hôtel".

"Il se positionne en chef d'équipe, en supérieur hiérarchique. On lui rend des comptes, il réprimande", a-t-il ajouté.

Il a également longuement évoqué les écoutes et auditions des compagnes de membres du clan, qualifiant Félix Bingui de "chef", "patron" ou "boss", tour à tour admiré ou redouté par ses "larbins".

Pour les autres prévenus -convoyeurs, ravitailleurs, conditionneurs, ou "blanchisseurs" -, la plupart comparaissant libres, les peines requises s'échelonnent de un à 6 ans de prison.

Les plaidoiries débuteront mardi avant un verdict attendu en fin de semaine.

Par Anne LE COZ / Marseille (France) (AFP) / © 2026 AFP

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