Une relaxe générale a été requise mardi pour trois étudiants jugés à Lille pour bizutage ou complicité après la mort d'un étudiant en marge d'une soirée d'intégration alcoolisée en 2021, ainsi que pour les autres prévenus, dont l'Université de Lille.
La décision est attendue le 18 février à 14H00.
Le procureur a estimé que les investigations n'avaient pas permis d'établir que la victime de 19 ans, Simon Guermonprez, était ivre au moment des faits, ni qu'il avait été contraint de consommer de l'alcool, ni qu'il ait subit des actes humiliants ou dégradants.
La relaxe a également été requise pour l'Université de Lille, qui avait été citée directement à comparaître par la famille pour homicide involontaire et bizutage, ainsi que pour le chauffeur du poids lourd impliqué dans l'accident mortel.
Simon Guermonprez, admis en deuxième année de médecine à Lille, participait le 8 juillet 2021 à une soirée d'intégration organisée par des étudiants plus âgés.
À l'issue de la soirée, déposé vers minuit en Uber devant le domicile de ses parents dans la métropole lilloise, le jeune homme s'est ensuite rendu sur un pont surplombant l'autoroute A27.
Selon l'enquête, il a pris un selfie avant d'être mortellement percuté par un camion circulant sur l'autoroute en contrebas, possiblement en tentant de récupérer son téléphone tombé sur les voies.
Le chauffeur du poids lourd, poursuivi pour homicide involontaire, a affirmé à l'audience que le jeune homme se trouvait sur la bande d'arrêt d'urgence avant de se "jeter" sous son véhicule. "Je n'ai pas eu le temps de piler, il s'est jeté", a déclaré à la barre le prévenu de 50 ans.
Daniel Guermonprez, le père de la victime, rejette lui la thèse d'un suicide: "Il n'y a rien de rationnel à ce que Simon reparte vers ce pont autoroutier", a-t-il déclaré, estimant que la "seule conclusion" possible est que son fils était "désorienté à cause de l'alcool".
La présidente du tribunal a détaillé l'organisation de la soirée, organisée par un groupe d'étudiants baptisé "Les Borgia", dont faisaient partie les trois prévenus étudiants.
Le rendez-vous avait été fixé à la citadelle de Lille à 20H00, avant un déplacement vers un appartement. Des équipes étaient chargées de l'accueil, de la préparation des boissons, de la communication et il existait une équipe "PLS" chargée de l'assistance aux étudiants en difficulté.
- "Soirées non contrôlées" -
Selon les éléments de l'enquête exposés à l'audience, les étudiants admis en deuxième année choisissaient de consommer de l'alcool ou non: ceux qui refusaient se voyaient apposer la mention "H2O" sur le front, tandis que ceux qui acceptaient portaient une "cible", comme Simon Guermonprez.
Des seringues de 50 à 60 ml étaient utilisées pour servir les boissons alcoolisées. Aucun des trois prévenus n'a reconnu avoir administré de l'alcool à la victime.
À la barre, en larmes, une étudiante qui faisait partie de l'organisation de la fête a assuré que la mort de Simon avait "traumatisé beaucoup de monde". "On fait des études de médecine, notre but est de sauver des gens", a-t-elle déclaré, exprimant sa "tristesse" pour la famille, comme les deux autres prévenus.
"Nos enfants ne choisissent pas la médecine pour être embarqués dans des soirées risquées puisque non contrôlées et non sécurisées", a déclaré à la presse Daniel Guermonprez, appelant à "éradiquer ces moeurs insensées en faculté de médecine".
Dans ce dossier "il n'y a rien", a plaidé Me Quentin Lebas, l'avocat de l'Université de Lille. "Ce n'est pas un dossier de bizutage" et "l'Université n'a commis aucune négligence", a-t-il estimé, soulignant que cette soirée s'était déroulée "sans alcoolisation massive" et en dehors du campus.
En 2022, un rapport de l'IGESR (Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche) avait conclu qu'il ne pouvait être exclu que le décès de Simon soit relié à d'autres facteurs que cette soirée étudiante, mais qu'il était "très difficile" de le considérer comme indépendant, "en raison de la concomitance des événements et de l'alcoolisation attestée de l'étudiant".
Par Zoé LEROY / Lille (AFP) / © 2026 AFP