#MeToo : "on jette à la poubelle une partie de l’État de droit" estime Sabine Prokhoris

Sabine Prokhoris, philosophe et psychanalyste, était l’invitée d’André Bercoff mardi 12 octobre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états", pour son livre "Le Mirage #MeToo" (éd. du Cherche-Midi).

Sabine Prokhoris
Sabine Prokhoris, invitée d'André Bercoff sur Sud Radio dans "Bercoff dans tous ses états".

Sabine Prokhoris, philosophe et psychanalyste, était l’invitée d’André Bercoff mardi 12 octobre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états", pour son livre "Le Mirage #MeToo" (éd. du Cherche-Midi).

 

#MeToo : l’an zéro du féminisme ?

Qu’ont en commun Adèle Haenel, Roman Polanski, La Familia Grande, ou encore Alice Coffin ? Qu’ils soient victimes, auteurs présumés d’agressions sexuelles, ou encore activistes, tous s’inscrivent dans ce que Sabine Prokhoris nomme "le Mirage #MeToo". C’est d’ailleurs le titre du dernier livre de cette philosophe et psychanalyste, qui est aujourd’hui l’invitée d’André Bercoff sur Sud Radio, dans "Bercoff dans tous ses états".

Le mouvement féministe est loin d’être un mouvement récent. Pour Sabine Prokhoris, ce mouvement est aujourd’hui dévoyé, monopolisé depuis quelques années par les ultra-féministes de #MeToo, ou #BalanceTonPorc en version française. "Le féminisme est une histoire longue. Ici, tout se passe comme si #MeToo était l’an zéro du féminisme. Comme s’il n’y avait rien eu avant. Il y a une inculture de fond, mais aussi une dimension revendiquée : la mise en cause du patriarcat. Quand il n’y a pas d’histoire, on est en roue libre. Tabula rasa", explique Sabine Prokhoris.

 

"Le meilleur des mondes féministes"

"Il y a des militants. Et derrière, on retrouve une masse qui réfléchit peu, hypnotisée par des slogans", ajoute la psychanalyste, donnant ainsi comme exemple le mouvement Woke, "éveillé", que Sabine Prokhoris qualifie plutôt de mouvement somnambule. Il n’en demeure pas moins que leurs convictions sont très profondes. "Ils prétendent refabriquer un monde neuf qui serait le meilleur des mondes féministes", lance-t-elle, ajoutant que ce féminisme est la pointe avancée de mouvements qui revendiquent une libération de la parole. "Mais la leur, car les autres doivent se taire".

Dans son livre, Sabine Prokhoris revient dans toutes les grandes largeurs sur l’utilisation du cas Polanski par les féministes. "Il m’a semblé que le cas Polanski révèle le croupion de #MeToo. Les insultes à caractère antisémite contre le réalisateur avaient-elles un rapport avec l’affaire Polanski ? Aucun. Que vient faire l’antisémitisme là-dedans ? Le déchaînement de slogans qui ont visé Polanski m’ont questionnée. C’est un antisémitisme post-shoah, qui banalise la shoah. Les victimes de #MeToo se qualifient de survivantes. C’est révélateur du rapport de #MeToo à la vérité et aux faits", lance la philosophe.

 

L’État de droit jeté à la poubelle par la raison sociale de la victime

Sabine Prokhoris rappelle le nouveau credo de #MeToo : "victimes, on vous croit". "Le président de la République a même cru bon de le reprendre comme si cela allait de soi. Avec ça, on ne va pas très loin. On a oublié le procès d’Outreau, l’affaire Dominique Baudis. On jette à la poubelle dans le cas précis du féminisme toute une histoire de l’État de droit, la présomption d’innocence, la prescription. Pour elles, la justice est patriarcale. Et on fait de tout un procès politique. On confond les principes qui sont un fondement de l’État de droit, les lois qui sont peut-être obsolètes et l’application de la loi par les magistrats", estime Sabine Prokhoris.

 

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