Le témoignage émouvant de Ginette Kolinka, rescapée des camps d'Auschwitz : "On ne s'attendait pas du tout à ça"

Ginette Kolinka, rescapée des camps d'Auschwitz, témoigne au micro de Patrick Roger et Cécile de Ménibus. Aujourd'hui, elle partage ce devoir de mémoire dans les établissements scolaires et a sorti un livre "Retour à Birkenau" aux éditions Grasset. Elle évoque sa rencontre avec Simone Veil, l'annonce de la mort de son père et son petit frère à sa mère, l'horreur des camps et le climat actuel.

Ginette Kolinka, auteur de "Retour à Birkenau".

Ginette Kolinka, âgée de 94 ans, a vécu l'horreur des camps d’Auschwitz. Des wagons à la libération en passant par la mort cruelle de son père et son petit frère, l'auteur de Retour à Birkenau témoigne dans le Grand Matin de Patrick Roger et Cécile de Ménibus.

 

Ginette Kolinka : "Mon cheval de bataille, maintenant c'est la haine"

Depuis une vingtaine d'années, Ginette Kolinka témoigne inlassablement. "Mon cheval de bataille, maintenant c'est la haine, explique-t-elle à Patrick Roger. Mais c'est le hasard qui l'a voulu, jamais je n'aurais pensé raconter cette histoire. Quand j'ai appris qu'on était libéré dans les camps, la première chose que j'ai pensée, c'est 'jamais je ne parlerai de cette période'. Je suis la seule à être rentrée et j'étais rentrée, ça suffisait. Pourquoi embêter les gens avec mon histoire ?"

Pourquoi décider de parler une cinquantaine d'années plus tard ? l'interroge Patrick Roger. "Je fais partie de l'association "l'Union des déportés d'Auschwitz", dont le président avait l'habitude d'emmener quelques déportés avec des élèves, pour raconter l'histoire qu'ils avaient vécue. Quand il m'a demandé d'y aller, j'ai d'abord refusé et puis il me prend par les sentiments, me dit que ça lui rendrait service, alors j'y suis allée et je n'ai jamais regretté. Je pense que si j'ai la forme, c'est justement parce que je me déplace à droite et à gauche !"

 

"Il ne faut pas oublier que ça peut recommencer"

Ginette Kolinka est "passeuse de mémoire". "Il ne faut pas oublier que ça a existé, mais aussi que ça peut recommencer, confie-t-elle". Ginette Kolinka a-t-elle confiance en la jeunesse aujourd'hui ? "Je la rencontre et j'ai confiance. On dit que les gens sont égoïstes mais ce n'est pas vrai ! Il y en a, mais ce n'est pas la majorité".

 

"On ne s'attendait pas du tout à vivre ça. On allait dans un camp de travail, je n'ai jamais eu peur"

Ginette Kolinka avait 19 ans au moment de la déportation. "Personne ne savait ce qui allait arriver. Comment imaginer que parce qu'on a moins de 15 ans et plus de 45 ans, on ne va pas vous laisser vivre ? On allait dans un camp de travail, je n'ai jamais eu peur, je n'ai jamais pensé mourir. Les personnes qui essayaient d'avoir des explications, je crois qu'elles ne sont pas rentrées..."

 

"Simone Veil m'a un peu sauvé la vie"

Pendant cette période, la solidarité et l'entraide ont été très importantes, note Cécile de Ménibus. Simone Veil faisait partie du même convoi de déportation que Ginette Kolinka, qui raconte dans son livre que Simone Veil lui a sauvé la vie en lui offrant une robe, qui lui a donné le goût de l'espoir. "Elle ne le savait pas mais moi je pense que oui, confirme Ginette Kolinka. Je venais d'arriver, j'avais dans la distribution de vêtements une espèce de chemise de nuit avec des manches, qui m'a protégée le premier jour du contact de ce qui était sale et le lendemain matin, je ne l'ai plus et j'avais le moral à zéro.

Quand on arrive, on est en quarantaine, avec des corvées à faire. J'étais en corvée avec Simone [Veil], il pleuvait des cordes et la capo qui nous surveillait nous donne la permission de nous abriter. On s'est blotti l'une contre l'autre pour se réchauffer. Quand on est sorti, la Kapo est tombée en extase devant Simone, moi elle ne m'a pas vue ! se souvient-elle. Et je pense que c'est pour ça qu'elle m'a donné cette robe, elle a dû se sentir gênée".