Le regard libre d'Élisabeth Lévy - À ceux qui se félicitent de l'IVG à 14 semaines...

Au-delà des modalités d'un avortement passant de 12 à 14 semaines (concasser le crâne de l'enfant et autres), c'est bel et bien l'attitude des militants actuels qui pose problème. Nous sommes donc passés d'un droit légitime à une fin en soi, parfois même nombreux sont-ils à se féliciter des chiffres en hausse d'IVG pratiquées.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Revenons sur l’allongement du délai légal sur l’IVG.

Le texte proposé par une député Écologie Démocratie Solidarité a été voté le 8 octobre par l’Assemblée et prévoit qu’on peut avorter jusqu’à 14 semaines de grossesse et supprime la clause de conscience spécifique. Certes, en pratique, les médecins pourront toujours refuser de pratiquer l’IVG. Mais cette loi a suscité l’embarras du gouvernement et, semble-t-il la fureur de Macron.

Surtout, il a déclenché une hostilité unanime des instances médicales. 

Après le Conseil de l’ordre, l’Académie de médecine a affirmé lundi que l’allongement du délai augmentait le recours à des manœuvres chirurgicales potentiellement dangereuses. Le Pr Israël Nisand, ponte de la gynéco-obstétrique est plus explicite. Attention : « à douze semaines, un fœtus mesure 85 millimètres, de la tête aux fesses. A quatorze, il mesure 120 mm et a la tête ossifiée. Ce qui veut dire qu’il faut couper le fœtus en morceaux et écraser sa tête pour le sortir du ventre. »Résultat, selon lui, beaucoup de professionnels seront réticents. On peut les comprendre.

Donc, il ne faut rien faire ? 

D’abord, il faut arrêter de raconter des craques. En 2019, il y a eu 232 000 IVG en France. Un record depuis l’adoption de la loi Veil. Cela équivaut à une grossesse sur 4. 

Cependant, environ 3000 femmes par an se retrouvent hors délais parce que la prise en charge serait défaillante. Elles vont à l’étranger et avortent clandestinement. 

Logique étrange. Puisque la loi n’est pas respectée, changeons la loi. Non : faisons-la respecter et améliorons la prise en charge. Mais visiblement ça ne satisfait pas les militants. 

Pourquoi ? 

Pour eux, ce n’est pas un problème humain et médical mais un étendard idéologique. C’est un glissement significatif. Ils ne défendent plus le droit à l’IVG mais l’IVG comme si c’était un accomplissement. Et se félicitent quand ça monte. Là, la politique du chiffre, tout d’un coup, c’est bien. Ils exigent donc sa banalisation totale d’où leur combat contre la clause de conscience spécifique qui stigmatiserait l’avortement comme un acte à part (sinon, ils expliquent qu’il faut respecter les croyances des autres). Ils considèrent qu’il y a “entrave” dès qu’on évoque l’avortement comme acte douloureux. 

Le droit à l’IVG est une conquête fondamentale pour la liberté des femmes. Mais ça ne fait pas de l’avortement une expérience désirable ni une fin en soi. L’objectif est désormais d’éviter la naissance d’enfants non désirés. Au lieu d’en faire la promotion bruyante, les militants devraient se mobiliser pour que toutes les femmes, toutes les jeunes filles, aient accès à la contraception.