En Corrèze, à Paris et dans toute la France: retour sur les journées d'adieux à Jacques Chirac

La France a rendu un dernier hommage à Jacques Chirac depuis jeudi. Reportages Sud Radio à l'église Saint-Sulpice, devant sa tombe à Montparnasse, aux Invalides, au musée de Sarran en Corrèze, et dans un lycée.

L'inhumation au cimetière du Montparnasse. (Philippe LOPEZ / AFP)

Ultime adieu des français mardi à leur ex-président Jacques Chirac: hommage solennel à Saint-Sulpice en présence de chefs d'Etats étrangers et de responsables nationaux de tous bords, à commencer par les anciens présidents.  1900 personnes se sont massées dans l'église Saint-Sulpice. Des centaines de français étaient aussi sur le parvis, où était retransmise la messe en l'honneur de l'ancien président.

Reportage Sud Radio de Thibaut Gauthier

La cérémonie militaire aux Invalides. (PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP)

Le cercueil de Jacques Chirac sort de l'église Saint-Sulpice porté vers le véhicule qui l’emmènera au cimetière du Montparnasse. Le public massé derrière les barrières applaudit solennellement, c'est un dernier instant de partage pour Chantal. "Une grande émotion ! C'était un très grand Français !" Ils sont nombreux, de tous les âges, à avoir franchi l'important dispositif de sécurité pour rendre un dernier hommage à l'ancien président. Louis 23 ans, évoque une figure paternelle, tandis qu'André 78 ans, parle d'un président comme on n'en trouvera plus: "il était très chaleureux !" A la suite du cercueil recouvert du drapeau tricolore, Claude Chirac sort de l'église, le public applaudit de plus belle. La fille de l'ancien président lie ses mains en forme de prière. Et le public peut lire sur ses lèvres : Merci beaucoup d'être venu.

Claude Chirac. (Martin BUREAU / AFP)

Une émotion palpable en Corrèze

En cette journée de deuil national, les corréziens se sont recueillis lors des minutes de silence et ont continué aussi à laisser de nombreux messages sur les livres de condoléances. Dernier moment aussi pour dire adieu à l'ancien chef de l'Etat lors d'une messe en sa mémoire en la cathédrale de Tulle.
Reportage Sud Radio de Christine Bouillot 

Le sénateur LR Claude Nougein tenait à être en Corrèze en ce jour de deuil: "J'arrive de Paris où j'étais aux obsèques ce [lundi] matin. Je voulais à tout prix être au milieu des corréziens ce soir. Il a tellement fait pour la Corrèze. Les corréziens l'aimaient beaucoup, et il nous le rendait bien".

"Qu'il repose en paix. Et qu'on le laisse tranquille, maintenant" - Bernadette, une fidèle à Tulle

Recueillement à Brive-la-Gaillarde. (GEORGES GOBET / AFP)

Un corrézien heureux, se souvient l'ancien responsable de sécurité

Pour les Corréziens, la famille de Jacques Chirac va organiser des cérémonies d'adieux et d'hommages le weekend prochain, dans son fief électoral comme à Sarran. Il faut dire que la Corrèze est marquée dans son histoire par le passage de l'ancien président, un territoire où il était lui même se souvient Jean-Jacques Lauga. Il était directeur départemental de la sécurité publique à Tulle pendant toutes ces années.
"J'avais à charge d'organiser une protection ou une sécurité très variable en fonction de l’événement. Jacques Chirac n'aimait pas beaucoup avoir des policiers autour de lui, même s'il les aimait beaucoup. En Corrèze, il était chez lui. Il arrivait dans son jardin. Il demandait des nouvelles des enfants, des grands parents..." - Jean-Jacques Lauga

 

Le musée Jacques Chirac à Sarran en Corrèze (Christine Bouillot / Sud Radio)

 

Déjà un hommage populaire aux Invalides dimanche dernier

L'hommage populaire aux Invalides. (Philippe LOPEZ / AFP)

Plusieurs milliers de personnes sont venues hier aux Invalides, pour le dernier adieu des Français à Jacques Chirac. Les portes des Invalides sont restées ouvertes une bonne partie de la nuit. Avec des files d'attentes longues, certains ont dû patienter plusieurs heures. Un hommage qui se voulait simple et populaire, à l'image de l'ancien Chef d'Etat. Les français ont célébré l'homme plein de vie qui les a rassemblés dans sa mort.

Reportage Sud Radio de Michel Barone aux Invalides

"Ce qui me frappe, c'est cette image au dessus du cercueil avec le sourire, la main levée comme pour dire bonjour... On a l'impression de l'avoir en face de nous. Il aimait la vie. Je pense qu'il veut qu'on se souvienne de lui comme ça. J'ai eu l'impression qu'il me regardait, qu'il me disait bonjour. Cela m'a mis du baume au cœur, dans cet instant triste". - Corinne

 

Respecté à l'étranger

Hugo évoque sa "spontanéité, même après sa mort. Je pense qu'il aurait voulu que les gens soient en communion. Pas sûr que des parviennent à faire ça dans les années qui viennent". Marie-Ange est venue prier en vietnamien, accompagnée de deux sœurs vietnamiennes. "Je vous salue Marie, en vietnamien, car Jacques Chirac aimait beaucoup l'Asie. Notre prière ne peut que l'aider à entrer dans l'éternité. Nous, on croit qu'on le reverra".

L'hommage populaire aux Invalides s'est poursuivi tard, dans la nuit de dimanche à lundi. (Sameer Al-Doumy / AFP)

Jacques Chirac, c'était aussi l'ami de l'Afrique. Même à la retraite, il a dénoncé ceux qui ont saigné ce continent pendant des siècles, y compris son propre pays. Une relation particulière que célèbre Cheikh. Ce sénégalais de Paris est venu rendre hommage à Jacques Chirac, à l'occasion de l'hommage populaire rendu hier aux Invalides.

"Taxe sur les billets d'avion, discours de Johannesburg... Chirac était presque l'avocat des opprimés" - Cheikh

 

Annoncés pour le service solennel de midi en l'église Saint-Sulpice: Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais aussi de 80 personnalités étrangères: le président russe Vladimir Poutine, l'ex-président des Etats-Unis Bill Clinton, le roi Abdallah de Jordanie, l'ancien Premier-ministre libanais Saad Hariri...

Jacques Chirac a été un président particulièrement apprécie sur la scène internationale, explique Bruno Cautrès, politologue et chercheur au CEVIPOF (le centre de recherche de Sciences-po), joint par Clément Bargain

 

Des passants devant sa future tombe à Montparnasse

Avant même l'enterrement, la tombe est déjà prête. Le nom du président de la République est écrit sur sa tombe au cimetière du Montparnasse. Tombe où repose sa fille Laurence, décédée il y a trois ans. Parmi les environ 80 personnalités étrangères présentes à la messe, sont annoncés une trentaine de chefs d'état en l'Eglise de Saint-Sulpice. Mais de nombreux passants sont déjà venus se recueillir avant les obsèques, sur la future tombe du président Chirac.

Reportage Sud Radio de Théo Vareille

 

(Martin BUREAU / AFP)

Debout devant la tombe de Jacques Chirac, la mine fermée, Serge ne cache pas son émotion: "ça me fout les glandes".  Ce jeune retraité parisien est venu exprès ici pour se recueillir. Louise, à Paris pour le week-end, a tenu à venir voir la tombe, "très simple, comme lui". Sobre, renchérit comme Solène , qui se baladait aujourd'hui dans le cimetière. Située en plein cœur du cimetière Montparnasse, la tombe de Jacques Chirac et sa fille Laurence se trouve notamment à quelques pas de celle de Serge Gainsbourg.

 

En Corrèze: "Il disait à mon frère qu'il était le plus mignon... Comme un membre de la famille"

Dimanche, les corréziens ont tenu eux-aussi à rendre hommage à la mémoire de l'ancien président, l'enfant du pays... Notamment au musée qui porte son nom, le Musée Jacques Chirac à Sarran.

Reportage Sud Radio de Christine Bouillot

"Sans lui, nous serions un département arriéré. C'est sûr. Pas chiraquienne, mais reconnaissante de l'homme d'Etat qui a permis à la France de rester digne ! J'ai des enfants, et je serais contente qu'ils reconnaissent qu'il fut un grand homme. On a été amené à le voir fréquemment, il disait que mon frère était le plis mignon. C'était un peu comme un membre de la famille. J'irai me recueillir sur sa tombe au cimetière du Montparnasse, même si je regrette qu'il ne soit pas enterré parmi nous, mais bon: je comprends qu'il soit enterré avec sa fille, c'est normal".

Devant le musée Jacques Chirac à Sarran, en Corrèze. (Agnes GAUDIN / AFP)

Minute de silence

Un pays qui va se figer. A 15h, une minute de silence observée dans l’ensemble des administrations et des écoles en hommage à Jacques Chirac. Un deuil national également respecté à la même heure par les députés, fonctionnaires et collaborateurs de l'Assemblée nationale qu dans la cour d'honneur du Palais Bourbon. Malgré nos oppositions il est bien normal que les postiers lui rendent hommage explique ce syndicaliste de l’UNSA Poste des Bouches du Rhône Serge Taza:

"Beaucoup de postiers qui ne sont pas de son bord sont touchés et peinés. Il faut différencier le combat politique (comme à l'époque du CPE) et l'Homme d'Histoire" - Serge Taza

 

Au lycée: Chirac? "Je sais juste que c'est un chanteur"

Dans les établissements scolaires les enseignants qui le souhaitent pourront également consacrer un cours à l'évocation de la mémoire de l'ancien chef de l'Etat. Ce qui ne fait pas l’unanimité chez professeurs et les parents d’élèves.

Reportage Sud Radio de Lionel Maillet

 

Pendus à leur téléphone à la sortie de ce lycée Marseillais, ce deuil national ca ne dit pas grand-chose à ces terminales:

"Je sais juste que c'est un chanteur... Un ministre?"

"Je n'étais pas né quand il était président", souligne un autre lycéen (ignorant semble t-il que Jacques Chirac fût à la tête de l'Etat jusqu' en 2007, soit il y a douze ans !) Dans ces cours d’histoire-géographie,  Stéphane Rio a déjà parlé de l’ancien chef d’Etat, notamment pour son discours sur la reconnaissance du rôle de l'Etat français dans la rafle du Vel d'hiv. Ce lundi après-midi, il évoquera sa mémoire: "Pour eux Jacques Chirac c'est vraiment le passé, ils ont du mal à la situer. Je vais les informer sur l'homme de droite, le gaulliste". Pas d’obligation sur le contenu de ce cours ni même sur la nécessité de le faire. Aux enseignants de choisir, les parents d’élèves eux sont divisés: "Je pense que ça sert à rien, ils en ont rien à foutre, c'est pas leur génération, on en entend déjà assez parler à la radio et à la télé", lancent les uns.  D'autres défendent l'idée d'évoquer celui qui a dirigé la France: "c'est un personnage, il faut en parler, il est quand même resté douze ans". Dans les écoles collèges et lycées, là aussi, une minute de silence sera observée à 15h.