Jean-Pierre Le Goff : "Nous assistions à une pandémie anxiogène et bavarde"

Jean-Pierre Le Goff, philosophe, sociologue et auteur de "La société malade" (éditions Stock), était l’invité d’André Bercoff, jeudi 18 mars, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Jean-Pierre Le Goff invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Il y a un an jour pour jour, Jean-Pierre Le Goff était atteint du coronavirus et entamait donc contaminé le premier confinement. Il témoigne des sentiments qui l'ont traversé durant cette période d'isolement et d'informations contradictoires répétées en boucle.

 

"Les informations changent tout le temps"

C'est deux jours après sa contamination que Jean-Pierre Le Goff entre en période de confinement, le 17 mars 2020. "Au début, il n'y avait rien, on avait les images mortifères en Italie ou en Chine", se souvient le philosophe qui, fiévreux ressent "un certain état de désarroi". "On vous dit de prendre du doliprane pour la fièvre, de ne pas appeler le 15 sauf en dernière extrémité", souligne-t-il.

Au fil des jours, voire même des heures, "les informations changent tout le temps, on ne maîtrise rien". Jean-Pierre Le Goff fait alors état "d'une situation totalement anxiogène" pour appréhender le fameux passage du 7e ou 8e jour de contamination "où ça peut exploser". "Vous ne savez pas, c'est la loterie", témoigne-t-il. Seul lien pour le malade, une plateforme où chaque jour il peut remplir un dossier, proposé par son médecin.

 

"L'impression d'une impuissance totale"

La période est particulièrement compliquée surtout avec "l'impression d'une impuissance totale et des images en boucle" sur les chaînes de télévision. Le philosophe qualifie ce moment d'une "pandémie anxiogène et bavarde". "Vous regardez le monde derrière la vitre, on ne sait pas grand chose mais l'importance c'est qu'on en discute", analyse-t-il. Une "perte de confiance de la parole publique" apparaît donc dans la conscience au fil des débats télévisés, même entre experts.

"C'est une angoisse avec le retour possible de la maladie et de la mort", confie Jean-Pierre Le Goff. Une angoisse diffuse parce que si certains sont touchés dans leur chair, ou par un proche, dans d'autres régions "il ne se passait pas grand chose". "Vous ne voyez que le prisme des services des urgences débordés avec les drames tout à fait réels", explique le sociologue qui pointe "une impression d'irréalité en même temps que de réalité tragique. On est dans un entre deux". 

 

 

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