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En politique, les maires mères grandes oubliées des institutions

En politisant la question du congé maternité des élues comme avant elle plusieurs députées, la maire écologiste de Poitiers Léonore Moncond'huy a réveillé un angle mort de la vie politique française, alors que le Sénat débat mardi d'un "statut de l'élu local".

MEHDI FEDOUACH - AFP/Archives

En politisant la question du congé maternité des élues comme avant elle plusieurs députées, la maire écologiste de Poitiers Léonore Moncond'huy a réveillé un angle mort de la vie politique française, alors que le Sénat débat mardi d'un "statut de l'élu local".

Avec seulement 20% de femmes, les exécutifs municipaux ont du mal à faire une place aux élues, malgré leur forte progression (45%) dans les conseils depuis la loi sur la parité en 2000.

Elue en 2020 maire de Poitiers, 90.000 habitants, Léonore Moncond'huy prévoit de prendre deux mois de congé maternité mi-mars.

Quelle ne fut pas sa surprise en constatant que non seulement son remplacement n'était pas garanti, mais que ses revenus seraient en plus sérieusement réduits.

A l'Assemblée, la députée écologiste Eva Sas et l'Insoumise Mathilde Hignet avaient déjà alerté avant elle sur le fait que la maternité ne leur ouvrait aucun droit au remplacement.

Interpellée par la maire de Poitiers, la ministre chargée des Collectivités territoriales, Dominique Faure, a reconnu que les communes ne pouvaient pas mettre en place de "complément employeur" pour maintenir le niveau de rémunération des élues ayant interrompu leur activité professionnelle. "Une évolution législative (...) est donc nécessaire", a-t-elle assuré.

Quant au remplacement, le code du travail prévoit un "droit à suspension du contrat de travail" pour l'élu chargé de l'intérim. Mais les textes ne sont pas limpides, rapporte le site "Maire info".

Sur le terrain, les anomalies ne manquent pas. "Certains organismes de sécurité sociale n'attribuent pas d'indemnités journalières aux maires en congé maternité, considérant qu'elles continuent d'exercer leur mandat", note Daniel Cornalba, membre de l'Association des petites villes de France (APVF).

- "Trois vies" -

"Les dispositions pour les gardes d'enfant et les autorisations d'absence d'une entreprise sont notoirement insuffisantes aujourd'hui", abonde la députée PS Christine Pirès-Beaune.

Sarah El Hairy, aujourd’hui ministre déléguée en charge de l'Enfance, de la Jeunesse et des Familles, à la sortie de l'Elysée à Paris, le 12 décembre 2023, pendant sa grossesse

Sarah El Hairy, aujourd’hui ministre déléguée en charge de l'Enfance, de la Jeunesse et des Familles, à la sortie de l'Elysée à Paris, le 12 décembre 2023, pendant sa grossesse

Ludovic MARIN - AFP/Archives

Elue elle aussi en 2020, la maire de Châtel-en-Trièves (Isère) Fanny Lacroix évoque une "charge mentale intenable" pour les jeunes élues.

"Malgré l'évolution de la société, ce sont encore les femmes qui assument l'organisation familiale et c'est compliqué d'avoir trois vies, une vie familiale, une vie professionnelle et une vie d'élue", témoigne-t-elle.

Une situation d'autant plus compliquée dans les petites communes, où le faible niveau des indemnités oblige à conserver une activité professionnelle.

"Avec 900 euros nets par mois, j'ai voulu continuer à exercer mon activité, mais j'ai tenu deux ans avant un arrêt maladie", poursuit Fanny Lacroix, séparée et mère de deux enfants, qui réclame le droit des maires "à pouvoir vivre leur vie de mère".

"Etre une femme et avoir des enfants est un angle mort du monde politique depuis fort longtemps", reconnaît la politologue Mariette Sineau, co-autrice de "Femmes et République", rappelant que la France "fait partie des pays où la politique, tant sous la royauté que la République, a été longtemps un univers exclusivement masculin".

"Il reste un plafond de verre pour les élues locales qui se demandent toujours si elles pourront concilier leur vie de famille avec leur engagement politique de maires", rappelle Johanna Rolland, maire PS de Nantes et présidente de l'association France urbaine.

A deux ans des municipales, le gouvernement entend redonner de l'attractivité aux mandats en s'appuyant sur deux initiatives parlementaires pour créer un "statut de l'élu local".

"Nous avons comme objectif de permettre au maximum de citoyens de se présenter, quel que soit leur sexe, leur âge ou leur catégorie socioprofessionnelle", préfère souligner Françoise Gatel, rapporteure d'un premier texte examiné mardi au Sénat.

Certaines voix plaident pour aller plus loin et professionnaliser la fonction d'élu en l'assortissant d'une limitation du cumul dans le temps.

Mais pour Delphine Dulong, professeure de science politique à l'Université Paris 1, "il y a en France une difficulté à reconnaître que le mandat électif peut être potentiellement aussi chronophage que n'importe quel autre job".

Avoir des élus représentatifs de la société est pourtant "un vrai enjeu démocratique", observe Daniel Cornalba, rappelant que les maires affichent une moyenne d'âge de 60 ans.

Par Hélène DUVIGNEAU / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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