Élisabeth Lévy - "Il faut garder la désobéissance civile pour les grandes occasions"

Le 1er février, ce lundi, devait sonner le grand retour des restaurants malgré les interdictions gouvernementales. Pourtant, très peu de restaurateurs ont osé prendre ce pari, qu'on appelle "désobéissance civile". Mais ces micro-révolutions tombent-elles à pic et ne sont-elles pas contre-productives ?

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Les appels à la désobéissance civile n’auraient pas eu tant d'impact médiatique que ça...

En fait, si. La crainte d’une nouvelle jacquerie sur le mode Gilets jaunes contre “la mesure de trop” a visiblement pesé dans la décision du président de la République ne pas nous reconfiner. Les images des émeutes aux Pays-Bas ont peut-être pesé aussi. Les technos parlent d’acceptabilité, les politologues de consentement. Celui-ci serait en train de chuter. 

Mais comme nous ne nous confinerons pas - pas tout de suite -, les appels à la mobilisation de certains restaurateurs ont eu un succès limité. La plupart ont sagement fait marche arrière, et d’autres comme Stéphane Turillon qui était hier sur Sud Radio avec Stéphane Manigold, ont rusé, négocié avec les préfets. Bref, ils ont manifesté leur colère sans se mettre hors-la-loi. Avec les contrevenants, la fermeté affichée par l’Etat reste relative : les bougres seront privés d’aides pendant un mois. Mais le seront totalement en cas de récidive. 

Est-ce que j’approuve ceux qui désobéissent ? 

Non. Et ce pour trois raisons :

  • Je trouve cela inutile si ce n’est pas pour créer un rapport de forces et faire plier le gouvernement. Or, grâce aux aides, la levée en masse des restaurateurs paraît peu probable. 
  • On peut trouver ces mesures déplaisantes, injustes ou idiotes (comme n’importe quelle loi ou décret). On peut faire pression, écrire, tempêter, manifester, se mettre en grève. Mais le président de la République et le gouvernement sont légitimes. 
  • Lacordaire disait : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »

Donc faut-il respecter la loi quoi qu’il en coûte ? 

Non, il faut garder la désobéissance civile pour les grandes occasions, quand une légitimité supérieure s’oppose à la légitimité démocratique. Par exemple, si une loi nous obligeait à dénoncer les fumeurs ou les mangeurs de viande pour qu’ils soient rééduqués ou si, comme dans Soumission de Houellebecq, un gouvernement laissait la charia pénétrer notre droit. Ou si on voulait nous confiner encore dix ans.

Pour le reste, oui, il faut respecter la loi. Cependant, ne soyons pas religieux. Un sondage Odoxa pour le Figaro, deux tiers des Français accepteraient un nouveau confinement mais 42 % se disent prêts à transgresser les mesures. Quand celles-ci concernent tous les aspects de la vie, ça ne paraît pas pendable. Par exemple, quiconque, sans le clamer sur tous les toits, refuse de remplir l’humiliante attestation, mérite la clémence. Et la chance de ne pas se faire pincer.